Dans l’univers des chevaux de selle français, le mérens occupe une place à part. Petit cheval noir, rustique et généreux, il fascine de nombreux cavaliers amateurs à la recherche d’un partenaire fiable, polyvalent et proche de l’homme. Longtemps associé aux travaux agricoles et à la montagne, cette race originaire des Pyrénées a su se réinventer pour trouver sa place dans l’équitation moderne : randonnée, attelage, TREC, dressage de loisir, voire concours complet à bas ou moyen niveau. Pourtant, malgré ses qualités, le mérens reste parfois méconnu, voire sous-estimé, par rapport à d’autres races plus médiatisées.

Pour un cavalier en quête d’un cheval « d’ici », adapté à une pratique de loisir raisonnée, le mérens mérite qu’on s’y intéresse de près. Sa sobriété, sa solidité et son mental en font un excellent compagnon pour la vie quotidienne au pré, les sorties en extérieur ou le travail sur le plat. Mais comme pour toutes les races, il existe des spécificités à connaître : origine et histoire, morphologie, caractère, besoins au travail, entretien, points de vigilance en santé et en alimentation. Un cheval mérens bien choisi et bien encadré peut être un partenaire extraordinaire, tandis qu’un choix précipité peut générer des incompréhensions et des difficultés.

Ce guide détaillé vise à apporter des informations factuelles et documentées sur le cheval de mérens, tout en restant accessible aux cavaliers amateurs. Vous y trouverez à la fois des repères historiques et morphologiques, des conseils concrets pour utiliser cette race en équitation de loisir, des astuces de gestion au quotidien, ainsi que des exemples pratiques pour mieux comprendre comment travailler ce cheval dans le respect de sa nature. L’objectif est de vous donner toutes les clés pour savoir si le mérens est adapté à votre projet, et comment vivre au mieux avec ce type de chevaux, que ce soit dans un centre équestre familial, une écurie de propriétaire ou à la maison.

Origines, histoire et territoire du cheval de Mérens

Le mérens est une race de cheval de montagne originaire de la haute vallée de l’Ariège, autour du village de Mérens-les-Vals, non loin de la frontière espagnole. On le retrouve également dans d’autres vallées pyrénéennes, où ces chevaux vivaient en troupeaux semi-libres durant une grande partie de l’année. Cette implantation géographique a profondément façonné le type de cheval que l’on connaît aujourd’hui : compact, robuste, très sûr de pied et capable de vivre dans des conditions climatiques difficiles.

Historiquement, le mérens est considéré comme l’un des « chevaux d’ici », c’est-à-dire une de ces races locales façonnées par l’usage plutôt que par la sélection industrielle. Utilisé comme cheval de travail, il servait pour la traction légère, le portage, les déplacements en montagne et les travaux agricoles. Les paysans l’appréciaient autant pour son endurance que pour sa grande sobriété : peu exigeant dans, et pour, son alimentation, il savait exploiter les pâturages pauvres des estives pyrénéennes. Cette rusticité explique en grande partie sa longévité et sa solidité reconnue.

Au XXe siècle, comme beaucoup d’autres races de chevaux de travail, le mérens a failli disparaître avec la mécanisation de l’agriculture. Les effectifs ont chuté et la race s’est trouvée en grand danger. C’est à partir des années 1970 qu’un mouvement de sauvegarde s’organise, notamment grâce à des éleveurs passionnés et à des personnalités comme certains techniciens et vétérinaires de terrain. Des travaux de sélection plus rigoureux sont mis en place, visant à préserver le type traditionnel tout en rendant ces chevaux plus adaptés à l’équitation de loisir moderne.

Le stud-book de la race mérens est officiellement reconnu en France, avec des critères précis de taille, de robe et de morphologie. La robe noire, sans marques, est l’un des marqueurs forts : les chevaux sont noirs de jais, parfois avec de légers reflets, ce qui contribue à leur identité visuelle très marquée. On retrouve cependant, dans certaines souches anciennes ou dans des élevages plus isolés, des variations légères, mais le standard de la race privilégie un noir uniforme.

