La tresse d’étalon est aussi esthétique que pratique : elle dégage l’encolure, met en valeur la morphologie et évite que la crinière ne s’emmêle dans les rênes. Mais mal réalisée ou mal gérée, elle peut fragiliser, casser ou arracher les crins. De nombreuses mauvaises habitudes, parfois très répandues en club comme en écurie, abîment la crinière sans que l’on s’en rende compte.

Comprendre les enjeux d’une tresse d’étalon bien réalisée

Avant de détailler les erreurs à éviter, il est important de comprendre ce qui rend la crinière vulnérable. La tresse d’étalon concentre les tensions sur une bande de crins plus ou moins étroite. Si l’on ajoute à cela :

  • des gestes brusques ou répétés,
  • une tresse trop serrée,
  • un temps de pose trop long,
  • des crins déjà fragilisés (fourches, frottements, carences),

le risque de casse devient important. Le cheveu humain n’est déjà pas très tolérant aux tractions excessives ; il en va de même pour la crinière du cheval. La cuticule (couche externe du crin) se soulève, le crin devient rêche, puis casse. Sur le long terme, cela se traduit par :

  • une crinière qui raccourcit de façon irrégulière,
  • des zones dégarnies, voire des « trous » au niveau de l’encolure,
  • une repousse de mauvaise qualité, plus fine et cassante.

Une tresse d’étalon doit donc être pensée comme un « équipement » à part entière, avec des règles de pose, de durée et d’entretien précises. Les neuf erreurs ci-dessous sont parmi les plus fréquentes et les plus dommageables.

9 erreurs fréquentes qui abîment la crinière avec une tresse d’étalon

1. Tresser sur une crinière sale ou mal démêlée

Tresser sur une crinière sale, pleine de poussière, de sueur ou de restes de produits, augmente les frottements entre les crins. Quand on serre la tresse, ces particules agissent comme un abrasif, un peu comme du papier de verre microscopique.

Les conséquences :

  • crins rêches et ternes,
  • multiplication des fourches,
  • casse accrue au moment du démontage de la tresse.

Avant de réaliser une tresse d’étalon, il est préférable de :

  • brosser soigneusement la crinière avec une brosse souple, en partant des pointes vers la base,
  • éliminer les nœuds avec un démêlant adapté (spécial équin, non gras de préférence),
  • si la crinière est très sale : faire un shampooing doux, rincer abondamment et laisser sécher complètement avant de tresser.

Évitez les démêlants très siliconés juste avant de tresser : ils rendent la crinière glissante, les brins tiennent moins bien, ce qui pousse à trop serrer la tresse pour compenser.

2. Serrer la tresse d’étalon beaucoup trop fort

Une erreur extrêmement fréquente consiste à tirer très fort sur chaque brin pour « que ça tienne mieux ». Sur le moment, le résultat paraît propre et net, mais la traction sur la racine des crins est énorme.

Conséquences possibles :

  • microtraumatismes au niveau des bulbes des crins (zone de croissance),
  • perte de crins par arrachement, surtout chez les chevaux qui bougent beaucoup,
  • démangeaisons ou douleurs, qui incitent le cheval à frotter l’encolure sur les murs ou les abreuvoirs.

Une tresse d’étalon bien réalisée doit être :

  • fermement maintenue, mais sans « effet lifting » sur la base de la crinière,
  • souple au toucher : en passant le doigt sous la tresse, on doit pouvoir légèrement la mobiliser,
  • régulière : pas de section anormalement tendue par rapport aux autres.

Un bon repère pratique : si, en tirant doucement sur quelques crins isolés à la base de la tresse, le cheval réagit vivement (secoue la tête, recule), c’est probablement trop serré.

3. Laisser la tresse en place trop longtemps

La tresse d’étalon est souvent réalisée pour des concours, des présentations ou des séances photo. Mais certains cavaliers la laissent plusieurs jours, voire plusieurs semaines, par confort ou par habitude. C’est l’une des causes majeures de crinière abîmée.

