Choisir la bonne taille de couverture pour son cheval semble simple au premier abord : on prend un mètre ruban, on mesure, on regarde un tableau des tailles… et c’est réglé. Dans la réalité, les choses sont plus subtiles. Entre les morphotypes très différents (poneys ronds, chevaux longilignes, baroques massifs), les standards de tailles qui varient selon les marques et les erreurs de mesure fréquentes, il est facile de se tromper de plusieurs centimètres. Or une couverture mal ajustée est plus qu’un simple inconfort : elle peut provoquer frottements, contractures, blessures et même favoriser les défenses au travail.
Comprendre les morphotypes de chevaux et leur impact sur la taille de couverture
Les grands profils morphologiques à connaître
La première étape avant même de sortir le mètre consiste à comprendre à quel type morphologique appartient votre cheval. La longueur totale n’est qu’un élément parmi d’autres. La largeur du poitrail, la hauteur au garrot, la rondeur des côtes ou encore l’implantation de l’épaule vont influencer la taille et surtout la forme de la couverture nécessaire.
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Les chevaux longilignes (type pur-sang, certaines lignées de SF, AA…)
Ce sont des chevaux plutôt fins, avec un dos souvent long, un poitrail étroit et une encolure dégagée. Ils peuvent :- porter des tailles relativement longues en comparaison de leur gabarit global ;
- avoir besoin de couvertures peu profondes au niveau des flancs pour éviter que la couverture ne “nage” autour du corps ;
- nécessiter parfois une coupe plus ajustée au poitrail pour éviter que la couverture ne glisse en arrière.
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Les chevaux baroques et porteurs (Frison, Lusitanien, PRE, Comtois léger, Cob…)
Ils présentent généralement :- un poitrail large, parfois très musclé ;
- des côtes arrondies, un dos plus court ;
- une encolure puissante avec un garrot peu sorti.
Pour ces chevaux, la longueur “théorique” donnée par la mesure peut être correcte, mais la coupe standard ne suffira pas toujours. Ils bénéficient souvent de :
- couvertures avec soufflets d’aisance très amples ;
- formes spéciales au poitrail (coupe en V, réglages croisés, fermetures plus hautes) ;
- plus grande profondeur sur les flancs pour recouvrir convenablement les côtes.
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Les chevaux compacts et “ronds” (poneys, Fjord, Haflinger, Mérens…)
Ces morphologies combinent :- un dos généralement court ;
- un tour de corps important par rapport à la longueur ;
- un poitrail large mais peu de garrot marqué.
Ils remplissent très vite la couverture sur la largeur, ce qui entraîne souvent :
- une sous-estimation de la taille si l’on se fie uniquement à la longueur du dos ;
- des points de pression aux épaules si la coupe est trop étroite ;
- une tendance de la couverture à tourner ou glisser sur le côté.
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Les poneys D et petits chevaux de sport
À cheval entre les catégories, ils cumulent fréquemment :- une taille au garrot modérée ;
- une bonne “caisse” (thorax développé) ;
- un dos ni très long ni très court.
Pour eux, les écarts entre marques se ressentent particulièrement. Il n’est pas rare qu’un même poney puisse porter du 130 chez une marque et du 135 chez une autre, avec des ajustements très différents au niveau du poitrail et des épaules.
Pourquoi deux chevaux de même taille ne portent pas la même couverture
Deux chevaux d’1,65 m au garrot peuvent, en pratique, ne pas du tout entrer dans la même couverture. Les facteurs qui expliquent ces différences :
- la longueur du dos (un modèle “serpentin” aura souvent besoin d’une taille supérieure) ;
- le volume thoracique (un cheval très “coffré” remplit davantage la couverture) ;
- la conformation du garrot (saillant, noyé, plat) qui influence la tenue de la couverture ;
- la musculature d’épaule (chevaux de dressage ou de CSO très musclés au niveau des épaules) ;
- l’état corporel (cheval sec vs cheval rond ou en surpoids).
Il est donc essentiel de ne jamais se contenter d’une indication de taille type “cheval d’1,60 = couverture 135”. Ces correspondances ne sont qu’un point de départ, à affiner avec des mesures précises et une observation de la morphologie.
Les méthodes de mesure et leurs pièges les plus fréquents
Où et comment mesurer son cheval
La mesure standard pour déterminer la taille de couverture est la longueur de dos ou la longueur de corps, selon le système employé par la marque (français ou anglo-saxon).
