Le trotIl existe sur ce sujet des positions très tranchées.

Le travail long fait référence à cette remarque que, chaque fois que l’on restreint durablement la longueur de l’encolure, on entrave le mouvement des postérieurs.

Certains dresseurs, mais pas tous, ont ressenti l’extraordinaire frein à la locomotion fluide qu’est une encolure maintenue trop courte ou bien une encolure contractée. De toutes façons le résultat est le même, les muscles de la base de l’encolure (ou parfois même du milieu) qui sont trop durs et trop toniques bloquent le fonctionnement du dos et le résultat est toujours des allures étriquées ou crispées (ou les deux). Dans leur travail journalier, l’attention des cavaliers conscients des problèmes que génèrent des encolures contractées, est donc toute focalisée là-dessus. Quels que soient les différents placers qu’ils font prendre au cheval, ce sera toujours sur une encolure longue, ou très relâchée, que le cheval soit bas, en position intermédiaire ou relevé. Ces cavaliers sont rares car la tendance devient très rapidement de monter trop long mais surtout trop bas !

On peut noter que les dresseurs qui entreprennent les chevaux « par la bouche » plutôt que par l’encolure, s’ils n’ont guère de problèmes dans le relèvement, puisque celui-ci est obtenu par des contractions des muscles releveurs, et que les chevaux sont toujours tous prêts à se contracter, en ont très souvent dès qu’il s’agit d’aller travailler les chevaux vers le bas. En effet comme ils ne s’intéressent souvent qu’à la mobilité de la mâchoire et non pas au relâchement de la musculature, ils butent sur ce manque de relâchement de l’encolure qui se fait sentir dès que les chevaux sont bas et longs. Cette décontraction de l’encolure a souvent été présenté comme une conséquence de la mobilité de la mâchoire, alors que c’est très très discutable et que bon nombre de chevaux nous prouvent tous les jours le contraire sous la selle de dizaines de cavaliers.

Chez les adeptes du travail long, certains trouvent qu’il est indispensable de mettre les chevaux « le nez dans le sable » pendant une très longue période. Il s’agit dans ce travail de faire descendre le cheval le nez au ras du sable afin de tirer sur la musculature du dos, en ouvrant l’angle tête encolure. Cette attitude est sensée favoriser l’harmonie musculaire. Mais contrairement à ce qui peut être entendu, elle n’a pas que des avantages. Nécessite-t-elle alors que l’on s’y attarde aussi longtemps que certains le préconisent ? Du point de vue de nombreux kinésithérapeutes et vétérinaires équins, il est intéressant qu’un cheval sache aller aux trois allures dans la descente complète de l’encolure, parce que cela l’aide à étirer toute sa ligne du dessus, du rein, au dos à l’encolure et à la nuque. Nous partageons cette opinion. En revanche, nous ne sommes pas certains qu’il faille prolonger ce genre d’attitudes plus de quelques minutes par séance et, de plus, nous pensons qu’avec certains chevaux ce peut être un échauffement et pour d’autres uniquement une courte séquence de fin de travail, parce qu’il est important que le cheval aille de lui même dans cette attitude. Il ne nous semble donc pas intéressant de provoquer cette descente d’encolure par un système action/réaction, parce qu’elle doit venir du relâchement uniquement. En effet le cheval est disposé naturellement comme cela, pour que sa tête descende, il faut, il suffit, que les muscles releveurs de l’encolure se détendent, se relâchent. Cette évidence semble bien ignorée .

