ContactAprès un article impertinent (ou stupide) sur la question de « la facilité de faire piaffer », il faut bien tempérer le propos en parlant de « Faire piaffer avant toute chose ».

Certains cavaliers cherchent à tout prix, avant même que leurs montures aient développé des allures de travail correctes, à asseoir par tous les moyens leurs chevaux. Cette catégorie n’est sans doute pas nouvelle puisque certains illustres auteurs anciens déploraient déjà ces dresseurs qui ne pensaient qu’à flatter leur égo.

Alors que ces temps-ci des cavaliers qui ne lâchent jamais d’un millimètre la tête de leurs chevaux gagnent des médailles d’or, d’autres qui montent avec une gamme de contact plus subtile et nettement plus étendue se contentent du reste. En réaction à cela, et aussi à des méthodes d’entraînement jugées rugueuses, est née une tendance dont le but  peut se résumer à :
La suppression systématique du contact.

Pour ces dresseurs néoclassiques c’est là « l’équitation de tradition française », celle qui respecte le cheval et qui, un jour, quand les juges auront enfin ouvert les yeux, permettra sans doute de gagner en Grand prix.

Ils n’ont pas peur, eux, de tomber dans ce que Decarpentry décrivait comme « la seule utilisation des sensations de la main pour juger de la qualité du travail ».

Poussant cette recherche de l’absence de contact à son extrême, une progression néoclassique a pu voir le jour. Comme le cheval ne doit jamais prendre d’appui sur le mors, il faut dès le début le faire piaffer, puis ensuite passager, pour finir en toute fin de dressage par le trot de travail.

Un axiome : la posture mère d’un cheval c’est la posture classique qu’il doit prendre au piaffer. La progression de ce nouveau système de dressage vise donc à amener en place, puis au pas, puis au piaffer notre cheval, dans l’attitude répondant aux canons d’un polygone dit « d’harmonie ». Libre au cheval, après, de retrouver sous la selle ses allures naturelles, son cavalier, lui, ne lui en demande pas tant.

On le mettra ensuite tant bien que mal en mouvement en lui donnant à chaque fois qu’il est nécessaire une information dans la bouche, par vibration ou demi-arrêt, pour lui faire reprendre la position dite académique.

Cette légèreté est divine, l’harmonie nous renvoie à Fibonacci. Le must !
Mais au bout du compte, ne voit-on autant de chevaux aux allures détraquées chez les dresseuses et dresseurs aux mains pleines du poids de l’encolure et de la tête de leurs chevaux que chez leurs homologues en « sainte légèreté » aux mains nerveuses qui trompent l’appui à des bouches bien souvent trop bavardes pour laisser penser que les chevaux puissent être décontractés ?

Les contraintes faites aux corps des chevaux, si elles sont moins flagrantes chez les uns que chez les autres, en sont elles pour autant moins fortes ?

Forcer une encolure à l’enroulement paroxystique est violent, proposer au cheval une rondeur modérée l’est assurément moins. Maintenir dans une allure à amplitude volontairement restreinte, avec vibrations et demi arrêts et une encolure dans un relèvement extrême qui accroit de manière artificielle la concavité de la courbe des vertèbres à la base de l’encolure est il plus doux ?

Vous poser la question ne vous dispensera pas de chercher à monter sur des aides légères et ne vous obligera pas à monter plein bras…

Pierre_