Le vinaigre de cidre est souvent présenté comme une solution « naturelle » miracle pour les chevaux : meilleur transit, moins de coliques, robe plus brillante, articulations préservées, vermifuge naturel, répulsif à insectes… Mais qu’en disent vraiment les études scientifiques et les vétérinaires équins ? Entre croyances d’écurie et données objectives, il est important, en tant que cavalier amateur, de faire le tri.
Ce qu’est réellement le vinaigre de cidre et ce qu’il contient
Un produit fermenté acide, pas un complément anodin
Le vinaigre de cidre est obtenu à partir de jus de pomme fermenté, d’abord transformé en alcool, puis en acide acétique grâce à des bactéries spécifiques. Il contient principalement :
- De l’acide acétique (généralement 4 à 6 %)
- De l’eau
- De petites quantités de minéraux (potassium, magnésium…)
- Des traces de vitamines et de composés végétaux (polyphénols)
Sur le papier, certains de ces composants peuvent sembler intéressants. Mais pour un cheval de 500 kg, les doses réellement apportées par quelques millilitres de vinaigre de cidre restent souvent très faibles au regard des besoins journaliers.
Vinaigre de cidre “avec la mère” : un vrai plus ou un argument marketing ?
La célèbre « mère de vinaigre » est un amas de bactéries et de levures impliquées dans la fermentation. Chez l’humain, on évoque parfois un possible effet sur le microbiote intestinal, même si les preuves restent limitées. Chez le cheval :
- Il n’existe pas, à ce jour, d’étude solide montrant un effet positif de la « mère » sur la flore intestinale équine.
- Les microbiotes humains et équins sont très différents : on ne peut donc pas transposer directement les résultats.
- Les quantités de micro-organismes vivants dans un vinaigre de cidre conservé et stocké en écurie sont de toute façon très variables.
Les vétérinaires insistent généralement sur un point : le vinaigre de cidre n’est pas un probiotique équin validé. Si l’objectif est d’agir sur la flore intestinale, d’autres produits spécifiquement formulés pour les chevaux, et évalués, seront plus adaptés.
Ce que disent (vraiment) les études et les vétérinaires sur les principaux usages
1. Vinaigre de cidre et digestion : mythe du « régulateur d’acidité »
En écurie, on entend souvent que le vinaigre de cidre :
- « alcalinise » l’organisme
- « régularise » l’acidité de l’estomac
- réduit le risque d’ulcères gastriques
Ces affirmations ne sont pas confirmées scientifiquement chez le cheval.
- Le cheval a naturellement un estomac très acide. L’acidité est nécessaire à la digestion et à la protection contre certaines bactéries.
- Ajouter un produit acide (vinaigre de cidre) n’a pas montré d’effet protecteur contre les ulcères dans les études disponibles.
- Les recherches sur la prévention des ulcères pointent plutôt vers :
- une distribution plus fréquente de fourrage
- la limitation des périodes de jeûne
- une réduction des concentrés riches en amidon
- et, en cas de problème avéré, des traitements médicamenteux (oméprazole notamment) prescrits par le vétérinaire.
Certains vétérinaires soulignent même qu’un apport excessif de produits acides pourrait, chez des chevaux sensibles ou déjà ulcéreux, être contre-productif, en irritant davantage une muqueuse gastrique fragilisée.
2. Vinaigre de cidre et métabolisme (poids, insuline, fourbure)
Chez l’humain, quelques études suggèrent que le vinaigre de cidre pourrait, dans certains cas, moduler légèrement la glycémie après les repas ou l’insulinémie. Cependant :
- Les résultats sont variables et parfois contradictoires.
- Les dosages, protocoles et populations étudiées ne sont pas transposables tels quels au cheval.
- Il existe peu, voire pas, d’études contrôlées de bonne qualité sur l’effet du vinaigre de cidre sur la sensibilité à l’insuline ou la prévention de la fourbure d’origine métabolique chez le cheval.