Bien souvent le travail long et vers le bas (plus ou moins bas) n’est pas si simple à mettre en œuvre. On peut buter sur plusieurs choses :

  • Mettre le cheval sur les épaules :
    Bien souvent quand on commence à les laisser aller en bas, les chevaux se mettent à courir. On en déduit alors que ce genre de travail est mauvais. Cela résulte bien souvent d’un travail de base trop vite bâclé, au cours duquel les cavaliers n’ont pas pris le soin de stabiliser les allures, dans une attitude très naturelle, sans flexion de nuque, quitte a avoir pendant un certain temps un cheval à l’appui ferme. Il existe dans le livre de La Guérinière, pour illustrer ce travail, une très belle gravure intitulée « Le trot ». Comment se fait il que l’on ne voit quasiment jamais des chevaux dans ces attitudes ? En cherchant trop vite à faire lâcher le mors, à rendre les chevaux plus flexibles de la bouche et de la nuque que du reste du corps, on oublie que pour stabiliser ses allures le cheval doit avant tout stabiliser sa colonne vertébrale en souplesse, sur des rênes élastiques, qui absorbent une partie des mouvements parasites sans bloquer les ondulations nécessaires à un bon fonctionnement. Cette stabilisation passe par accepter que le cheval vienne à l’appui. Mais un appui élastique qui laisse onduler la colonne vertébrale. Comme le cavalier sent alors à travers tout son corps (et non pas dans ses mains seulement) que le corps du cheval se délie, il offre alors au cheval des instants de « remise de main » au cours desquels le cheval apprend a se tenir tout seul, puis à revenir au contact doux.
  • Garder les dos rigides
    Comme souvent, les cavaliers n’ont pas pris le temps de laisser les chevaux développer leurs allures en prenant du contact parfois ferme, puis de plus en plus léger, tout en laissant onduler la colonne vertébrale avec souplesse, ils conservent pour trouver du confort et se rassurer sur la qualité de la mise en main, leurs montures dans des allures très inférieures en amplitude à ce que leurs chevaux peuvent donner. Puis quand ils vont chercher leurs « allongements » qui ne sont en fait que le trot de travail de leurs chevaux, ils se retrouvent avec des chevaux qui se retiennent, qui n’ont pas donné leurs dos, et qui sont donc inconfortables. Il n’y a alors qu’a regarder ces cavaliers, ils se mettent systématiquement au trot enlevé, ne pouvant pas rester assis sur ces dos trop rigides et ces reins manquant de souplesse. Ils pensent que les reins des chevaux doivent rester voussés en permanence, ce qui contribue à leur donner une mauvaise interprétation de leurs sensations et aussi à réduire la locomotion de leurs chevaux en confondant rassemblé et raccourci. Mais il y a d’autres « moyens » de garder des dos rigides. Le premier est d’offrir un contact trop ferme sur une encolure trop courte, nuque trop fermée, le cheval est embouti. En effet la fermeté du contact, qui aurait pu être un atout, devient alors un frein aux ondulations de la colonne vertébrale, et ce d’autant plus que l’on cherche alors une activité des postérieurs que l’on refuse au cheval avec la main… Bien souvent, il suffit de libérer les chevaux avec des mains plus souples et tout s’arrange.Le second écueil qui rigidifie le dos, est de travailler les chevaux trop bas. Le travail bas a ceci de piégeur, c’est qu’il donne à la ligne du dessus une tension artificielle, et que les cavaliers qui ne sont quasiment jamais avertis par leurs coachs (qui eux-mêmes sont souvent uniquement dirigés par l’objectif de donner aux juges ce qu’ils veulent voir, sans aucune réflexion quant aux apports de cette attitude basse pour le long terme DU CHEVAL qu’ils font travailler) de ce côté artificiel de la sensation, et s’enferment dans des repères qui ne sont pas les bons.Créer la tension du dos en ramenant la bouche en arrière sur une attitude basse ne saurait donner d’aussi bons résultats que de se passer de ce procédé. Il est vrai que c’est très tentant, (il faut bien vivre) car le cheval donne tout de suite l’ impression de « travailler ». Malheureusement, devant une esthétique équestre nouvelle et fort médiatisée venant du nord de l’Europe, certains propriétaires (femmes bien souvent) adOOOOrent que leur cheval travaille dur. Il n’est qu’à voir le sourire béat et pervers de ces dames quand elles voient leurs chevaux (qui bien souvent sont plutôt doués) se faire malmener pour leur arracher des mouvements qu’ils auraient donnés avec la plus grande générosité si on les y avait préparés en les montant plus longs…

 On peut aussi prétendre que le travail long et bas est « hérétique ».

