redTravailler seul – Deuxième partie – Cavalier « seul », pied à terre.

Après avoir abordé les aspects du travail, voici les difficultés auxquelles sont parfois confrontés les cavaliers propriétaires.

Les chevaux de club se différencient des chevaux de propriétaires. Le propos ici ne sera aucunement d’avoir une évaluation qualitative mais bien d’envisager ce qui dans 2 environnements différents va produire des comportements différents et pourquoi un cavalier de club devenu cavalier « seul » va, dans son quotidien, y perdre un peu son latin ! Le cheval étant un animal social, il inclut dans son groupe de référence tous les êtres vivants interagissant avec lui.

Le cheval de club, ou d’école, évolue quotidiennement dans un environnement où les activités sont quasi permanentes même lorsqu’il n’y est pas directement associé. Il est manipulé et monté par un grand nombre de personnes. Certaines interviennent durablement dans sa vie, d’autres sont de passage. Son adaptabilité est sollicitée constamment, il accumule des expériences relationnelles en grande quantité. Bonnes ou mauvaises. De fait, il développe une grande capacité à recevoir toutes ces stimulations ce qui ne préjuge pas du type de réponses qu’il va y apporter. Toujours sans préjuger ici de la valeur négative ou positive du comportement adopté par le cheval, ce qui est sûr c’est que ce rythme est constant et prévisible et que ceci permet au cheval de se stabiliser lui-même. Les chevaux de club mis entre les mains des cavaliers sont utilisables, même s’ils présentent parfois des délicatesses. Ils sont, dans leur immense majorité, débourrés et soumis et « roule ma poule, tu raconteras ta vie plus tard ! ».

Les chevaux qui ne parviennent pas à cette adaptation, sont instables, dangereux et sortent des cavaleries de club par un moyen ou un autre. Les cavaliers de club ont donc à faire à des animaux fortement conditionnés par un environnement contraignant. Contraignant n’étant pas obligatoirement synonyme de répressif, cruel, irrespectueux. La notion à retenir ici est bien celle d’une restriction de l’espace de liberté d’expression naturelle, sur les plans physiques et la communication, due à des sollicitations soutenues quotidiennes qui laissent peu de place à l’initiative.

Les chevaux de propriétaires, eux, évoluent dans un environnement relationnel restreint, humainement parlant. Ils ont souvent un cavalier unique, peut-être ponctuellement d’autres personnes. Ils sont éventuellement mis au travail sous la selle d’un cavalier attitré. Lorsqu’ils sont confiés anecdotiquement à un tiers, cela peut se dérouler sous l’œil vigilant de leur propriétaire qui va révéler quelques particularités à respecter… Ils sont manipulés par un nombre tout aussi restreint de personne, toujours les mêmes. L’environnement « propriétaire » est souvent spécifique. Dans les structures club, il est distingué géographiquement des autres chevaux, de l’activité club. Dans les écuries de propriétaires, l’ambiance est aussi généralement plus calme, le rythme des activités est moins soutenu et s’il l’est, il est intimement lié à un plan de travail et une ou 2 personnes spécifiques pour le conduire. Le cheval de propriétaire bénéficie souvent d’un planning organisé incluant mise au paddock ou au pré. Le cheval de propriétaire va potentiellement proposer un comportement plus affirmé, plus opportuniste, plus susceptible car son espace libre d’expression se partage avec bien moins de compagnons sociaux (toutes espèces confondues) par la force des choses.

On pourrait imaginer ces 2 chevaux types comme l’un vivant en collectivité et l’autre en famille !

J’insiste, il ne s’agit toujours pas d’évaluer comparativement ici le bonheur de ces chevaux. Il est évident qu’ils peuvent être tout à fait bien traités en collectivité, maltraités en famille et inversement.

La nature a horreur du vide, dit-on. Et les chevaux savent bien vite évaluer à qui ils ont à faire, sait-on. Prenons un exemple :

Si l’on compare le cheval de club qui va être sellé par un grand nombre de personnes, habiles ou non, au final, il grognera plus ou moins mais adaptera son comportement à chaque fois et, globalement rompu à cette variable dans un même « exercice », tolérera pas mal de choses… Le cheval de propriétaire va rapidement évaluer si SON cavalier lui est agréable ou non lorsqu’il effectue cette même manœuvre. Et si les choses ne lui conviennent pas, devant la répétition systématique avec le même interlocuteur, il y a fort à parier qu’il tente de discuter la chose. Il ne s’agit plus d’un cheval en face de X personnes quotidiennement, mais bien d’un tête-à-tête récurrent.