Les vétérinaires spécialisés en médecine interne équine restent très prudents :
- La gestion de l’insulinorésistance et de la fourbure associée repose avant tout sur :
- la gestion stricte de l’apport en sucres et amidon (foin analysé, ration adaptée)
- la perte de poids progressive si le cheval est en surpoids
- l’exercice raisonnable selon l’état du cheval
- éventuellement des traitements médicamenteux spécifiques.
- Le vinaigre de cidre ne doit jamais être utilisé comme substitut à ces mesures de base.
3. Vinaigre de cidre comme « vermifuge naturel »
Il s’agit sans doute de l’une des idées les plus répandues… et pourtant l’une des moins fondées. De nombreux cavaliers pensent que le vinaigre de cidre :
- « tue les vers » dans le tube digestif
- remplace avantageusement les vermifuges chimiques
- permet d’éviter les résistances
Les données scientifiques et les retours de terrain vétérinaires indiquent l’inverse :
- Les études sur les parasites équins montrent que :
- La plupart des endoparasites se trouvent dans l’intestin, où le pH est moins acide qu’à l’estomac.
- Les petites variations d’acidité obtenues avec un complément en vinaigre de cidre ne sont pas suffisantes pour tuer les vers.
- Les coproscopies (analyses de crottins) de chevaux nourris régulièrement avec du vinaigre de cidre ne montrent généralement pas de réduction significative des œufs de parasites par rapport aux témoins.
- Les sociétés savantes en parasitologie équine et les écoles vétérinaires ne recommandent pas le vinaigre de cidre comme vermifuge.
L’usage du vinaigre de cidre à la place des vermifuges prescrits expose à un risque grave :
- augmentation de la charge parasitaire
- coliques parasitaires
- retard de croissance chez les jeunes
- lésions irréversibles de certains organes
Les vétérinaires insistent : le suivi parasitaire moderne repose sur les coproscopies régulières et les vermifugations ciblées, pas sur des produits maison non évalués.
4. Vinaigre de cidre pour la robe, la corne et les articulations
Autre croyance fréquente : le vinaigre de cidre rendrait la robe plus brillante, la corne plus solide et les articulations plus souples. Là encore, les preuves manquent.
- Robes plus brillantes :
- La plupart des améliorations observées sont souvent liées à :
- une meilleure alimentation globale (fourrage de qualité, apport adapté en acides gras, vitamines et minéraux)
- un grooming plus régulier
- une bonne gestion parasitaire et sanitaire.
- Il n’y a pas d’étude démontrant que le vinaigre de cidre, à lui seul, améliore significativement la qualité du poil chez le cheval.
- La plupart des améliorations observées sont souvent liées à :
- Corne plus dure :
- La qualité de la corne dépend surtout :
- du statut minéral (biotine, zinc, cuivre, méthionine…)
- de l’environnement (humidité, sol, entretien du pied)
- de la génétique.
- Les quelques minéraux présents dans le vinaigre de cidre sont en quantités infimes pour un cheval.
- La qualité de la corne dépend surtout :
- Articulations souples :
- Il n’existe pas de données solides montrant un effet chondroprotecteur du vinaigre de cidre chez le cheval.
- Les produits complémentaires validés pour l’arthrose (glucosamine, chondroïtine, acides gras Oméga-3, etc.) ont, eux, un début de littérature scientifique derrière eux, même si tout n’est pas parfait.
5. Usages externes : démêlant, antiseptique doux, répulsif à insectes
Les utilisations externes du vinaigre de cidre sont plus anciennes, et parfois moins problématiques que les usages internes, mais elles ne sont pas dénuées de limites.
- Démêlant / brillance :
- Dilué dans de l’eau, il peut aider à éliminer les résidus de savon ou de sébum et donner un effet de brillance temporaire.
- Sur une peau sensible ou en cas de petites lésions, son acidité peut piquer et irriter.
- Antiseptique doux :
- L’acide acétique a un effet antibactérien léger sur certaines souches.