Tout ceci est une question de représentations et de montages intellectuels qui ne riment bien souvent à pas grand-chose et relèvent plus de la croyance que de l’objectivité. Comment accepter ce genre de travail alors qu’on n’a jamais vu une gravure de La Guérinière avec un cheval le nez dans le sable vous demandera-t-on ? les détracteurs rajoutent que cela ne peut que mettre le cheval sur les épaules, car une référence à la physique et donc une histoire de leviers leur permet de dire que plus l’encolure avance au delà de la colonne des antérieurs et plus le cheval a de poids sur les épaules. Ils oublient que le cheval est un être vivant composé d’os, de muscles et de ligaments (entre autres) et aussi d’une intelligence… Ils continuent en vous assénant que Baucher dans sa deuxième manière prônait le relèvement maximal de l’encolure. Et voilà tout est dit. Sauf que, si vous avez bien lu, l’écuyer n’ a professé cette élévation maximale que dans sa seconde manière. Dans sa première manière – qu’il a maintenue environ jusqu’à ses soixante ans !!! -, date à laquelle il n’était déjà plus tout jeune, convenons en, et de surcroit à laquelle il s’est pris un gros lustre de manège sur le dos, il montait les chevaux très enroulés, voire plutôt assez bas… C’est d’ailleurs, très probablement, ce qui lui a permis d’inventer les changements de pied au temps, car le galop par trop assis et l’attitude trop relevée de l’école de Versailles ne le permettait pas ! (thèse accréditée par Louis Seeger, écuyer allemand, contemporain de Baucher) Et pour enfoncer le clou, savez-vous quel procédé il a fallu inventer pour redonner à la ligne du dessus cette tension que le travail en élévation maximale de l’encolure et ce refus total de l’appui lui avait fait perdre ? Le ramené outré !!! Celui ci consiste en une hyperflexion de la nuque et de l’encolure…

Et la boucle est bouclée…

Parce que contrairement à ce qui se dit ici ou là, que ce soit en tirant la bouche en arrière « en force » dans le très bas très rond (rollkur), ou en amenant le cheval à se bouffer le poitrail « dans la légèreté » (ramener outré), c’est toujours cette recherche de tension (artificielle) du dessus qui est recherchée.

Pour avoir observé longuement des cavaliers classiques allemands et viennois, nous pensons que quand on n’a pas pris le temps d’expliquer aux chevaux comment tendre leur ligne du dessus correctement, en les laissant aller de manière classique, à l’appui ferme puis doux puis léger, dans le trot hardi, qui leur donne leur première souplesse, on est, à un moment ou à un autre du dressage, OBLIGÉ de palier à ce défaut de tension patiemment construite, en en créant une, artificielle.

Pour finir, les cavaliers qui ne veulent pas entendre parler de ce travail « nez en bas » argumentent par le fait que, au pré, le cheval passe assez de temps dans cette attitude-là.

Nous répondons que pour aller sous la selle et sur commande dans ces attitudes, le cheval doit aller à un degré de relâchement général qui n’est pas si commun que cela dans sa vie de tous les jours… En effet a-t-on jamais vu un cheval qui, tous les jours, galope quelques centaines de mètres dans la descente d’encolure en s’incurvant sur les grandes courbes qu’il suit sans son cavalier ? Pouvoir placer, sur des rênes fluides au centimètre près, la nuque et l’encolure dans une attitude basse déterminée, par l’amélioration immédiate et visible des trois allures, votre monture, nécessite de la part du cheval et de celle de son cavalier une précision et une décontraction enviable… Malgré tout, pouvoir monter son cheval, la nuque en place (et le reste aussi…) restera la marque des bons cavaliers.

 Pierre