Nous nous préoccupons de plus en plus du bien-être du cheval, c’est bien sûr très positif. Cet état d’esprit peut faire naître l’envie de monter sans mors, le rêve de pouvoir diriger et contrôler un cheval sans l’artifice d’un outil qui peut sembler barbare.

Aujourd’hui certaines pratiques nous sont devenues insupportables.

Le mors étant utilisé le plus souvent d’une manière primaire et grossière, on ne peut que songer à s’en passer quand on a un minimum d’empathie pour le pauvre animal. Mal utilisé, il provoque plus de nuisances que d’avantages et l’on peut tout à fait débourrer, éduquer et monter un cheval sans mors, en se contentant de la maîtrise que procure une paire de rênes montées sur une muserolle ordinaire.

Mais il faut pousser la réflexion plus loin : est-ce l’embouchure qui est en cause ou l’utilisation qui en est faite ?

Utiliser un mors nécessite d’en connaître le mode d’emploi. Oui, il est souvent mal utilisé… mais cela ne veut pas dire que l’outil est mauvais. Il est conçu pour que la main soit respectée, il est donc potentiellement douloureux mais, paradoxalement, il ne doit pas provoquer de douleur ! On sait que la douleur induit des réactions inopportunes : mouvements désordonnés, encapuchonnement, fuite en avant, résistances etc…  et donc, nuit à l’efficacité du mors et à l’équitation d’une manière générale.

La maîtrise du mors demande donc une grande rigueur de la part du cavalier et nécessite une éducation du cheval. C’est à ces conditions seulement que l’embouchure peut devenir un bon outil de communication. N’éludons pas la difficulté, bien utiliser le mors est difficile, c’est une responsabilité et l’on peut se demander, d’ailleurs, s’il est raisonnable de mettre un mors au bout des rênes des débutants.

Alors, le mors, je l’utilise ?

La question à se poser est : quels sont mes objectifs équestres ?

Monter sans autre ambition que d’aller aux trois allures dans une attitude naturelle est une chose. Dans ce cas, oui,  montons sans mors un cheval bien éduqué, bien dans sa tête. Choix qui ne doit cependant pas déresponsabiliser le cavalier de donner au cheval les moyens physiques de le porter sans préjudice.

Amener le cheval à orienter son rachis latéralement et longitudinalement, contrôler la hauteur de sa nuque, sa flexion, rechercher la justesse sans approximation, l’amener au rassembler… en est une autre (et je passe sur la cession de mâchoire que certains considèrent comme un préalable  incontournable). Ce travail s’avère être très long et difficile, même en utilisant les outils classiques :  bride et éperons.

Mener un dressage académique classique sans mors, si tant est que cela soit possible, demanderait, je crois, encore plus de temps, plus de rigueur. Se passer du mors permettrait bien évidemment d’éviter les écueils de la relation mains-bouche. Mais ce serait aussi se passer d’un moyen efficace d’éducation, de contrôle et de décontraction.

Si l’obtention d’un dressage abouti sans l’aide du mors paraît donc très incertaine, on peut s’interroger sur l’intérêt qu’il pourrait y avoir à vérifier sans le mors la perméabilité du cheval à nos aides une fois qu’il a acquis des bases suffisamment solides. On voit périodiquement sur le net des cavaliers avertis faire des démonstrations sans mors sur des chevaux qui ont été (très bien) dressés avec l’aide du mors : performance ou validation des acquis ? À chacun de se faire son idée.