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Au-delà de 24 à 48 heures :

  • la poussière et la sueur s’accumulent à l’intérieur de la tresse,
  • les tensions restent constantes sur les mêmes crins,
  • les frottements avec la couverture ou le licol usent les brins au même endroit.

Les maréchaux-ferrants et ostéopathes équins constatent régulièrement des chevaux qui présentent de petites zones dégarnies sur l’encolure après des tresses laissées en place trop longtemps, en particulier chez les chevaux aux crins très fins (poneys, races ibériques, certains SF).

Bon réflexe :

  • ne pas dépasser 24 heures pour un cheval au pré ou très actif,
  • ne pas dépasser 48 heures pour un cheval au box si la crinière est robuste et le cheval peu agité,
  • laisser ensuite la crinière au repos, démêlée et aérée, au moins autant de temps que la durée pendant laquelle elle est restée tressée.

4. Utiliser des élastiques inadaptés ou de mauvaise qualité

Les élastiques trop fins, trop rigides ou mal adaptés sont une source massive de casse. De nombreux cavaliers continuent d’employer des élastiques de bureau, parfois même des élastiques déjà utilisés et desséchés, qui cisaillent littéralement les crins.

Les problèmes principaux :

  • écrasement localisé des crins au point de serrage,
  • adhérence excessive, qui oblige à tirer fort pour retirer l’élastique,
  • élastique qui « cuit » au soleil et colle aux crins, provoquant des arraches lors du démontage.

Il est préférable d’utiliser :

  • des élastiques spécifiques pour chevaux, souples et légèrement larges,
  • des bandes de laine ou de coton (plus long à poser, mais très respectueux de la crinière),
  • éventuellement des rubans plats pour certaines présentations, qui répartissent la pression.

Lors du démontage, il est fortement recommandé d’utiliser un coupe-élastique adapté (petit crochet sécurisé) plutôt que de tirer sur la tresse, surtout si les élastiques sont très serrés.

5. Tresser systématiquement sur la même ligne de crinière

Certains cavaliers tracent toujours la tresse d’étalon exactement au même endroit, avec la même largeur et la même répartition de brins. Sur le long terme, cela sollicite toujours les mêmes crins, sur la même ligne, ce qui crée une « bande fragile » permanente.

Ce phénomène est similaire à la « traction alopecia » décrite en dermatologie humaine : la traction répétée sur les mêmes cheveux finit par affaiblir durablement les bulbes, la repousse devient plus rare et plus fine.

Pour limiter ce problème :

  • varier légèrement la ligne de la tresse d’une réalisation à l’autre (un peu plus près de l’encolure, puis un peu plus loin),
  • changer la répartition des mèches pour ne pas toujours solliciter exactement les mêmes crins,
  • alterner : période avec tresse d’étalon / période de crinière libre, surtout en dehors de la saison des concours.

Chez les chevaux avec une crinière clairsemée, il peut être judicieux de limiter la tresse d’étalon aux occasions réellement nécessaires, plutôt que de l’utiliser comme « coiffure par défaut » au quotidien.

6. Négliger l’état de la crinière avant de tresser

Une tresse, même bien faite, ne peut pas compenser une crinière déjà fragilisée. Tresser sur des crins :

  • secs ou déshydratés,
  • très fourchus,
  • cassants à la base,

augmente fortement le risque de pertes massives de crins au cours des semaines suivantes.

Avant de mettre en place une tresse d’étalon de manière régulière, il est utile de :

  • évaluer la qualité des crins : sont-ils souples, brillants, homogènes en épaisseur ?
  • vérifier l’absence de croûtes, de pellicules ou de démangeaisons à la base de la crinière (signe éventuel de dermite, de parasites, de mycose),
  • adapter l’alimentation (apports en acides gras essentiels, zinc, biotine, etc.) si la crinière est globalement terne et fragile, en lien avec le vétérinaire.