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Système “longueur de dos” (en cm)
C’est le plus répandu en France. On mesure :- du point le plus haut du garrot ;
- jusqu’au bord de la base de la queue (où commence la queue, pas le bout des crins).
On obtient une mesure de type : 115, 125, 135, 145, 155 cm, etc.
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Système “longueur totale” (en cm ou en pouces)
Très utilisé dans les pays anglo-saxons et par certaines marques internationales. On mesure :- depuis le milieu du poitrail (au niveau de la pointe d’épaule) ;
- jusqu’au milieu de la fesse, voire un peu plus loin selon les recommandations du fabricant.
Les tailles peuvent être indiquées en centimètres (par exemple 175, 185) ou en pouces (66″, 69″, 72″, 75″, 78″, etc.).
Avant d’acheter, il est impératif de vérifier quel système de mesure utilise la marque. Confondre les deux conduit presque systématiquement à choisir une taille inadaptée.
Erreurs de mesure fréquentes et comment les éviter
Plusieurs pièges biaisent la mesure et induisent en erreur :
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Cheval mal positionné
Le cheval doit être :- à l’arrêt, sur un sol plat ;
- positionné droit, sans incurvation ;
- avec la tête à hauteur naturelle (ni trop haute, ni en train de brouter).
Une encolure trop tendue peut faire “remonter” le garrot et fausser légèrement la mesure.
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Mètre ruban pas bien tendu
Le mètre doit :- rester au contact du cheval sans pendre ;
- suivre la ligne naturelle du corps, sans zigzaguer ;
- être lu correctement (attention aux torsions du ruban).
Un ruban trop lâche peut ajouter plusieurs centimètres inutiles, tandis qu’un ruban trop tendu “aplatit” les formes et conduit à sous-estimer la taille.
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Mauvais choix de point de départ/arrivée
Confondre :- le haut du garrot avec le début du dos ;
- la base de la queue avec le point le plus large de la fesse ;
- le “milieu du poitrail” avec l’avant du sternum…
est très courant et suffit à fausser la mesure de 5 à 10 cm.
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Arrondir systématiquement à la taille supérieure
Beaucoup de cavaliers, par sécurité, choisissent toujours la taille au-dessus. Si un léger surplus peut être tolérable sur certains modèles, une couverture trop grande :- glisse souvent vers l’arrière ;
- crée des plis au garrot et au poitrail ;
- tourne plus facilement, surtout au pré ;
- se remplit plus vite d’eau (pour un modèle imperméable).
Il vaut mieux comparer la mesure précise avec le guide de tailles de la marque plutôt que d’arrondir systématiquement.
Différences entre marques et conversions de tailles
Deux couvertures marquées “135” ne taillent pas toujours de la même façon. Les raisons :
- la profondeur de la coupe (plus ou moins couvrante sur les flancs) ;
- la forme du poitrail (coupe étroite type “sport” vs coupe large type “baroque”) ;
- la présence de soufflets d’aisance plus ou moins généreux ;
- la tolérance de fabrication (variations de quelques centimètres entre productions).
Quelques conseils pratiques :
- toujours regarder le guide de tailles spécifique à la marque plutôt qu’un tableau générique trouvé sur internet ;
- vérifier si la taille indiquée est la longueur de dos ou la longueur totale ;
- se méfier des conversions approximatives du type “135 = 6’0 = 72″” sans vérifier la correspondance donnée par le fabricant ;
- si vous changez de marque, ne partez pas du principe que la même taille conviendra forcément.
Reconnaître une couverture bien ajustée : repères visuels et tactiles
Signes d’un bon ajustement au niveau du poitrail et du garrot
Une couverture bien adaptée doit :
- reposer à plat et sans tension sur le garrot, sans appuyer exagérément sur les apophyses ;
- laisser passer environ une main à plat entre la couverture et le poitrail du cheval ;
- ne pas “tirer” vers l’arrière lorsque le cheval avance l’encolure ou baisse la tête ;
- ne pas marquer la base de l’encolure par un pli de tissu rigide.
Quelques tests simples :
- faire marcher le cheval et l’observer de profil : la couverture ne doit pas remonter sur le cou ni reculer sur le dos ;
- toucher le garrot et le poitrail après quelques minutes : pas de zones d’échauffement évidentes ;
- vérifier que la couverture ne “coince” pas la pointe d’épaule lors des mouvements.
