Les films avec des chevaux ont ce pouvoir unique de faire vibrer à la fois les passionnés d’équitation et les simples amateurs de belles histoires. Mais derrière les galops spectaculaires et les cascades impressionnantes, on trouve de vraies disciplines équestres, des races bien précises et tout un vocabulaire technique que les cavaliers reconnaissent immédiatement. Décoder tout cela permet à la fois d’apprécier davantage le film… et de repérer ce qui est réaliste ou non.
Pourquoi les chevaux de cinéma fascinent autant les cavaliers
Pour un cavalier, regarder un film avec des chevaux, ce n’est pas seulement suivre l’intrigue : c’est aussi scruter les allures, les attitudes, les harnachements et même les détails de sécurité. On repère en un clin d’œil :
- si le cheval est à l’aise dans la scène ou stressé,
- si la discipline montrée est fidèlement représentée,
- si la race montrée correspond vraiment au rôle (course, western, randonnée, haute école…),
- si certains gestes d’équitation sont justes, approximatifs ou totalement fantaisistes.
Comprendre ce que l’on voit à l’écran aide aussi à faire la part des choses entre la réalité du travail avec les chevaux et la mise en scène. Un cheval de cinéma est souvent un athlète très polyvalent, parfaitement dressé pour accepter le bruit, la caméra, les foules, et répéter une même action de nombreuses fois.
Les races de chevaux les plus fréquentes au cinéma
De nombreuses productions misent sur certaines races de chevaux pour leur physique, leur caractère ou leur polyvalence. Quelques unes reviennent très souvent à l’écran.
Le Pur-sang anglais : l’incontournable des courses et des grandes fresques
Le Pur-sang anglais est la race emblématique des films de courses hippiques. On le reconnaît à :
- sa silhouette longiligne, très sportive,
- son encolure assez fine,
- ses membres longs, faits pour la vitesse,
- ses allures puissantes mais parfois un peu « électriques ».
Dans les films, on le voit souvent :
- sur les hippodromes, en pleine course au galop,
- dans des scènes de guerre ou de grandes chevauchées historiques (pour son élégance et sa vélocité),
- dans des rôles de chevaux de saut d’obstacles ou de concours complet, même si ce n’est pas toujours réaliste.
À l’écran, plusieurs chevaux différents peuvent incarner un même personnage de Pur-sang : un pour les gros plans, un pour les cascades, un pour les scènes calmes, etc.
Le Quarter Horse : star du western et des scènes de ranch
Dans presque tous les westerns modernes, les chevaux de cow-boys sont des Quarter Horses ou des chevaux de type Quarter. Caractéristiques :
- gabarit compact et musclé,
- croupe puissante, large et arrondie,
- tête souvent courte avec un profil rectiligne ou légèrement busqué,
- caractère en général calme et très coopératif.
On le voit dans :
- les scènes de tri de bétail,
- les poursuites au galop en terrain varié,
- les manœuvres typiques du western (arrêts glissés, pivots, reculers précis).
Sa grande polyvalence en fait un cheval idéal pour le cinéma : docile, capable de travailler une journée de tournage entière, et très stable mentalement malgré le stress potentiel du plateau.
L’Andalou et le Lusitanien : chevaux de guerre et de haute école
Ces races ibériques, très proches, sont très recherchées pour les films historiques et les scènes spectaculaires de haute école. On les reconnaît à :
- une encolure bien sortie avec une jolie courbure,
- une crinière souvent longue et fournie,
- une croupe plutôt arrondie,
- des allures relevées et expressives.
On les retrouve souvent dans :
- les films médiévaux ou de cape et d’épée,
- les scènes où le cheval « se cabre » de façon spectaculaire,
- des airs de haute école (passage, piaffer, pirouettes) pour donner une impression de noblesse et de maîtrise.
Les Andalou/Lusitaniens ont aussi un grand avantage : ils supportent bien le travail en main et à la longue, ce qui est précieux pour les dresseurs de chevaux de cinéma qui doivent parfois guider l’animal hors champ.
Le Frison : le cheval noir de légende
Cheval de conte de fées par excellence, le Frison est souvent choisi pour son apparence spectaculaire :
- robe noire unie,
- crins abondants,
- fanons long sur les membres,
- allures relevées et très expressives.