- Cependant, le vinaigre de cidre n’est pas un désinfectant médicalement validé pour toutes les situations.
- Sur des plaies importantes, des dermatites ou des mycoses profondes, le recours à des produits vétérinaires adaptés est recommandé.
- Répulsif à insectes :
- Mélangé à de l’eau et parfois à des huiles essentielles, le vinaigre de cidre est parfois utilisé en spray.
- L’efficacité est très variable d’un cheval à l’autre et souvent inférieure à celle de répulsifs spécifiques.
- Attention aux risques d’irritation si les concentrations sont trop élevées.
Les risques et limites pointés par les vétérinaires
Effets potentiels sur l’émail dentaire et l’œsophage
Un point de vigilance souvent évoqué par les vétérinaires équins concerne l’impact de l’acidité sur :
- l’émail dentaire
- la muqueuse de l’œsophage
Même si les études sont encore limitées sur ce point précis :
- On sait que les produits très acides peuvent, à la longue, fragiliser l’émail des dents, surtout s’ils sont administrés non dilués ou en seringue directement dans la bouche.
- Chez des chevaux présentant déjà des problèmes dentaires ou des dysphagies, l’irritation de l’œsophage peut aggraver l’inconfort, voire favoriser des comportements d’évitement à l’alimentation.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la plupart des praticiens déconseillent formellement :
- les administrations de vinaigre de cidre pur directement dans la bouche
- les doses élevées et répétées
Déséquilibres nutritionnels et fausse impression de « solution miracle »
Un autre risque, plus indirect, est de considérer le vinaigre de cidre comme une sorte de complément universel et de négliger :
- la qualité et la quantité de fourrage
- l’équilibre global de la ration (minéraux, vitamines, protéines, énergie)
- les problèmes médicaux sous-jacents
Certains propriétaires, persuadés d’apporter « tout ce qu’il faut » grâce au vinaigre de cidre, peuvent retarder une consultation vétérinaire ou ignorer des signes cliniques : perte d’état, raideurs, modifications de comportement, anomalies des crottins, etc.
Interactions possibles avec certains traitements
Bien que les données spécifiques soient rares, certains vétérinaires attirent l’attention sur quelques points de prudence :
- Chez les chevaux sous traitements médicamenteux (anti-inflammatoires, médicaments gastriques, traitements métaboliques), l’ajout d’un produit acide pourrait modifier, au moins théoriquement, l’absorption de certains principes actifs.
- Chez les chevaux à l’équilibre fragile (insulinorésistants sévères, atteints de syndrome de Cushing, insuffisants rénaux), tout changement dans la ration, même « naturel », devrait être discuté avec le vétérinaire.
Dans quels cas le vinaigre de cidre peut-il avoir sa place, et comment l’utiliser prudemment ?
Usage interne : seulement en complément, jamais en traitement principal
Si vous envisagez d’utiliser le vinaigre de cidre par voie orale, les recommandations de bon sens issues des vétérinaires et des nutritionnistes équins sont les suivantes :
- Le considérer au mieux comme :
- un complément marginal, à effet probablement limité
- et non comme un traitement ou une solution principale à un problème de santé.
- Toujours en parler avec votre vétérinaire, surtout si :
- votre cheval a des antécédents de coliques, d’ulcères ou de troubles métaboliques
- il est sous traitement médicamenteux
- il présente une pathologie chronique.
- Respecter une dilution suffisante :
- Le vinaigre de cidre ne doit pas être donné pur en bouche.
- Il est généralement ajouté à la ration ou à l’eau, en petite quantité.
- Surveiller la tolérance :
- refus de la ration
- toux, gêne à la déglutition
- modification des crottins
- aggravation de signes gastriques.
Les dosages empiriques rencontrés en pratique (par exemple quelques dizaines de millilitres par jour pour un cheval adulte) ne reposent pas sur des études robustes. Ils doivent donc rester prudents, et toujours considérés comme expérimentaux.