Une fois par semaine au minimum, laisser la crinière complètement libre, brossée et légèrement nourrie (spray hydratant ou huile très légère) permet de préserver sa souplesse et sa résistance.

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7. Tresser sur un cheval stressé ou qui bouge beaucoup

Le contexte dans lequel la tresse est réalisée joue un rôle inattendu mais important. Si le cheval est agité, appréhende le pansage ou a peur des manipulations au niveau de l’encolure, le cavalier aura tendance à :

  • tirer davantage sur les crins pour aller plus vite,
  • faire des gestes brusques,
  • ou, au contraire, rattraper sans cesse des mèches échappées en resserrant très fort la tresse.

À chaque mouvement mu par la peur ou l’impatience, des crins se coincent, se tordent ou se cassent. Sur le court terme, cela peut passer inaperçu, mais à force de répétitions, la crinière perd en densité.

Pour limiter ce type de dégâts :

  • habituer progressivement le cheval aux manipulations de la crinière, dès le jeune âge si possible,
  • réaliser la tresse dans un endroit calme, sans trop de stimuli (allées de passage permanent, chevaux qui rentrent et sortent, etc.),
  • prévoir suffisamment de temps avant une épreuve ou un cours, afin de ne pas être pressé(e) et éviter les gestes approximatifs.

Un cheval détendu, qui accepte le brossage de la crinière sans crispation, permet une tresse plus régulière, moins serrée, et donc plus respectueuse de l’intégrité des crins.

8. Démêler ou démonter la tresse de façon brutale

Beaucoup de dégâts surviennent non pas au moment où la tresse est en place, mais au moment où on la retire. Défaire une tresse d’étalon à la hâte, en tirant sur les brins ou en « déroulant » sans méthode, peut arracher des poignées entières de crins.

Les erreurs fréquentes :

  • tirer vers le bas ou vers l’arrière au lieu de défaire mèche par mèche,
  • oublier de couper certains élastiques et tirer dessus en les faisant glisser,
  • brosser vigoureusement une crinière qui vient d’être détressée, alors qu’elle est encore marquée par les plis et fragilisée.

Bon protocole pour retirer une tresse d’étalon :

  • couper soigneusement chaque élastique avec un coupe-élastique (jamais des ciseaux pointus au ras des crins),
  • défaire la tresse du bas vers le haut, en libérant progressivement les brins,
  • une fois la crinière entièrement détressée, la laisser se « reposer » quelques minutes avant de brosser,
  • appliquer éventuellement un spray démêlant et utiliser une brosse souple ou les doigts pour défaire les derniers petits nœuds.

Il est souvent plus efficace et plus doux de séparer d’abord grossièrement les mèches à la main, avant d’utiliser une brosse ou un peigne.

9. Ignorer la morphologie de l’encolure et la nature des crins

La tresse d’étalon ne convient pas de la même façon à tous les chevaux. La forme de l’encolure, l’épaisseur de la crinière, la texture des crins et même le mode de vie du cheval influencent le type de tresse et la manière de la mettre en place.

Quelques cas fréquents où la tresse classique peut être problématique :

  • Chevaux à encolure très musclée et crinière fine : la tension est concentrée sur une petite quantité de crins, avec de fortes courbures, ce qui favorise la casse.
  • Chevaux de trait ou à crinière extrêmement fournie : le poids de la crinière déjà important peut être accentué par une tresse trop longue et lourde, qui tire davantage sur la base.
  • Chevaux vivant au pré H24 : les frottements sur les arbres, abris ou clôtures sont plus fréquents, ce qui augmente l’usure de la tresse et le risque d’arrachement.

