Il n’est jamais inutile de rappeler à notre mémoire que le rapport au temps est un élément important dans l’apprentissage et dans l’usage du cheval, tant dans les manipulations les plus courantes que dans la pratique de l’équitation.
D’abord, il y a le temps de formation que l’on va nommer « progression » et qui nous amène à considérer notre monture et nous même dans la durée.  Quel cavalier sommes-nous à un temps « t », et quel cavalier devenons nous  « x » années plus tard ? Quelles sont les aptitudes de notre monture au moment où nous débutons le travail avec lui et quel cheval devient-il  « x » années plus tard ? Quel cheval est-il au début de chaque séance et qui est-il lorsque nous mettons pied à terre ?

En fonction des objectifs que nous visons à court, moyen et long terme, comment envisageons-nous concrètement le temps que nous accorderons à leurs réalisations ?

Ces questions et les réponses que nous y apportons permettent de définir notre rapport au temps dans un contexte précis. Il existe ensuite une autre dimension du temps, dans sa gestion et son usage, qui s’inscrit cette fois-ci dans le dialogue même que nous avons avec nos chevaux. Si le principe semble aller de soi pour tout le monde ou presque, on observe souvent une absence de mise en œuvre concrète. Pourtant, cette nécessité de bien aménager le dialogue avec le cheval est présente dans toute la littérature équestre et sa mise en œuvre concrète apporte quotidiennement les preuves de son efficacité à celui qui s’y attache.

Il apparait donc comme indispensable de veiller à respecter un espace de libre expression au cheval pour lui laisser la possibilité de nous répondre, car demander ne sert à rien si l’on ne s’oblige pas à écouter les réponses… Accepter le concept de libre expression du cheval est une chose, le mettre en œuvre rigoureusement dans sa pratique quotidienne en est une autre. C’est un principe qu’il nous faudrait appliquer pour toute demande et quel que soit le niveau de dressage de notre cheval, qu’il s’agisse d’apprendre au jeune à donner ses pieds ou au plus avancé à débuter le piaffer, que l’on en soit à la phase de découverte d’un exercice ou à celle de l’exécution. Le cheval ne saura pas se révéler à sa juste mesure s’il doit agir alors même que nous continuons à le questionner en permanence sans lui laisser le temps de répondre, voire même à répondre à sa place.

Cette fraction de temps de réponse dont le cheval a besoin, dans le feu de l’action, combien de cavaliers l’oublient ?  Si ce temps de réponse est une évidence plus volontiers admise dans les phases d’apprentissage où elle revêt parfois une durée conséquente, le cavalier ne doit pas oublier que ce temps de réponse existe toujours, même avec un cheval savant ; sa réduction à l’infinitésimal n’apparaissant que comme le résultat d’une connivence quasi parfaite.
Il nous faut donc garder en tête que plus nous respectons la libre expression du cheval en réponse à nos demandes, plus nous développons sa confiance et sa bonne volonté.  Il s’agit bel et bien d’un dialogue permanent où chaque participant doit essentiellement se sentir écouter pour trouver de l’intérêt à ce qu’il fait. Et n’oublions pas qu’écouter l’autre, ce n’est pas forcément être d’accord ou être obéi mais essayer de se comprendre. Ainsi, le cheval peut (et a le droit de) se tromper dans ses réponses. C’est sur la base de sa réponse, bonne ou mauvaise, que le cavalier peut alors valider l’opportunité et la qualité de sa demande, la réajuster, l’améliorer ou la changer si besoin est, afin que le cheval puisse comprendre et apprendre ce qu’il convient de faire, ou pas.

Notre rapport au temps est formaté. En secondes, en minutes, en heures, entre la conscience de notre naissance et celle de notre mort…  Pas celui de nos chevaux. La distorsion existante entre nos deux mondes perceptifs est souvent à l’origine de conflits bien connus : les problèmes de montée dans le van, de montoir, de gestion du cheval qui a peur, de celui qui refuse un exercice…

Lorsque les chevaux nous opposent des réactions virulentes, notre perception humaine du temps nous empêche d’adopter spontanément les bonnes attitudes. Parce que nous avons prévu « x » minutes pour l’embarquement et que le départ est programmé à telle heure, parce que nous avons 1h pour monter et que nous n’avons pas envie d’autre chose que d’être sur le dos de notre cheval, parce nous avons projeté de faire une séance de trotting de 45 minutes en extérieur et qu’il faut rentrer avant la nuit qui arrive dans 1h, parce que certains d’entre nous ont peur des situations qui leur échappent, que cela les stressent, les agacent…   la tentation est grande de se réfugier dans l’excès d’autorité ou l’abandon, de penser à tort qu’en coupant court, on met fin aux problèmes…

Toutes nos activités s’inscrivent clairement dans un planning quotidien, hebdomadaire… et nombre d’entre nous vivent mal que cela échappe à leur contrôle.

Et pourtant… Ces contretemps que nous ressentons comme des contrariétés, souvent mises, à tort, sur une mauvaise volonté ou une mauvaise intention de nos chevaux, sont pour eux des situations réellement significatives de mal être, d’incompréhension, de désaccord. Voilà pourquoi prendre le temps de désamorcer les tensions, d’apaiser, de rassurer, de clarifier… n’est jamais inutile. Ce temps passé à régler les « conflits » avec patience, sérénité, sagesse, cette capacité à sacrifier nos objectifs de l’instant au profit d’un travail relationnel rigoureux, c’est autant de temps gagné, et même bien plus, dans le futur, soyez en convaincu !

Maryan