On le voit beaucoup dans :
- les films fantastiques ou les univers pseudo-médiévaux,
- les rôles de « cheval noble » du héros ou inversement du méchant,
- les scènes de parade, d’entrée en ville, de cérémonies.
Dans de nombreuses productions, un cheval présenté comme « cheval de guerre médiéval » est en réalité un Frison moderne, alors que les chevaux de guerre historiques étaient bien différents (plus petits, plus massifs, souvent de type trait léger).
Les chevaux de trait : puissance et émotion
Les chevaux de trait (Percheron, Comtois, Shire, Clydesdale, etc.) occupent une place à part au cinéma. Ils sont utilisés pour :
- les scènes de labour, de travail agricole ou de traction,
- les attelages imposants (voitures de cérémonie, diligences),
- les rôles de chevaux « gentils géants » très attachants.
On les reconnaît à :
- leur gabarit très puissant,
- leurs fanons plus ou moins abondants selon la race,
- leur allure posée au pas, idéale pour tourner en sécurité.
Leur tempérament, souvent très calme, en fait d’excellents partenaires pour les scènes avec des enfants ou des acteurs peu expérimentés à cheval.
Les poneys et croisements : les héros discrets
De nombreux films familiaux mettent en scène des poneys ou des « petits chevaux » :
- Cobs irlandais,
- poneys de type Shetland ou Welsh,
- croisements variés sans race précise.
Ils servent souvent à :
- initier un jeune personnage à l’équitation,
- créer un lien affectif fort dans le scénario,
- illustrer la relation de confiance dans un cadre de club ou de petite exploitation familiale.
À l’écran, on met surtout en avant leur caractère, plus que la fidélité à une race bien définie.
Les disciplines équestres que l’on croise le plus souvent dans les films
Beaucoup de spectateurs ne perçoivent que « quelqu’un à cheval ». Un cavalier, lui, identifie immédiatement la discipline ou le style d’équitation montré. Certains codes reviennent très souvent à l’écran.
L’équitation western : cow-boys, reining et travail de ranch
Dans les films de type western ou dans les productions contemporaines montrant la vie de ranch, on reconnaît l’équitation western grâce à :
- la selle américaine avec son pommeau (horn) à l’avant,
- les longues rênes tenues à une main,
- le mors souvent à branches longues (mors western),
- la bride décorée, parfois très ornée.
Les manœuvres typiques qu’on voit au cinéma :
- Sliding stop : arrêt glissé sur les postérieurs après un galop rapide,
- Spin : pivot rapide sur un postérieur, l’avant-main tournant presque sur place,
- Roll-back : demi-tour très serré après un arrêt, pour repartir dans l’autre sens.
Ces figures viennent notamment de disciplines comme le reining et le travail de ranch. Dans les films, elles sont souvent exagérées ou répétées pour l’effet spectaculaire, mais elles restent basées sur de véritables techniques sportives.
L’équitation anglaise : saut d’obstacles, concours complet et dressage
Dans les films se déroulant en club, dans un cadre sportif ou dans la haute société, on retrouve souvent l’équitation dite « anglaise » :
- selle anglaise (selle de saut ou de dressage), sans pommeau,
- rênes tenues à deux mains,
- équipement plus sobre, orienté sport.
Saut d’obstacles (CSO)
Le CSO est très utilisé au cinéma pour créer de la tension sportive. Les éléments clés à repérer :
- des barres colorées, oxers, verticaux, combinaisons,
- un parcours en carrière ou en manège,
- le cheval qui aborde des obstacles au galop et saute en enchaînant plusieurs efforts.
Les réalisateurs peuvent parfois :
- montrer un niveau technique peu cohérent avec ce que le scénario prétend (par exemple, un parcours de 80 cm pour un cavalier censé être en Grand Prix),
- filmer une même figure sous différents angles à partir de plusieurs sauts effectués sur des obstacles distincts.
Concours complet et cross
Le concours complet d’équitation, et surtout la partie cross, est très cinégénique :
- obstacles fixes en pleine nature (troncs, gués, contre-hauts, contre-bas),
- galop soutenu sur un terrain vallonné,
- cheval et cavalier équipés d’un gilet de protection et parfois d’un protège-dos.