Ajustement sur les épaules, le dos et les flancs
Aux épaules, on recherche un compromis entre liberté et stabilité :
- les soufflets d’aisance doivent s’ouvrir lorsque le cheval avance, pas rester plaqués fermement ;
- aucune marque de frottement ne doit apparaître au bout de quelques heures d’utilisation ;
- la couverture ne doit pas “tirer” vers l’arrière en diagonale depuis le poitrail jusqu’à la surlonge.
Sur le dos :
- la ligne dorsale doit être bien centrée sur la colonne vertébrale ;
- la couverture ne doit ni “pontager” (faire un pont rigide entre garrot et rein) ni former une cuvette qui accumule l’eau ;
- les reins doivent être correctement couverts sans que la couverture ne déborde exagérément sur la croupe.
Sur les flancs :
- une bonne couverture descend idéalement jusqu’à mi-canon de l’antérieur ou un peu au-dessus, selon l’usage ;
- si la couverture ne couvre que le haut du ventre, c’est qu’elle est probablement trop courte ou trop peu profonde ;
- à l’inverse, si elle descend jusqu’aux boulets, elle risque de gêner le mouvement des membres et de se salir excessivement.
Sangles, courroies et réglages : les marges de manœuvre
Les sangles ne servent pas à compenser une mauvaise taille, mais à affiner l’ajustement :
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Sangles de ventre
Elles doivent :- croiser proprement sous le ventre ;
- laisser passer environ une main plate entre la sangle et le ventre ;
- être suffisamment serrées pour éviter le passage d’un postérieur, mais pas au point de coller à la peau.
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Courroies de cuisse ou de queue
Elles stabilisent la couverture :- les courroies de cuisse doivent être réglées de façon à ne pas frotter de manière constante sur l’intérieur des cuisses ;
- une courroie de queue unique doit être suffisamment courte pour éviter le basculement latéral, mais permettre au cheval de lever et baisser la queue.
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Réglages de poitrail
Ils compensent légèrement les petites différences morphologiques :- si vous devez fermer au dernier trou pour que ça tienne, la couverture est probablement trop grande ;
- si vous êtes au premier trou avec le poitrail déjà comprimé, la couverture est trop petite ou trop étroite de coupe.
Ajustements fins selon l’usage : box, pré, travail et imperméabilité
Couverture de box : confort et liberté de mouvement
En box, le cheval :
- se déplace moins ;
- se couche et se relève souvent ;
- reste dans un environnement contrôlé (pas de pluie, peu de vent).
Pour ce type de couverture :
- on peut tolérer un légèrement plus de volume, tant que la couverture ne tourne pas ;
- on recherche un intérieur doux (polyester lisse ou coton) pour limiter les frottements ;
- la priorité va à la liberté de mouvement au niveau des épaules et au confort thermique.
En cas de cheval tondu, on peut parfois privilégier une coupe plus enveloppante sur l’encolure (demi-cou, high-neck) pour limiter les déperditions de chaleur, en s’assurant toujours que le garrot n’est pas écrasé.
Couverture de pré : stabilité et protection renforcée
Au pré, les contraintes changent :
- le cheval bouge beaucoup, trotte, galope, joue ;
- il est exposé au vent, à la pluie, éventuellement à la neige ;
- les risques d’accrochage (branches, clôtures) sont plus importants.
Dans ce contexte, la couverture doit :
- être parfaitement ajustée pour éviter tout déplacement ou torsion ;
- rester bien centrée même lors des galops et des coups de cul ;
- présenter des sangles de maintien robustes et bien réglées ;
- proposer un tissu extérieur suffisamment résistant (deniers élevés) pour limiter les déchirures.
Sur les chevaux au pré à l’année, légèrement en surpoids ou très poilus, beaucoup de cavaliers commettent l’erreur de sur-tailler “pour qu’il soit à l’aise”. Or un cheval un peu rond a encore plus besoin d’une couverture qui ne tourne pas, car les formes arrondies favorisent déjà la rotation du matériel.
Couvertures d’exercice et séchantes : un ajustement plus près du corps
Les couvertures d’exercice (couvertures de marcheur, quarter-sheets, couvre-reins) et les séchantes (polaires, nid d’abeille) ont des objectifs différents :
- protéger les reins et les muscles pendant l’échauffement ou la récupération ;
- accélérer le séchage après le travail ;
- éviter les coups de froid après la douche ou l’effort.
Pour ces modèles, un ajustement plus proche du corps est souvent préférable :
- une taille trop grande flotte au vent, gêne le cavalier ou touche les talons ;
- une taille trop petite remonte sur les reins et laisse les lombaires exposées ;
- les couvre-reins doivent permettre au cavalier d’agir avec ses jambes sans être gêné.
