La position à cheval est le socle de toute bonne équitation. Qu’il s’agisse de dressage, de saut d’obstacles ou de balade, un cavalier bien assis influence directement l’équilibre, la décontraction et la performance de son cheval. Affiner sa position ne relève pas seulement de l’esthétique : c’est un enjeu de sécurité, d’efficacité des aides et de bien-être pour le cheval comme pour le cavalier.
Comprendre les principes d’une bonne position à cheval
Les grands repères de l’alignement du cavalier
Avant de parler d’astuces et de techniques avancées, il est essentiel de connaître les repères fondamentaux d’une bonne position à cheval. On parle souvent d’« alignement oreille–épaule–hanche–talon », visible si l’on trace une ligne verticale du haut du corps jusqu’au pied.
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Le haut du corps : le buste doit être redressé sans raideur, le regard porté loin devant. Une légère ouverture de la poitrine permet une meilleure respiration et une attitude plus stable.
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Le bassin : il est le « centre de gravité » du cavalier. Il doit être mobile, souple, posé au milieu de la selle sans basculer exagérément vers l’avant ni s’enrouler vers l’arrière.
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Les jambes : elles tombent naturellement le long des flancs du cheval. Le poids est réparti sur l’ensemble de la cuisse et du mollet, sans serrer ni pincer exagérément avec les genoux.
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Les talons : légèrement plus bas que la pointe du pied, comme si l’on voulait « poser » son talon vers le sol. Cela stabilise la jambe et améliore l’assise.
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Les épaules et les mains : épaules détendues, coudes au corps, mains placées au-dessus du garrot, légèrement écartées, dans une continuité souple avec les avant-bras.
Une bonne position se reconnaît à sa capacité à rester stable même quand le cheval change d’allure, tourne ou fait un écart. L’objectif n’est pas d’être « figé », mais au contraire de rester centré, en équilibre, tout en accompagnant les mouvements.
Équilibre vertical et équilibre horizontal
On peut distinguer deux notions complémentaires :
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L’équilibre vertical : le cavalier ne doit pas pencher exagérément en avant ou en arrière. Il se place au-dessus de ses jambes, comme s’il était debout dans la selle. Ce principe est valable à toutes les allures.
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L’équilibre horizontal : le poids du cavalier est réparti de manière égale sur les deux étriers et sur les deux côtés de la selle. Cela évite de charger une épaule du cheval et de le déséquilibrer latéralement.
Travailler ces deux formes d’équilibre permet de stabiliser la position, d’alléger la bouche du cheval et de rendre les aides plus précises.
Astuces pratiques pour améliorer sa position en selle
Travailler la détente et la respiration
La tension musculaire est l’ennemie numéro un d’une bonne position. Un cavalier crispé se raidit dans les épaules, serre les cuisses, se fige dans les reins. Cela perturbe le cheval, qui peut devenir lui-même contracté.
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Respiration consciente : inspirer profondément par le nez, expirer lentement par la bouche en relâchant les épaules. Répéter plusieurs fois au pas, en début de séance.
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Vérification des points de tension : se demander régulièrement « Est-ce que je serre mes genoux ? mes mains ? mes dents ? ». À chaque prise de conscience, relâcher la zone concernée.
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Pauses au pas rênes longues : alterner quelques minutes de travail concentré avec des moments de pas allongé, rênes plus longues, pour relâcher le corps et recentrer sa position.
Optimiser la position du bassin
Le bassin est le « chef d’orchestre » des aides. Un bassin bien placé permet de suivre le mouvement du dos du cheval et de transmettre des indications de manière discrète, mais efficace.
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Se poser sur ses ischions : ce sont les « pointes » des os du bassin sur lesquelles on s’assoit. Le cavalier doit les sentir en contact avec la selle, répartissant son poids sur les deux côtés.
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Bassin ni cambré, ni enroulé : une forte cambrure bloque les lombaires, tandis qu’un bassin trop enroulé fait s’affaisser le haut du corps. Chercher une neutralité, comme si l’on était debout, puis s’asseoir en gardant cette posture.
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Accompagner le mouvement : au trot assis et au galop, le bassin suit le mouvement du cheval dans un léger balancier avant–arrière. Le but est de se laisser porter, sans forcer.
Un exercice utile consiste à alterner trot enlevé et trot assis : au trot enlevé, concentrer son attention sur la verticalité oreille–épaule–hanche–talon ; au trot assis, garder cette même verticalité tout en laissant le bassin suivre.
Stabiliser les jambes et les talons
Des jambes qui avancent ou reculent trop perturbent l’équilibre global du cavalier et brouillent la lisibilité des aides pour le cheval.