Aujourd’hui, l’élevage du mérens reste fortement ancré dans les Pyrénées, même si on trouve des élevages dans d’autres régions françaises et à l’étranger. Les transhumances estivales, où les troupeaux montent en estive l’été, sont encore pratiquées dans certains élevages, perpétuant ainsi un mode de vie montagnard ancien. Pour le cavalier d’aujourd’hui, comprendre ce lien profond entre la race et son territoire permet de mieux appréhender les besoins physiques et mentaux du cheval mérens : un animal fait pour le mouvement, les grands espaces et la vie en troupeau.

Morphologie, tempérament et particularités d’une race rustique

La morphologie du mérens reflète parfaitement son origine de cheval de montagne. De taille moyenne, en général entre 1,45 m et 1,55 m au garrot (avec des variations selon les lignées), il se situe à la frontière entre le poney D et le petit cheval de selle. Son corps est compact, avec une poitrine profonde, une ossature solide et une musculature dense. Cette conformation lui donne une grande force de traction et une capacité à porter des cavaliers adultes sans difficulté, malgré une taille parfois modeste.

La tête est en général courte et expressive, avec un profil droit ou légèrement concave, des yeux vifs et une oreille plutôt petite mais mobile. L’encolure est puissante, parfois un peu épaisse chez certains sujets, ce qui peut demander un travail spécifique de souplesse et de mise en main dans les disciplines comme le dressage. Le dos est court et solide, la croupe bien musclée, légèrement avalée chez certains chevaux issus de lignées plus typées « portage » ou « traction ».

La robe noire est la signature de cette race. La plupart des chevaux mérens sont d’un noir très soutenu, souvent accompagnés d’une crinière et d’une queue abondantes. Les fanons peuvent être fournis, surtout chez les individus élevés en conditions montagnardes. Pour le cavalier amateur, cette abondance de poils est à la fois un atout visuel et une contrainte d’entretien : les crins ont tendance à s’emmêler, et les fanons demandent une attention particulière pour éviter les irritations cutanées dans les zones humides.

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Côté tempérament, le mérens est souvent décrit comme un cheval « froid » ou plutôt « posé », avec un mental stable. Il est réputé proche de l’homme, fidèle et volontaire. Beaucoup de cavaliers témoignent de sa capacité à créer un lien fort avec son humain, ce qui en fait un partenaire très apprécié dans les structures familiales ou pour les projets de longue durée. Cependant, cette race reste avant tout un cheval de montagne : intelligent, parfois têtu, et capable de prendre des initiatives. Un mérens qui n’est pas cadré avec justesse peut « en profiter » et tester les limites de son cavalier.

Dans le travail, ces chevaux sont souvent très généreux, mais exigent une progression adaptée. Ils peuvent donner l’impression d’être un peu « lourds » ou peu réactifs au début, surtout s’ils sortent de l’élevage avec peu de travail sur le plat. En réalité, ils disposent d’un vrai potentiel d’équilibre et de souplesse, à condition de travailler patiemment sur l’engagement des postérieurs, la mobilité latérale et la légèreté dans la bouche. Cette approche est particulièrement importante pour éviter de les muscler sur la seule force de leur avant-main.

Pour choisir un cheval mérens adapté à un cavalier, il est essentiel d’observer non seulement la morphologie, mais aussi le caractère : certains individus, plus vifs et plus sanguins, conviendront mieux à des cavaliers expérimentés qui souhaitent pratiquer une équitation sportive ou de TREC. D’autres, très calmes et tolérants, seront parfaits pour l’équitation d’extérieur familiale, voire l’attelage de loisir. Comme dans toutes les races, le tempérament individuel peut beaucoup modifier l’adéquation entre le cheval et le projet du cavalier.

