Traité d'équitation pour ma bien-aimée« Viens ! À cheval ! » C’est à une chevauchée lyrique et sensuelle que Rudolf G. Binding (1867-1938) nous convie dans ce Traité d’équitation qui n’en est pas vraiment un. Lettre d’amour à une femme chérie en secret ou beau poème en prose, ce texte chante les joies des galops vers l’horizon ouvert, la beauté de la lumière qui s’accroche à une crinière, et les délices de cette liberté à laquelle la passion pour les chevaux nous initie. Mêlant préceptes équestres, leçons amoureuses et envolées fulgurantes, il dit l’ivresse du mouvement et de la vitesse, et professe une équitation sentimentale toute en légèreté, où le jeu délicat entre le corps de la cavalière et celui du cheval ressemblerait à une danse.

 

Le Groupe Artège, Éditions du Rocher, nous a confié le Traité d’équitation pour ma bien-aimée, petit livre surprenant à plus d’un titre, grand classique des bibliothèques équestres allemandes mais quasiment inconnu en France, qui vient d’être édité dans une nouvelle traduction d’Alexandra Besson qui en a aussi écrit une présentation qui nous permet de situer l’auteur dans son contexte historique et nous offre quelques clés pour mieux comprendre son œuvre.

Tout d’abord, quelques mots sur l’auteur, Rudolf Georg Binding. Issu d’une famille bourgeoise, Rudolf Georg Binding découvre à 16 ans, fasciné, l’équitation. Il dira plus tard que le cheval a été son plus grand maître. Abandonnant rapidement ses études de droit pour entrer dans l’armée – la cavalerie, évidemment – il ne découvre sa vocation d’écrivain-poète qu’à 40 ans. Son Traité d’équitation pour ma bien-aimée a reçu une médaille d’argent aux Jeux Olympiques d’Amsterdam en 1928 (cela peut nous paraître étrange aujourd’hui mais des concours d’architecture, de sculpture, de peinture, de littérature et de musique furent organisés durant les jeux olympiques de 1912 à 1948).

Ce texte a été traduit en français pour la première fois en 1948 par le commandant Édouard Dupont (préface du général Decarpentry) mais n’a alors connu qu’un tirage plus que confidentiel (102 exemplaires), et est donc passé inaperçu aux yeux du plus grand nombre. À la lecture de cet ouvrage, on ne peut que féliciter Madame Besson d’avoir eu la bonne idée de nous permettre d’accéder à ce petit bijou et aux éditions du Rocher de le publier.

Loin d’être une « méthode », le Traité d’équitation pour ma bien-aimée est une suite de petits textes, parfois très courts, adressés à « Joie », nom d’emprunt de la cavalière bien-aimée à laquelle ces écrits sont destinés. Joliment écrits, n’étant pas moi-même germaniste, je m’en réfère à la traduction française qui est très plaisante et qui dénote une réelle connaissance des chevaux et de l’équitation, ces textes (ou lettres, ou poèmes en prose) fourmillent de réflexions poétiques que vient encore enrichir à mes yeux une pertinence équestre que l’on ne trouvera pas dans nombre de méthodes.

Pas de doute, Rudolf Georg Binding était un amoureux de l’équitation comme nous l’aimons sur ce blog. Ses maîtres mots sont douceur, bienveillance, intelligence, écoute, sentiment, confiance, liberté… mais aussi détermination, fermeté… des mots qu’il n’est pas vain de rappeler aujourd’hui encore. Nous ne sommes pas là dans la minauderie mais dans un amour quasi viscéral du cheval partagé avec celle pour qui l’auteur éprouve un amour éternel. Et cela donne de très belles pages… on y sent le souffle du cheval, le bruissement du vent, le dos qui se tend… on y voit la lumière qui joue dans les crins, les oreilles qui pointent vers l’horizon, vers l’infini, cet œil, « lac tranquille dans lequel des siècles de noblesse et de puissance se seront déversés »… on y devine la communion sensuelle, l’écoute amoureuse, la pure harmonie.

Mais il ne faut pas réduire ce Traité, aussi beau soit-il, à une œuvre poétique. C’est aussi un petit recueil de conseils d’une grande sagesse sur le rapport au cheval, ainsi que sur la façon de communiquer avec lui par une équitation souple et habile plutôt que par « la contrainte de puissants moyens de coercition ». Ainsi, Rudolf G. Binding écrit-il à sa bien-aimée : « Songes-y : ton ami est plus fort que toi, et pourtant tu es sa souveraine. Demande-toi comment cela s’est produit. Car tu dois aussi devenir la souveraine de ton cheval. »

Vous l’aurez compris, j’ai été plutôt enthousiasmé par la découverte de ce Traité d’équitation pour ma bien-aimée dont j’ignorais totalement l’existence jusqu’à ces derniers jours. Il ne fera pas un cavalier de vous si vous n’avez jamais posé les fesses sur une selle, mais il fera probablement de vous un meilleur cavalier si vous faites vôtre la poésie et les conseils qu’il distille très joliment.

 

Olivier