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Longueur d’étriers adaptée : des étriers trop courts poussent le cavalier à se mettre en avant et à se crisper ; trop longs, ils rendent la jambe instable. Au plat, la plupart des cavaliers trouvent un bon compromis lorsque la cheville se situe à la hauteur du bas de la sangle quand ils laissent pendre leurs jambes.
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Talons vers le bas, sans forcer : plutôt que d’écraser volontairement les talons, il vaut mieux penser à « laisser tomber » le poids dans les talons. Cette image permet une descente de jambe plus naturelle.
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Contact constant mais léger : la jambe doit rester au contact du cheval, du haut de la cuisse jusqu’au mollet, sans pince excessive avec les genoux ni battement de jambes à chaque foulée.
Placer correctement ses mains et ses épaules
Les mains sont le relais avec la bouche du cheval. Une bonne position de mains favorise un contact stable, élastique, qui rassure le cheval et lui donne envie de se poser sur le mors.
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Coudes près du corps : les coudes forment un angle souple, proches du buste, permettant aux mains de suivre le mouvement de l’encolure sans tirer ni flotter.
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Poignets souples : ni cassés vers le haut, ni vers le bas. Ils sont dans la continuité de l’avant-bras. On peut imaginer que les pouces sont posés à plat sur de petites boîtes d’allumettes.
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Épaules détendues : elles tombent naturellement, loin des oreilles. Une épaule contractée amène souvent un contact dur ou irrégulier dans la main.
Un bon exercice consiste à fermer les yeux quelques foulées au pas, en se concentrant sur la sensation dans les rênes : le contact doit rester constant, sans à-coups, même si on ne regarde pas ses mains.
Techniques de travail pour perfectionner sa position
Exercices au pas pour consolider les bases
Le pas est l’allure idéale pour corriger sa posture sans être débordé par le mouvement. Travailler lentement permet d’ancrer de nouveaux réflexes.
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Travail sans étriers au pas : enlever les étriers et laisser les jambes pendre naturellement. Chercher à se grandir, à s’asseoir sur ses ischions, à relâcher les cuisses. Cet exercice améliore l’assiette et la perception de son centre de gravité.
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Transitions fréquentes : alterner pas–arrêt–pas en se concentrant sur la stabilité du haut du corps. L’objectif : ne pas se pencher en arrière à l’arrêt ni en avant au départ.
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Voltes et serpentines : sur les courbes, vérifier que le poids reste réparti sur les deux ischions et que la jambe intérieure ne remonte pas. Visualiser la courbe avec le regard et l’ensemble du buste, pas uniquement avec les mains.
Renforcer son assiette au trot
Le trot est l’allure la plus exigeante pour la stabilité de la position, en particulier pour les cavaliers débutants ou en reprise.
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Trot enlevé contrôlé : se concentrer sur le fait de « monter et descendre » à partir des hanches, et non en poussant avec les épaules. Le buste reste vertical, le regard loin, les mains immobiles au-dessus du garrot.
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Alternance trot enlevé / trot assis : sur de courtes séquences, par exemple 3–4 foulées assises puis retour à l’enlevé. Cela permet de développer la souplesse du bassin sans se crisper.
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Trot assis sur le cercle : travailler sur un grand cercle en se concentrant sur le relâchement du bas du dos. Imaginer que le bassin « dessine » le mouvement de la foulée, comme posé sur un ballon.
Les séances de trot assis doivent être progressives pour éviter les douleurs lombaires et les tensions chez le cheval. Mieux vaut des séquences très courtes mais régulières qu’un long trot assis mal effectué.
Stabiliser sa position au galop
Le galop donne une sensation de fluidité qui peut masquer certains défauts de position. Pourtant, cette allure demande une vraie maîtrise de l’équilibre et du placement du bassin.
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Préparation au galop : avant chaque départ, vérifier l’alignement oreille–épaule–hanche–talon. Un bon départ de galop commence par une bonne position au trot ou au pas.
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Accompagner l’allure : le bassin suit un mouvement de bascule légèrement en avant, en rythme avec les foulées. Le haut du corps reste stable et vertical, sans se pencher ni pomper.
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Transitions galop–trot–galop : ces exercices renforcent l’équilibre du couple. Le cavalier cherche à rester immobile dans son axe, en utilisant davantage le bassin et les jambes que les mains.
Travail sur le terrain varié et barres au sol
Changer de contexte aide à tester la solidité de la position en situation réelle, hors du manège.
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Travail en extérieur : en balade, sur terrain légèrement vallonné, vérifier que le buste s’ajuste aux descentes et montées sans s’effondrer. Garder un contact léger, une assiette souple, et accompagner le mouvement.
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Barres au sol au trot et au galop : elles obligent le cavalier à stabiliser son équilibre, à anticiper et à regarder loin. Objectif : sauter les barres au sol avec un buste centré, des jambes fixes, des mains qui suivent.
