Piaffer, c’est facile !

Voilà une phrase qui va faire bondir presque tout cavalier en quête d’équitation supérieure, mais aussi presque tout écuyer.

Le premier sursautera parce qu’il déjà sué sang et eau pour parvenir à une épaule en dedans au pas à peu près correcte, et que le piaffer lui semble alors totalement hors d’atteinte.

Le second lui, dont le  visage porte bien souvent les petites marques de l’âge, s’ esclaffera parce qu’ il jette  avec fierté un regard sans concession sur le chemin qu’il a parcouru tout au long de ces années passées sur le dos des chevaux.

Les  expériences des uns et des autres  leur disent bien souvent le contraire.

 Piaffer, c’est difficile !

Toutefois nous sommes bien obligé de reconnaître, si nous faisons un tour de France des écuries nichées au fin fond de nos provinces, que dans chacun de  nos départements, il existe au moins une dizaine de gamines ou jeunes filles ayant mis seules leur cheval ou poney au piaffer. Lesquelles montures sont loin, bien souvent, de posséder de par leurs origine ou  leur morphologie, quelque don que ce fut pour la haute école.

Si elles sont parvenues à ce que certains considèrent comme le summum du rassembler et de l’éducation des chevaux alors qu’elles n’en ont pas a priori les compétences techniques, il y a plusieurs raisons.

La toute première, qui nous renvoie à quelque chose de bien plus profond et intime que la pratique d’un sport ou d’un loisir, c’est qu’elles ont eu le courage des commencements. C’est dans un autre domaine le syndrome de la page blanche, c’est ce vertige qui vous prend quand vous mesurez tout ce qu’il reste à faire et tout ce qui n’ a pas même encore été ébauché.
Ce qui leur a donné cette force de commencer, c’est bien souvent cette confiance envers l’animal qui partage une partie de leur vie. Cette confiance que le cheval rend si bien et qui vous donne des ailes.

La seconde raison de leur succès vers cet air réputé difficile est  qu’elles ont sans aucun doute un sens aigu de la communication avec leur cheval même si le reste de leur technique équestre est parfois  rudimentaire. En effet, le piaffer étant un air «  en place », tous les problèmes techniques liés à l’assiette, à la justesse de la locomotion au contrôle de la vitesse et de la direction etc, sont absents. En gros, pour obtenir cet air, il faut «  seulement » faire comprendre au cheval qu’il ne doit pas avancer mais au contraire bouger sur place. Un petit clin d’œil à Jean Claude Racinet qui disait à peu près que dresser c’était « tuer la poussée des postérieurs », ces jeunes filles l’ont fait…..en toute désinvolture, mais avec la grâce en plus, parce qu’elles aiment leurs chevaux.

Quel pied de nez formidable à tous les dresseurs professionnels et coaches en tous genres qui n’ont à la bouche que le mot contrôle auquel elles opposent le mot connivence.

S’il vous plait, les enseignants d’équitation,  veillez à entretenir chez chaque cavalière le goût de la recherche équestre, le goût de l’aventure de la haute école, qui repose avant tout sur un grand désir de communion avec un animal.

Vous, les cavaliers de nulle part, tout en respectant ceux qui ont acquis leur savoir équestre au cours de longues années de pratique, veillez à ne pas en faire des maîtres détenteurs de la vérité équestre absolue. La religion du maître en équitation si elle est parfois source de progrès est bien plus souvent un très sûr couvercle à l’éclosion de votre  talent et de celui de votre cheval.

Soyons humbles devant nos chevaux, travaillons sur nous et entrainons les en jouant avec eux le plus possible.
Rappelons-nous chaque jour que, comme pour certaines gamines,
piaffer doit être facile !

Pierre