yogaDans un article précédent, j’évoquais l’intérêt pour tout cavalier d’être mieux dans son corps pour être mieux à cheval. Pour ma part, c’est essentiellement par le yoga que j’essaye d’améliorer ma souplesse, ma décontraction mentale, et donc mon équitation. Pourquoi ce choix ? Parce que, tel que je le perçois, le yoga combine à la fois un travail de musculation profonde, d’assouplissement, et de renforcement de la capacité à se concentrer sur ce que l’on fait. Le yoga favorise l’harmonie entre le corps et l’esprit. Or, en dehors de l’aspect purement technique, que demande l’équitation au cavalier si ce n’est d’être souple, tonique et capable de rester lier physiquement et mentalement à son partenaire pour faire en sorte que l’objectif du cavalier devienne celui du couple ?

Pour illustrer l’importance de la liaison entre le cavalier et son cheval, je me permets de citer un extrait des Contes des sages taoïstes :

Le prince de Tchao avait une passion immodérée pour la course de chars. Il avait pendant des années pris des leçons avec son cocher qui était un maître aurige réputé. Mais chaque fois que le prince courait contre celui-ci, il arrivait le dernier, même s’il avait pris pour attelage les meilleurs coursiers de ses écuries. Un jour où il fut encore vaincu devant toute sa cour assemblée, le seigneur descendit furibond de son char et dit à son cocher :

– Je vous ai offert des robes de brocart, des pierres précieuses, des jades d’une valeur inestimable en échange de vos services. Mais vous, ingrat, vous ne m’avez pas encore appris tous vos secrets !

– Sire, tout ne s’achète pas. Je ne peux vous vendre le Tao des chevaux.

– Que voulez-vous dire ?

-Un bon cocher doit faire le vide dans son esprit pour s’unir au souffle de ses coursiers. Quand vous êtes en tête, vous avez peur que je vous devance. Quand vous êtes derrière moi, vous ne pensez qu’à me dépasser. Votre esprit est toujours concentré sur moi. Comment voulez-vous alors faire corps avec vos chevaux, être en harmonie avec leur Tao?

Dans ce conte chinois, il n’est question que de la liaison spirituelle entre le cocher et ses chevaux. Le yoga doit aussi permettre une meilleure liaison physique entre son cavalier et son cheval, liaison toute aussi essentielle puisque cavalier et cheval sont liés physiquement dans le mouvement.

Quel yoga ?

Il n’existe pas de yoga pour l’équitation, pas plus qu’il n’existe de yoga spécifiquement conçu pour d’autres sports ou d’autres activités artistiques. Cependant, Yoga et équitation reposent sur l’idée d’un mouvement contrôlé, harmonieux, réalisé dans une attitude mentale et physique juste (il ne s’agit pas d’enchaîner des mouvements mais de les réaliser en prenant conscience de tous les détails qui les constituent. Finalement, on pourrait dire qu’il ne s’agit pas de faire des mouvements mais d’être ces mouvements). C’est pourquoi, en puisant dans l’immense réservoir de savoir et d’expérience accumulés dans le yoga par des siècles de pratique, tout cavalier peut trouver des exercices qui, en l’aidant à améliorer sa perception de ce qui l’entoure et sa proprioception, lui permettront d’améliorer sa pratique équestre.

Il existe différentes branches dans le yoga. La plus pratiquée en Occident est le Hatha Yoga, avec de nombreuses variantes. Le Hatha Yoga comporte deux dimensions, une dimension mentale et une dimension physique. Cette dernière est elle-même composée de deux pratiques : les postures et les respirations dirigées. Ce sont les postures, accompagnées parfois de quelques exercices sur les techniques respiratoires, que l’on étudie le plus souvent, en cours ou sur divers supports (livres, dvd, internet).

Si la dimension spirituelle est généralement absente de l’enseignement, la pratique du Hatha Yoga demande à l’élève une implication mentale importante pour prendre tout son intérêt. Sinon, autant pratiquer la gymnastique douce ou le stretching en fonction de vos goûts. Il faut bien garder à l’esprit que le yoga a pour objectif une prise de conscience de son propre corps et de ce qui l’entoure. Voilà ce qu’écrivait à ce sujet le grand professeur de yoga, André Van Lysebeth :

Le Hatha-Yoga peut être pratiqué avec succès par chacun, athée ou croyant, car il n’est pas une religion, et sa pratique n’exige ni ne présuppose l’adhésion à aucune philosophie particulière, à aucune église ou croyance quelconque. On peut le considérer comme une discipline psychosomatique unique en son genre, d’une efficacité inégalée, sans plus. Le Hatha-Yoga, étant un ensemble de techniques, est neutre par définition, mais ce serait une regrettable erreur de ne considérer que cet aspect technique, et d’ignorer l’esprit dans lequel les grands Sages et Rishis de l’Inde antique l’ont conçu, esprit qui lui confère une indiscutable noblesse.

Comment pratiquer ?

Si vous ne souhaitez ou ne pouvez pas prendre des cours de yoga, il existe tout un tas de livre et de dvd qui vous proposent une approche du yoga sous forme de postures isolées ou enchaînées comportant divers degrés de difficulté. L’intérêt de la vidéo est de vous montrer la réalisation de la posture et de vous proposer, le plus souvent, des séances complètes durant lesquelles vous serez entièrement guidés. Dans un premier temps, faute d’enseignant, c’est la solution qui me semble la meilleure. Ensuite, une fois un certain nombre de postures connues et les exigences de la pratique bien intégrées, rien ne vous interdira de composer votre propre programme et de le réaliser à votre rythme, sans le support d’une vidéo.

Dans les ouvrages les mieux conçus, on vous expliquera quels sont les groupes musculaires et les articulations sollicités par les postures, comment construire ces postures et quels en sont les bénéfices attendus.

Je ne suis pas un expert, mais de ma petite expérience, je peux tirer ces quelques recommandations.

  • Oubliez toute notion de performance ; le yoga n’est pas une compétition avec vous-même. Il est préférable de partir d’un niveau qui vous est physiquement accessible et de franchir patiemment les étapes au fur et à mesure que votre corps se déliera plutôt que d’essayer de forcer votre corps à prendre des positions qui se révèleront alors bien plus néfastes que bénéfiques.
  • Quand vous commencez une séance de yoga, ne sautez pas le temps de relaxation et de focalisation sur vous-même qui doit logiquement la débuter. Au contraire, essayez de faire abstraction de tout ce qui pourrait vous distraire et mettez-vous à l’écoute de votre corps.
  • Dans la réalisation des postures, accordez de l’attention et de l’importance à chacun de vos gestes, même si vous connaissez déjà la posture. L’habitude est mauvaise conseillère et pousse au relâchement.

Vous l’aurez sans doute remarqué, ces quelques conseils pourraient fort bien s’appliquer à une séance d’équitation. En yoga tout comme en équitation, il n’y a pas le corps d’un côté et l’esprit de l’autre.

Une dernière chose : donnez-vous du temps ! Le travail du yoga ne va pas révolutionner votre corps ou votre équitation en 15 jours. Vous verrez cependant qu’une pratique régulière du yoga se répercutera petit à petit sur votre équitation pour le plus grand bonheur de votre cheval, et le vôtre.

Olivier