Ceci n’est que le début… Le cheval de propriétaire n’a donc plus qu’une personne à scanner, il lui est très facile d’en percevoir les doutes, les hésitations, les erreurs, qui se répètent peut-être, et dans la durée, puisqu’aucun autre comportement humain, ou peu, viennent contrebalancer celui-là, cela va le gêner, l’agacer, l’inquiéter au point qu’il va tenter d’avoir ses propres propositions. C’est ici que le propriétaire va être confronté à des comportements peu expérimentés en club. L’ordre hiérarchique est en fait l’établissement de celui qui s’impose à l’autre. Cet ordre doit être établit et suivi pour tout et c’est sur cela que le cheval va stabiliser son propre comportement.

Lorsque le cheval n’a plus dans son environnement que quelques personnes, il va très vite voir comment s’organise ce groupe social auquel il s’intègre, quels sont les compagnons les moins fiables, les moins sûrs d’eux et dans ce cas, mieux vaut prendre soi-même les choses en main ! Si on ne lui propose pas un cadre hiérarchique claire ET JUSTE, il cherchera à imposer le sien.
Les chevaux de propriétaires sont rarement d’anciens chevaux de club. Hélas pour tout le monde car cela serait une bonne transition pour les nouveaux propriétaires et une heureuse fin pour les cavaleries. Les premières acquisitions sont donc des chevaux « tout neuf », issus d’une famille restreinte pour s’intégrer à une nouvelle famille restreinte. Des chevaux d’emblée plus exigeants, susceptibles, affirmés. En général, l’arrivée dans leur nouvelle écurie s’accompagne d’une période de découverte qui peut les inhiber ou au contraire transformer le paisible cheval à l’essai chez lui en une monture paniquée dans un environnement inconnu. Si le premier empêche le nouveau propriétaire de présumer de la suite, le second le plonge directement dans la confrontation au fait que l’adaptation à la nouveauté est un travail à mener autant que celui de l’équitation. N’ai-je pas précisé précédemment que les chevaux de club éprouvent très largement leurs compétences en termes d’adaptabilité ? Et tôt ou tard, le cheval inhibé, après une phase d’observation va de toute façon lui aussi bien souvent tenter de renégocier ses conditions de vie !

Voici donc l’instant où l’enseignement du club, souvent limité à l’équitation, ne peut plus grand-chose pour le cavalier propriétaire : maintenir son cheval éduqué ou l’éduquer soi-même.
Trouver des réponses sur les forums où dans les livres est une solution partielle mais pas toujours heureuse car il s’agit d’échanges théoriques. S’il est toujours enrichissant de partager ses expériences, en revanche la transposition et l’application autodidacte ne sont pas toujours aisées.

Un très bon conseil peut ne pas fonctionner car le geste ne sera pas exactement le bon. Le cavalier abandonnera alors l’idée, à tort.

Chaque cheval est unique, chaque individu différent, chaque situation personnelle…

La chose la plus judicieuse à faire me semble donc, en plus d’acquérir par la lecture et la discussion des éléments de réflexion personnelle, de regarder autour de soi quelles sont les personnes d’expérience dont les pratiques correspondent à sa sensibilité et de leur demander aide et conseils.

Le recours à un professionnel est une bonne chose mais il ne faut surtout pas oublier de se faire expliquer le « pourquoi du comment » pour ne pas répéter la situation d’un bon exécutant manquant d’autonomie.

Sur le principe, un cheval a besoin d’un cadre stable, clair, hiérarchique, d’une organisation ritualisée dans laquelle il connait son rôle, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas.

  • Le confinement, l’isolement, l’ennui, le manque d’activité et d’échanges sociaux produisent du stress, un excès d’énergie, une difficulté à se concentrer, à se maitriser, des stéréotypies (tics)…
  • Les manipulations hésitantes, le renoncement en cas de difficulté, le manque de communication vont avoir pour conséquences de pousser le cheval à décider lui-même, à s’imposer, à devenir irrespectueux, à ne plus faire confiance, à ne plus écouter, à ne plus obéir.
  • Trop d’autorité, les punitions physiquement douloureuses, la coercition, l’absence de récompense, de motivation vont déclencher des comportements de défense agressive ou au contraire finir par inhiber l’animal, le plonger dans le renoncement, l’indifférence, éteindre en lui toute expressivité.

Évidemment si l’activité équestre proposée à Ponpon est pénible ou ennuyeuse, son comportement en dehors sera aussi impacté.

La demi-pension est une bonne expérience intermédiaire pour tester ses capacités d’autonomie sans se jeter tout de suite dans le grand bain car avoir un Ponpon engendre de bien plus grandes responsabilités et nécessite bien plus de compétences que d’aller en monter un dans le cadre des reprises de club, même après de longues années de pratique.

Maryan