Le mérens dans l’équitation de loisir et de sport : disciplines et usages

Dans la pratique équestre contemporaine, le mérens s’est d’abord imposé comme un excellent cheval de loisir. Sa rusticité, son endurance et son pied sûr en font un compagnon rêvé pour l’équitation d’extérieur. En randonnée, il est capable de marcher de longues heures à un rythme régulier, tout en restant attentif au terrain. Les chemins escarpés, les pentes, les sols irréguliers font partie de son « ADN » : ce type de cheval a été sélectionné pour évoluer dans ce type d’environnement, ce qui rassure beaucoup de cavaliers peu confiants sur le cross ou les sorties en terrain varié.

En TREC (Techniques de Randonnée Équestre de Compétition), le mérens est particulièrement apprécié. Son calme relatif, associé à sa capacité à se concentrer, lui permet de bien gérer le PTV (Parcours en Terrain Varié) et les difficultés techniques comme les gués, les passerelles ou les montées/descentes raides. Sa force et sa compacité l’aident à franchir les obstacles naturels sans se mettre en danger. De nombreux mérens sont visibles dans les concours régionaux, et certains atteignent un niveau national avec de bons résultats.

Dans les disciplines comme le dressage, le saut d’obstacles ou le concours complet, le mérens n’est pas la race la plus couramment rencontrée, mais il peut tout à fait y trouver sa place à un niveau amateur. En dressage, son dos solide et sa propension à se rassembler peuvent être mis à profit, à condition de travailler la souplesse de l’encolure et la légèreté de la bouche. En saut, il n’a pas la trajectoire ni l’amplitude d’un grand selle français, mais il peut évoluer correctement sur des hauteurs autour de 80–100 cm, voire un peu plus pour les meilleurs sujets.

En attelage, la race a longtemps été utilisée pour la traction légère. Aujourd’hui encore, beaucoup de mérens sont mis à l’attelage de loisir, pour des promenades, du travail agricole léger ou des prestations touristiques (calèches, animations). Leur tempérament posé est un atout majeur : ils supportent mieux que certains chevaux plus « électriques » le bruit, la circulation ou les mouvements de foule, à condition d’avoir été éduqués progressivement et dans le calme.

Pour un club d’équitation, intégrer un ou plusieurs chevaux mérens dans une cavalerie peut être une option très pertinente, notamment pour les activités d’extérieur et pour les cavaliers adultes débutants ou intermédiaires. Ces chevaux supportent en général bien le travail régulier s’ils sont correctement gérés. Ils sont souvent appréciés des cavaliers qui préfèrent des montures solides, stables et rassurantes, plutôt que des chevaux très réactifs. Toutefois, un mérens mal encadré peut devenir « routinier » et difficile à motiver ; le club devra donc veiller à varier le travail et à proposer des séances stimulantes.

Un point important pour les cavaliers amateurs : ne pas enfermer la race dans une seule image de « petit cheval de balade ». Si le mérens est effectivement excellent dans cette utilisation, certains individus disposent d’un vrai potentiel sportif, et s’épanouissent dans des disciplines comme le TREC, le mountain trail, voire le working equitation. Identifier ces profils plus dynamiques permet de proposer un travail adapté, et d’éviter de brider un cheval avec une vraie envie d’évoluer dans un cadre plus technique.

Élevage, entretien et santé : un cheval rustique à gérer avec finesse

On présente souvent le mérens comme une race rustique « qui vit dehors toute l’année ». C’est en grande partie vrai : ces chevaux sont conçus pour supporter le froid, l’humidité et des conditions climatiques parfois rudes. Le poil épais, les fanons et la robe noire aident à les protéger du vent et de la neige. Pour autant, cette rusticité ne dispense pas d’une gestion réfléchie, surtout lorsqu’ils sont utilisés comme chevaux de sport ou de loisir régulier. Un cheval qui travaille doit rester en bonne condition physique, musculaire et métabolique, ce qui implique quelques aménagements par rapport à une vie totalement « au naturel ».