Adapter la tresse au cheval :

  • pour une crinière très fine : privilégier une tresse d’étalon plus large, peu serrée, voire des tresses plus courtes, avec des segments espacés,
  • pour une crinière très épaisse : diviser la crinière en sections pour éviter une tresse unique trop volumineuse,
  • pour un cheval très dynamique au pré : réserver la tresse d’étalon aux séances montées ou aux concours, en la retirant ensuite rapidement.
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Il peut être utile de tester différents styles de tresse et d’observer l’état de la crinière sur quelques semaines, afin de repérer ce qui convient réellement au cheval plutôt que de reproduire mécaniquement ce qui se fait en club ou en concours.

Bonnes pratiques pour une tresse d’étalon respectueuse de la crinière

Préparer correctement la crinière

La préparation est une étape clé pour limiter les dégâts. Avant toute tresse :

  • effectuer un pansage complet, en insistant sur l’encolure et la base de la crinière,
  • utiliser un spray démêlant non gras, laisser agir quelques minutes, puis brosser en douceur,
  • s’il y a des nœuds importants : les défaire d’abord à la main, brin par brin, avant de passer la brosse,
  • vérifier l’absence de zones douloureuses ou de croûtes à la base des crins (au moindre doute, demander l’avis d’un vétérinaire ou d’un ostéopathe équin).

Une crinière propre, souple et démêlée supportera bien mieux la tension modérée exercée par la tresse.

Choisir la bonne technique et le bon matériel

Pour limiter le risque d’abîmer la crinière avec une tresse d’étalon, quelques points matériels font une réelle différence :

  • Opter pour des élastiques de qualité, spécifiques pour chevaux, plutôt que des élastiques de bureau.
  • Éviter les peignes à dents métalliques très serrées qui coupent ou cassent les crins si l’on force.
  • Préférer une brosse souple ou un peigne à dents larges pour la préparation.
  • Si le cheval a une crinière très fragile, envisager des rubans ou des bandes textiles plutôt que des élastiques.

Sur le plan technique, une tresse d’étalon ne doit pas reposer uniquement sur la « force de serrage » : la régularité des brins, la tension homogène tout au long de l’encolure et la façon de finir la tresse (nœud, élastique, repli) ont aussi leur importance pour la tenue.

Pour approfondir la technique et découvrir des variantes adaptées à différents types de crinières, vous pouvez consulter notre article spécialisé sur la réalisation et l’entretien d’une tresse d’étalon, qui détaille pas à pas chaque étape.

Gérer la fréquence et la durée de port

Quelques repères pratiques pour ne pas sur-solliciter la crinière :

  • Éviter de tresser tous les jours le même cheval sur de longues périodes.
  • Laisser la crinière libre et démêlée au moins plusieurs jours par semaine en dehors des saisons de concours intensifs.
  • Ne pas dépasser 24 à 48 heures de tresse d’affilée, surtout si la crinière est fine ou si le cheval est très actif.
  • Surveiller l’état des crins après chaque période tressée : si vous constatez une augmentation des fourches ou des zones dégarnies, réduire immédiatement la fréquence des tresses.

Comme pour tout le reste en équitation, l’observation régulière du cheval et de ses poils (crinière, queue, poil de corps) est un outil précieux : elle permet d’ajuster les pratiques avant que les dégâts ne deviennent visibles et durables.

Adopter une routine de soin adaptée

Une routine simple, mais régulière, aide la crinière à mieux supporter les tresses :

  • brossage doux plusieurs fois par semaine,
  • utilisation modérée de sprays démêlants pour éviter les nœuds sans alourdir ou graisser les crins,
  • apport occasionnel d’un soin nourrissant léger (huile végétale adaptée, sérum spécifique crinière) en insistant sur les pointes,
  • respect d’une alimentation équilibrée, avec des compléments si nécessaire sur avis vétérinaire (biotine, zinc, acides gras essentiels).

Cette approche globale – technique de tresse adaptée, matériel respectueux, durée raisonnable et soins réguliers – permet de profiter des avantages esthétiques et pratiques de la tresse d’étalon sans compromettre la santé de la crinière de votre cheval.