Les dimensions d'un manègeParmi tous les sujets équestres débattus, il en est un qui revient souvent, c’est l’opposition entre le Bauchérisme et le d’Aurisme ou bien encore entre une équitation latine et le gymnase allemand . On pourrait définir les différences dans leurs objectifs respectifs, les différences des modèles de chevaux utilisés, mais il est une chose rarement évoquée et qui me semble cruciale, c’est la relation entre les dimensions des manèges et les méthodes qui en découlent.

Ayant « travaillé» un cheval dans un espace réduit et ne disposant encore aujourd’hui que d’un terrain modeste, je connais les difficultés que cela ajoute au travail des jeunes chevaux. Il s’agit bien ici des chevaux à éduquer, les chevaux « mis » sachant évoluer sur de petites surfaces.
Chaque coin représente une difficulté qui met à l’épreuve l’équilibre et la souplesse et provoque de l’inquiétude, impossible de trouver la décontraction, la cadence dans un trot actif.

On sait que pour prendre une courbe dans de bonnes conditions, le cheval doit s’incurver, placer un peu plus sous la masse le postérieur intérieur, étendre son côté extérieur, s’équilibrer latéralement, ne pas surcharger l’antérieur intérieur. Cette attitude propre à l’incurvation n’est pas naturelle au cheval , elle doit lui être enseignée progressivement sans le forcer. Les difficultés ressenties par le cheval peuvent même fréquemment provoquer de réels désordres, parfois incompris du cavalier en herbe.

Un terrain de grandes dimensions permet de gagner progressivement cette incurvation en commençant par de grandes courbes de 20 m de diamètre. On mise sur l’activité, sur la dynamique pour faire engager un postérieur, progressivement étendre le côté extérieur, redresser l’asymétrie. C’est assouplir et fortifier sans inhiber la propulsion, sans ratatiner.

Méthode bien trop contraignante si on a que 12 m de largeur. On est dans ce cas obligé d’assouplir et d’équilibrer préalablement dans les petites allures , au pas, au petit trot, on travaille le deux pistes, le reculer, on recherche l’équilibre indispensable en espérant injecter de l’activité petit à petit avec un cheval assoupli et «posturalement» fortifié dans les petites allures.
Notons que Baucher a été un écuyer de cirque, piste de 13 m de diamètre.
Nuno Oliveira disposait à Odivelas d’un manège de 25 x 12 m.

Ces deux méthodes ont leurs propres écueils si on les applique exclusivement.
Le cheval travaillé uniquement dans de petites allures n’aura pas appris à délier son dos pour aller vers les grandes amplitudes.
Le cheval travaillé uniquement dans des allures franches n’aura pas appris la flexibilité nécessaire à la retenue.
Quelque chose me dit qu’il est bon de demander des choses variées au cheval, de travailler en fonction de ses faiblesses, et que trop de ceci ou de cela finit par nuire.

Jean-Denis Casanave