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Sur le plan alimentaire, le mérens est souvent décrit comme un « bon mangeur » avec une forte capacité à stocker. C’est un point capital : cette race est prédisposée à l’embonpoint, surtout lorsqu’elle vit sur des pâtures riches ou lorsqu’elle reçoit des rations de concentrés inadaptées. Un mérens trop gras est plus exposé aux problèmes métaboliques (syndrome métabolique équin, fourbure d’origine alimentaire) et aux difficultés respiratoires à l’effort. Il est donc essentiel d’adapter l’alimentation : privilégier un fourrage de qualité, distribué en quantités raisonnables, limiter les concentrés aux chevaux réellement au travail ou aux individus avec besoins spécifiques, et éviter les pâturages trop riches au printemps.

La gestion du pied est un autre point clé. Ces chevaux sont souvent dotés de sabots solides, avec une bonne corne. Certains peuvent vivre sans fers, notamment pour une utilisation de loisir sur des terrains variés, à condition d’avoir un parage régulier et adapté. Dans les régions très caillouteuses, ou pour les chevaux qui sortent souvent sur des sols abrasifs, le ferrage ou l’utilisation d’hipposandales peut être indiqué. Comme pour toutes les races, le suivi par un maréchal-ferrant ou un pareur professionnel est indispensable.

Côté santé générale, le mérens est plutôt robuste. Les maladies génétiques répertoriées sont rares, et la longévité est en général bonne, avec des chevaux encore montés à 18–20 ans lorsque la gestion a été correcte. Les points de vigilance concernent surtout :

  • la prévention de la fourbure (gestion de l’herbe et de l’alimentation),
  • les problèmes de peau sous les fanons (gale de boue, dermatites) en climat humide,
  • la gestion du poids en hiver lorsqu’ils sont tondus ou qu’ils travaillent beaucoup,
  • les soins dentaires réguliers pour maintenir une bonne mastication.

En entretien quotidien, un mérens appréciera de vivre en troupeau, avec un maximum de temps au pré ou en paddock. La vie en box intégral, sans sortie suffisante, n’est pas idéale pour cette race conçue pour le mouvement. Si le cheval doit être au box une partie de la journée (par exemple en hiver), il est recommandé d’organiser plusieurs sorties journalières et un travail régulier, pour éviter la prise de poids et l’ennui.

Le pansage des crins et des fanons demande un peu de méthode. Un brossage trop agressif casse le poil ; mieux vaut démêler avec les doigts, en utilisant éventuellement un démêlant adapté. Pour prévenir les problèmes de peau, il est conseillé de garder les fanons propres et secs autant que possible, surtout en période de forte humidité. En cas d’apparition de croûtes ou d’irritations, un avis vétérinaire ou d’un professionnel expérimenté (certains éleveurs, comme ceux qui gèrent des troupeaux en montagne, ont une grande expérience empirique) permettra de choisir le traitement le plus adapté.

Choisir, éduquer et travailler un mérens en tant que cavalier amateur

Pour un cavalier amateur, l’achat d’un mérens doit s’inscrire dans une réflexion globale sur son niveau, ses objectifs et ses conditions d’hébergement. La première question à se poser : quel projet ai-je pour ce cheval ? Randonnée tranquille, TREC, dressage de loisir, attelage, club familial ? Selon la réponse, le choix du modèle et du tempérament ne sera pas le même. Dans cette race, les lignées issues d’élevages plus orientés « sport » donneront des chevaux plus vifs, plus « dans le sang », tandis que des élevages restés proches du type traditionnel produisent des chevaux très rustiques, parfois plus « froids ».