Usage externe : hygiène et confort, avec bon sens
En usage externe, le vinaigre de cidre peut parfois trouver une place, à condition de respecter certaines règles :
- Dilution :
- Jamais pur sur la peau, surtout sur des zones fragiles ou irritées.
- Utiliser une dilution importante dans l’eau (par exemple 1 volume de vinaigre pour 5 à 10 volumes d’eau, selon la sensibilité du cheval).
- Test préalable :
- Essayer sur une petite zone avant d’en appliquer largement.
- Surveiller l’apparition de rougeurs, démangeaisons, inconfort.
- Indications raisonnables :
- rinçage léger après un shampoing pour aider à éliminer les résidus
- spray très dilué sur la robe pour limiter ponctuellement les odeurs ou apporter une certaine brillance
- parfois en complément d’un protocole validé par le vétérinaire (par exemple, en fin de traitement d’une dermatose, si le praticien le juge pertinent).
Là encore, le point clé reste de ne pas considérer le vinaigre de cidre comme un substitut aux soins vétérinaires : sur des plaies, dermites, infections ou mycoses importantes, l’avis professionnel reste indispensable.
Quid des réglementations en compétition ?
Le vinaigre de cidre n’est pas, à ce jour, une substance classée comme dopante. Toutefois :
- Les règlements évoluent régulièrement, et il est toujours recommandé de vérifier les listes de substances autorisées et les recommandations de votre fédération.
- Même pour un produit considéré comme « naturel », l’impact sur le comportement, le confort ou le métabolisme du cheval peut, en théorie, modifier ses performances, ce qui impose une certaine prudence.
Comment s’informer de manière fiable sur le vinaigre de cidre et les compléments naturels pour chevaux
Privilégier les sources scientifiques et les retours de terrain encadrés
Pour sortir du « on dit » d’écurie, quelques réflexes peuvent vous aider :
- Consulter des vétérinaires équins, si possible avec une compétence en nutrition.
- Lire des synthèses qui s’appuient sur :
- des publications scientifiques (même si elles sont encore rares sur certains compléments)
- des recommandations de sociétés savantes et d’écoles vétérinaires.
- Comparer les témoignages d’utilisateurs avec des éléments objectifs :
- analyses de sang
- évolution de l’état corporel
- coproscopies de contrôle, etc.
La popularité d’un produit en écurie ne constitue pas une preuve d’efficacité. De nombreux effets perçus peuvent être liés à d’autres changements concomitants (modification de la ration, de l’environnement, de la charge de travail…).
Ressources pour aller plus loin
Pour approfondir le sujet, comprendre les différents usages, les dosages empiriques et les précautions d’emploi, vous pouvez consulter notre dossier complet sur l’utilisation du vinaigre de cidre chez les chevaux : notre article spécialisé consacré au vinaigre de cidre et aux chevaux. Vous y trouverez une approche détaillée, centrée sur le cavalier amateur et la gestion quotidienne du cheval, avec un focus sur les bonnes pratiques de ration et de soins.
Le rôle central du vétérinaire et du nutritionniste équin
Face à la multiplication des compléments « naturels », le rôle du vétérinaire et, le cas échéant, du nutritionniste équin prend une importance croissante :
- Évaluer la ration globale de votre cheval : fourrage, concentrés, minéraux.
- Identifier les véritables carences ou déséquilibres.
- Distinguer ce qui relève :
- du confort ou de la cosmétique
- de réels besoins physiologiques ou thérapeutiques.
- Vous aider à hiérarchiser :
- ce qui a un intérêt prouvé ou raisonnablement plausible
- ce qui repose surtout sur des traditions ou sur un effet de mode.
Dans une démarche de cavalier responsable, le vinaigre de cidre peut éventuellement avoir une place marginale, mais toujours dans un cadre réfléchi, validé par des professionnels, et sans jamais se substituer aux fondamentaux : alimentation adaptée, suivi sanitaire, travail progressif et respect du bien-être du cheval.