On reste néanmoins sur les mêmes principes d’observation : liberté d’épaule, absence de points de pression, stabilité au cours de la séance.
Imperméabilité, respirabilité et impact sur la taille
Les couvertures imperméables de pré ou de sortie présentent souvent :
- un tissu extérieur plus rigide ;
- une doublure (polyester, coton ou matériau technique) ;
- une épaisseur de garnissage variable (0 à 400 g ou plus).
Cette construction peut donner l’impression d’une couverture plus volumineuse et moins “malléable” qu’une simple séchante. Il est alors tentant de prendre une taille au-dessus pour “gagner en confort”. C’est rarement la bonne solution :
- une couverture imperméable trop grande canalise l’eau vers l’intérieur via les plis et les points de tension ;
- les tissus techniques sont conçus pour se mettre en place après quelques heures d’utilisation, il faut parfois un petit temps d’adaptation ;
- certains modèles sont volontairement coupés plus profonds pour mieux protéger les flancs, ce qui ne signifie pas qu’il faille augmenter la longueur.
Il est utile de se référer à notre article spécialisé sur le choix de la couverture idéale pour votre cheval pour approfondir ces aspects techniques (type de grammage, niveaux d’imperméabilité, respirabilité) et les mettre en relation avec la taille et la coupe les plus adaptées.
Astuces avancées : anticiper les changements et corriger les petits défauts
Prendre en compte l’âge, la saison et l’évolution de la ligne du dessus
La morphologie d’un cheval n’est pas figée :
- Jeunes chevaux : ils grandissent, se musclent, s’affinent ou s’élargissent, parfois très rapidement. Une couverture parfaitement ajustée à 3 ans peut devenir trop courte une saison plus tard.
- Chevaux en reprise de travail : la musculature dorsale et les épaules se développent, augmentant le volume à certains endroits sans forcément modifier la longueur totale.
- Chevaux âgés : ils ont tendance à “creuser” la ligne du dessus, à perdre un peu de masse musculaire, ce qui peut rendre certaines couvertures plus instables ou augmenter les points de pression sur le garrot.
Il est judicieux de :
- réévaluer la taille et le modèle de couverture au moins une fois par an, idéalement en début de saison froide ;
- observer la silhouette du cheval nue et sous couverture pour comparer ;
- adapter si nécessaire en changeant de coupe ou en ajoutant des protections de garrot.
Petits ajustements possibles sans changer de couverture
Quand la taille est globalement correcte mais que quelques détails posent problème, certains accessoires peuvent aider :
- Protège-garrot ou pad de garrot : utile pour les chevaux au garrot saillant ou sensibles, il répartit la pression et limite les frottements.
- Surfaix élastique : peut stabiliser légèrement une couverture qui a tendance à gonfler au vent, mais ne doit pas remplacer des sangles ventrales bien réglées.
- Courroies de cuisse ajustables ou remplaçables : permettent parfois de mieux centrer la couverture, surtout sur les chevaux ronds.
- Réglage fin des sangles : quelques centimètres de plus ou de moins peuvent corriger des plis gênants ou un léger déséquilibre vers l’avant ou vers l’arrière.
Ces solutions ne compensent pas une taille totalement inadaptée (trop grande ou trop petite), mais elles permettent souvent de transformer un ajustement “moyen” en un confort acceptable, notamment sur des couvertures encore récentes ou peu utilisées.
Surveillance des traces de frottement et ajustements dans le temps
Un bon indicateur de l’ajustement réel de la couverture, au-delà des premiers essais, est l’apparition de marques sur le poil et la peau :
- poils cassés ou hirsutes au niveau du poitrail, des épaules ou du garrot ;
- zones de peau rouge ou échauffée ;
- fonte localisée de poils en cas de frottements prolongés.
Ces signes indiquent qu’un réglage ou une adaptation est nécessaire :
- vérifier la taille et la coupe par rapport à la morphologie ;
- essayer de desserrer ou resserrer légèrement certaines sangles ;
- changer de modèle si les frottements persistent malgré les ajustements.
En prenant en compte le morphotype, en mesurant précisément et en observant attentivement le comportement du cheval et l’état de son poil, il devient possible de choisir non seulement la bonne taille de couverture, mais aussi la coupe et les réglages les plus harmonieux pour son confort et sa santé au quotidien.