Lors des visites d’élevage, prenez le temps d’observer les chevaux dans leur environnement. Un mérens bien dans sa tête est curieux, vient facilement vers l’humain, sans être envahissant. Il se déplace avec aisance, même sur un terrain en pente ou caillouteux. Demandez à voir les parents si possible : leur modèle, leur locomotion et leur caractère donnent des indications précieuses. Certains éleveurs, comme ceux qui pratiquent encore la transhumance et la vie en estive, sélectionnent beaucoup sur le mental et la capacité à vivre en troupeau ; c’est un gage de fiabilité pour un cheval destiné à la randonnée.

Sur le plan de l’éducation, le mérens répond bien à une approche progressive, calme et cohérente. C’est un cheval intelligent, qui comprend vite ce qu’on attend de lui, mais il a besoin de sentir un cadre clair. Une main hésitante ou un cavalier changeant dans ses demandes peut le rendre opportuniste ou, à l’inverse, éteindre sa motivation. Le travail à pied est particulièrement efficace avec cette race : exercices de respect, déplacements latéraux, désensibilisation aux objets et aux bruits, travail en longe sur le calme et l’engagement. Ces bases solides facilitent ensuite la mise au travail monté.

Pour le travail monté, quelques principes fonctionnent bien avec beaucoup de mérens :

  • alterner les séances en carrière et les sorties en extérieur, pour entretenir la motivation,
  • privilégier les exercices de souplesse (cercles, huit de chiffre, épaules en dedans simples) plutôt que la répétition mécanique de tours de manège,
  • travailler progressivement la réactivité aux aides, surtout à la jambe, sans brutalité mais sans tolérer la « paresse » installée,
  • utiliser le terrain naturel (pentes, sols variés) pour muscler sans surcharger les articulations.

Un point souvent relevé par les cavaliers : certains mérens ont un trot assez rebondissant, surtout lorsqu’ils manquent encore d’équilibre ou de musculation. Des exercices de transition fréquentes, de travail sur de petites barres au sol et de mise en avant régulière permettent d’améliorer grandement le confort de ce trot. Beaucoup de chevaux de cette race finissent par proposer un trot cadencé et confortable, une fois qu’ils ont acquis l’équilibre et la souplesse nécessaires.

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En matière de sellerie, il est important d’être attentif au dos du cheval. Le mérens, avec son dos court et parfois large, ne se contente pas de n’importe quelle selle « standard ». Un contrôle par un saddle-fitter, ou au minimum une réflexion attentive sur l’arcade, la longueur des panneaux et la répartition des pressions, est vivement recommandé. Une selle mal adaptée peut limiter le mouvement de l’épaule, provoquer des défenses ou des douleurs, et nuire à la progression du binôme.

Enfin, pensez à votre propre évolution. Un mérens acheté pour de la simple balade peut, quelques années plus tard, vous accompagner vers des disciplines plus techniques. C’est un cheval évolutif, capable de s’adapter à des niveaux et des pratiques qui se modifient avec le temps. L’essentiel est de rester à l’écoute de ses capacités physiques et mentales, et de ne pas brûler les étapes sous prétexte qu’il « donne toujours plus ». Comme dans toutes les races, le respect de la progressivité, des temps de récupération et de la variété du travail est la clé d’une relation durable et harmonieuse.

Le mérens dans la culture équestre française et les autres races de montagne

Au-delà de ses usages pratiques, le cheval de mérens occupe une place particulière dans la culture équestre française, notamment dans le Midi et les Pyrénées. Il est souvent mis en avant dans des manifestations locales, fêtes de la transhumance, démonstrations d’attelage ou de travail en montagne. Cette race est parfois présentée, dans les communications des régions, comme un symbole d’authenticité et de lien au territoire. Des auteurs et chroniqueurs équestres, à l’image de certains spécialistes de terrain comme Courthiade ou d’autres techniciens locaux, ont contribué à valoriser ces chevaux « d’ici » dans la littérature équestre.