Le cross permet de filmer des sauts impressionnants, des passages d’eau, et de mettre en scène les risques et le courage des cavaliers. Pour des raisons de sécurité, les équipes de tournage multiplient souvent les doublures (cavaliers professionnels, cascadeurs) et les montages.
Dressage classique et haute école
Le dressage est parfois moins évident pour le grand public, mais très parlant pour les cavaliers. Les figures qu’on rencontre au cinéma :
- Piaffer : trot très rassemblé sur place,
- Passage : trot très cadencé, avec beaucoup de rebond,
- Pirouette au galop : rotation sur un cercle minuscule au galop rassemblé,
- Changements de pieds : le cheval change de pied au galop sur demande, parfois à chaque foulée.
Les airs de haute école (levade, cabriole…) sont souvent associés aux écoles classiques (Espagne, Portugal, Cadre Noir, etc.) et aux races ibériques. Dans les films, ces airs servent à exprimer la noblesse et la maîtrise du cheval plus qu’à représenter une discipline de compétition précise.
Courses hippiques : galop et trot
Les films centrés sur les courses montrent deux disciplines différentes, parfois confondues dans la fiction :
- Courses de galop : chevaux montés par un jockey, parcours en ligne ou en piste, départ en stalles,
- Courses de trot : chevaux attelés à un sulky, menés par un driver, avec l’obligation de rester à l’allure du trot (pas de galop autorisé).
Dans certains films, les réalisateurs prennent des libertés avec les règles (chevaux au galop dans une scène censée être de trot, distances irréalistes, etc.), ce qui ne trompe pas un œil habitué aux hippodromes.
Lexique des termes et équipements équestres qu’on voit souvent à l’écran
Décoder les scènes de films avec des chevaux passe aussi par la compréhension du vocabulaire et de l’équipement. Quelques notions reviennent fréquemment.
Les différentes allures
Les allures fondamentales du cheval sont souvent mal nommées ou mal montrées dans les dialogues. En réalité :
- Le pas : allure marchée à quatre temps, lente et stable. C’est l’allure de base pour beaucoup de scènes de dialogue à cheval.
- Le trot : allure à deux temps, avec une phase de suspension. En équitation anglaise, on peut trotter enlevé (se lever et se rasseoir en rythme) ou assis (rester collé à la selle).
- Le galop : allure à trois temps, avec une phase de suspension. C’est l’allure la plus cinématographique, utilisée pour les poursuites, les charges, les arrivées spectaculaires.
Les films ont tendance à sur-utiliser le galop, même quand une autre allure serait plus logique (chevauchées très longues toujours à fond, conversations au galop, etc.). Les cavaliers repèrent facilement ces incohérences.
Éléments de harnachement visibles à l’écran
Un cheval de cinéma porte la plupart du temps un harnachement complet. Les principaux éléments visibles :
- La bride : ensemble de cuir autour de la tête, composée de la têtière, du frontal, des montants, du mors et des rênes.
- Le mors : pièce métallique placée dans la bouche du cheval. On distingue :
- les mors simples (sans levier), souvent utilisés en équitation de loisir ou sport,
- les mors à levier (Pelham, mors de bride, mors western) aux branches plus ou moins longues.
- La selle :
- selle anglaise : plus légère, sans pommeau, utilisée pour saut, dressage, complet, loisir,
- selle western : plus massive, avec un pommeau proéminent, adaptée au travail de ranch et aux longues heures en selle.
- Le tapis : pièce de tissu ou feutre entre la selle et le dos, souvent de couleur unie ou assortie à la tenue du cavalier.
- Les protections de membres : guêtres, bandes, cloches, utilisées pour protéger tendons et boulets, particulièrement visibles dans les scènes sportives.
Au cinéma, l’esthétique prend parfois le pas sur la fonctionnalité : brides surchargées, mors très sévères pour un rôle de « cheval difficile », selles anciennes approximatives pour des films d’époque, etc.
Tenues et équipements du cavalier
La tenue du cavalier permet souvent d’identifier la discipline :
- Style classique / CSO :
- bombe ou casque,
- veste de concours,
- pantalon clair (pantalon d’équitation),
- bottes ou mini-chaps.