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Position en équilibre : sur de courtes séquences, se mettre en suspension au-dessus de la selle (bassin légèrement soulevé, poids réparti entre étriers et genoux). Cet exercice développe la stabilité des jambes et l’indépendance du haut du corps.
Corriger les erreurs les plus fréquentes de position
Se pencher en avant ou en arrière
Pencher le buste en avant est une erreur fréquente, notamment au trot enlevé ou lors des départs au galop. À l’inverse, certains cavaliers se renversent en arrière pour se « tenir » au galop ou lors des transitions descendantes.
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Causes possibles : peur de la vitesse, recherche d’équilibre par compensation, manque de tonicité de la ceinture abdominale.
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Conséquences : déséquilibre du cheval (charge de l’avant-main ou des hanches), bouche durcie, aides brouillées.
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Corrections : travail au pas et au trot enlevé en se concentrant sur la verticalité ; exercices de renforcement du gainage (hors selle) pour stabiliser le centre du corps.
Jambes qui avancent ou qui reculent
Des jambes projetées vers l’avant créent une position « en fauteuil », avec le bassin reculé. L’inverse, des jambes en arrière, entraîne souvent un buste en avant, type « jockey » involontaire.
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Signes à observer : dans les photos ou les vidéos, vérifier si le talon est à la verticale de la hanche. Si ce n’est pas le cas, la jambe est probablement mal placée.
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Exercices correctifs : travailler sans étriers, puis remettre les étriers en vérifiant que la jambe retombe naturellement au bon endroit ; faire quelques foulées en équilibre pour sentir la position des jambes sous le corps.
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Matériel : vérifier l’ajustement de la selle et la longueur d’étriers. Une selle inadaptée peut pousser systématiquement la jambe vers l’avant ou vers l’arrière.
Épaules verrouillées et mains instables
Un cavalier qui se « tient » avec les rênes aura tendance à verrouiller ses épaules et ses mains, ce qui se traduit par une bouche de cheval dure, des défenses (tirer, secouer la tête) et une tension globale.
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Signes révélateurs : mouvements brusques dans les rênes, impossibilité de suivre l’encolure au trot ou au galop, impression de « tirer » sur le cheval.
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Corrections : travailler sur des rênes légèrement plus longues, en se concentrant sur le maintien de l’équilibre grâce à l’assiette et aux jambes, pas aux mains ; faire des exercices au pas les yeux fermés pour mieux sentir le contact.
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Exercice de la « ficelle » : imaginer que les mains sont reliées au coude par une ficelle élastique. Si les coudes s’éloignent du corps, la ficelle « tire » et rappelle à l’ordre. Cela aide à garder les avant-bras dans l’axe et à amortir le mouvement.
Approche globale : préparation physique et ressenti du cavalier
Renforcement musculaire et souplesse hors du cheval
La qualité de la position à cheval dépend directement de la condition physique du cavalier. Une musculature équilibrée et une bonne souplesse facilitent le maintien de l’équilibre et l’indépendance des aides.
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Gainage : exercices de planche, gainage latéral, pont fessier. Objectif : renforcer les abdominaux profonds et les muscles du dos pour stabiliser le buste sans se crisper.
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Souplesse des hanches et des adducteurs : étirements des quadriceps, des ischios et de l’intérieur des cuisses. Des hanches souples permettent une meilleure descente de jambes et un bassin plus mobile.
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Proprioception et équilibre : travail sur un coussin d’équilibre, un ballon, ou sur un pied puis l’autre. Développer le sens de l’équilibre à pied facilite la stabilité en selle.
Développer le ressenti plutôt que la seule « forme »
Une position efficace ne se résume pas à une image figée. Elle doit être vivante, adaptée, en connexion avec le cheval. Pour cela, il est utile de travailler son ressenti, en plus de la technique.
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Écouter le mouvement du dos : au pas, au trot et au galop, fermer parfois les yeux quelques foulées (en sécurité), pour sentir comment le dos du cheval se déplace sous la selle.
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Observer les réactions du cheval : un cheval qui se détend, mâchouille son mors, étend son encolure et allonge son dos réagit souvent positivement à une amélioration de la position du cavalier.
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Se filmer régulièrement : les vidéos permettent d’objectiver sa position, de comparer avec les sensations, et de suivre les progrès au fil des séances.
Pour aller plus loin et approfondir chaque aspect postural (bassin, jambes, mains, équilibre dynamique), il peut être utile de consulter un contenu de référence dédié. Vous pouvez par exemple vous appuyer sur notre dossier complet sur la position à cheval, ses principes et ses corrections possibles, afin de croiser les apports théoriques avec vos ressentis en selle.