Le mérens fait partie d’un ensemble de races de montagne européennes qui partagent des caractéristiques communes : petit gabarit, robustesse, grande endurance, aptitude au portage et à la traction légère. On peut le rapprocher, dans l’esprit, de races comme le cheval auvergnat, le cheval du Morvan ou encore certaines lignées de chevaux corses. Chacune de ces races a développé ses particularités en fonction du milieu (climat, relief, type d’agriculture), mais toutes sont liées à une même logique : produire des chevaux capables de vivre dehors, de travailler dur et de consommer des ressources alimentaires modestes.

Dans le débat actuel autour de la biodiversité domestique et de la préservation des races locales, le mérens est souvent cité comme un exemple de réussite relative : malgré une période critique, la race a été sauvée grâce à la mobilisation des éleveurs et des institutions. Les effectifs restent modestes, mais stables, et l’intérêt pour ces chevaux ne faiblit pas, notamment chez les cavaliers cherchant une alternative aux grandes races de sport plus coûteuses et parfois plus fragiles. Dans cette perspective, le mérens incarne une voie possible pour une équitation plus durable, plus ancrée dans les territoires et moins dépendante d’une logique de performance extrême.

Pour les cavaliers, cette dimension culturelle n’est pas anecdotique. Monter un mérens, c’est aussi faire le choix d’un certain rapport au cheval : un partenaire de vie, un compagnon de route, plutôt qu’un simple « outil sportif ». La vie en estive, les troupeaux en liberté dans les vallées ariégeoises, les récits d’anciens paysans utilisant ces chevaux pour tout faire – du labour au transport de bois – nourrissent un imaginaire qui peut être très motivant pour les passionnés. Beaucoup de propriétaires témoignent d’une fierté particulière à posséder un cheval de cette race, comme un lien vivant avec une histoire rurale en voie de disparition.

Il est également intéressant de comparer le mérens à d’autres races appréciées pour l’équitation de loisir, comme le haflinger, le fjord ou le connemara. Là où le haflinger et le fjord sont souvent plus médiatisés, avec une image très « famille » et polyvalente, le mérens reste un peu plus confidentiel, presque « d’initiés ». Pourtant, ses qualités sont comparables : il est aussi capable de porter un adulte, de sortir en randonnée, de participer à des concours de club. L’une des différences notables réside dans la robe : le noir du mérens, relativement uniforme, lui donne une identité visuelle forte, là où le haflinger et le fjord sont immédiatement identifiables par leurs couleurs claires.

Dans les années à venir, l’avenir de la race dépendra largement de la capacité des éleveurs et des cavaliers à continuer de la faire vivre dans des usages variés. Développer des circuits de randonnée avec des chevaux mérens, proposer des stages d’attelage, valoriser les concours de TREC ou de mountain trail avec ces chevaux sont autant d’actions qui peuvent renforcer sa visibilité. Pour un cavalier amateur qui souhaite s’inscrire dans cette dynamique, choisir cette race n’est pas seulement un choix technique ; c’est aussi une façon d’apporter sa contribution à la pérennité d’un patrimoine vivant, en montrant au grand public que ces chevaux, loin d’être des reliques du passé, sont parfaitement adaptés aux pratiques équestres d’aujourd’hui.

En définitive, le mérens s’adresse aux cavaliers qui recherchent un cheval fiable, solide, avec un caractère franc et un lien fort à son environnement. Qu’il soit utilisé pour les balades dominicales, les longues randonnées en montagne, l’attelage de loisir ou les petites compétitions de TREC, ce cheval noir venu des Pyrénées a encore beaucoup à offrir. Pour peu que l’on respecte sa nature, que l’on adapte son travail à ses particularités physiques et mentales, et que l’on s’inspire de ceux qui, depuis des générations, vivent avec ces chevaux, le mérens peut devenir bien plus qu’une simple race parmi d’autres : un véritable compagnon de vie équestre.