- Dressage :
- haut-de-forme (moins utilisé en réalité pour des raisons de sécurité, remplacé par le casque),
- queue-de-pie,
- gants et cravate blanche.
- Western :
- chapeau de cow-boy,
- chemise et jeans,
- boutons de col, ceinture large,
- boots western (bottes avec éperons parfois).
Dans les productions pour le grand public, la sécurité est parfois sacrifiée à l’esthétique : personnages montant sans casque, en chaussures de ville, voire en tenue totalement inadaptée. Les cavaliers sont particulièrement attentifs à ce point.
Gestes et codes équestres souvent mal représentés
Quelques gestes reviennent dans les films et choquent souvent les cavaliers :
- La manière de monter en selle : on voit fréquemment des acteurs sauter sans étrier ou grimper du mauvais côté (droite), alors que dans la pratique, on monte presque toujours du côté gauche avec un minimum de soin pour le dos du cheval.
- La gestion des rênes : cavaliers qui tirent constamment vers le haut, rênes trop longues ou au contraire constamment en tension. Un cavalier expérimenté a les mains calmes et accompagne le mouvement.
- L’attache du cheval : chevaux laissés attachés à des éléments fragiles ou en plein milieu d’un passage, ce qui serait très dangereux en réalité.
- Le travail du cheval fatigué : dans l’histoire, un cheval peut parcourir des distances irréalistes à pleine vitesse sans s’arrêter, alors que la physiologie réelle du cheval impose repos, eau, étapes.
Ces détails peuvent passer inaperçus pour le grand public, mais ils sont immédiatement repérés par les cavaliers et constituent souvent des sujets de discussion… voire d’agacement.
Regarder un film avec des chevaux avec un œil de cavalier
Regarder un film avec des chevaux en tant que cavalier, c’est un peu comme un professionnel qui regarde son propre métier à l’écran : on repère les approximations, mais on peut aussi apprécier le travail bien fait.
Reconnaître les doublures et le travail des dresseurs
Dans de nombreuses productions, plusieurs chevaux incarnent le même « personnage » :
- un cheval pour les scènes calmes et les gros plans,
- un cheval pour les cascades (chutes, glissades contrôlées, franchissements difficiles),
- un cheval particulièrement expressif pour les plans émotionnels.
Les dresseurs de chevaux de cinéma jouent un rôle central : ils apprennent aux chevaux des actions précises (se coucher sur commande, s’arrêter net, hennir sur signal, suivre un marquage au sol, etc.) tout en préservant leur sécurité et leur bien-être.
Un cavalier attentif pourra remarquer :
- de légères différences de morphologie suggérant plusieurs chevaux différents pour un même rôle,
- des gestes de dresseur hors champ (sifflement, mouvement de main, voix) déclenchant une action du cheval,
- des protections discrètes ou des surfaces de sol adaptées pour sécuriser une cascade.
Faire la part des choses entre fiction et réalité équestre
Les films ont pour objectif principal de raconter une histoire, pas de faire un cours d’équitation. Quelques repères pour regarder avec recul :
- Les distances parcourues au galop sont presque toujours irréalistes pour un cheval normal en pleine nature.
- Les chevaux « sauvages » présentés comme totalement indomptables sont en réalité des chevaux très bien dressés, habitués à la présence humaine et obéissant à des signaux très discrets.
- Les liens affectifs instantanés entre un cheval traumatisé et un cavalier débutant relèvent plus de la fiction que de l’éthologie réelle, même si la relation homme-cheval peut évidemment être très forte.
- Les blessures graves suivies d’un retour miraculeux à la compétition en quelques semaines sont souvent scénaristiques et pas du tout réalistes sur le plan vétérinaire.
Pour autant, de nombreux films ont un vrai respect du cheval et s’appuient sur des conseillers équestres. Repérer les films plus justes techniquement fait partie du plaisir pour les passionnés.
Si vous souhaitez aller plus loin dans cette analyse, découvrir des exemples précis et comparer les représentations selon les genres (western, films historiques, drames familiaux, films sportifs), vous pouvez consulter notre dossier complet sur les films avec des chevaux et leur réalisme équestre, qui approfondit ces questions film par film.
