Totilas, le retour d'un grand chevalDernièrement, Totilas est revenu sur les carrés de dressage et il a gagné lors de deux concours en Grand Prix ou Grand Prix Spécial : la première fois contre des chevaux moins connus que lui et sans doute moins attendus aux avant-postes mais la seconde contre Parzival (cheval hollandais multi médaillé en coupe du monde et autres championnats), Valegro (cheval britannique double champion Olympique) et Damon Hill (cheval allemand médaillé olympique et cheval de cœur de nombre de cavalières).

Ce retour au devant de la scène, après les dernières images que nous avions vues de Totilas où il apparaissait totalement contre son cavalier, est inespéré. Le fait que Mathias Rath, son cavalier, ait décidé d’aller s’entrainer chez le mari et coach de Anky van Grunsven a fait couler beaucoup d’encre. En effet, Sjeff est connu, outre les nombreux titres remportés par ses cavaliers, pour sa mine souvent patibulaire, ses sorties telles que « Je ne cherche pas la légèreté, je cherche les victoires » et bien entendu pour ses méthodes d’entrainement que d’aucuns ont essayé de résumer à l’usage de l’ hyperflexion.

Cette pratique tend à demander au cheval de fermer sa nuque au même degré très poussé que dans le ramené classique, MAIS, sur une encolure enroulée. Le spectacle qui en résulte est assez insoutenable car les chevaux se déplacent le nez dans le poitrail. En plus de cela, il semble qu’il faille tirer très fort sur les rênes pour parvenir à cette attitude inesthétique. Le mal être perçu des chevaux contraints à cette attitude est encore aggravé pour l’ami des chevaux par des langues bleuissant sous la pression des mors, des yeux exorbités semblant appeler à l’aide et des bouches fendues qui baillent en laissant couler des flots de salive mousseuse malgré les muserolles serrés a bloc.

Nous étions quelques uns à souligner il y a quelques années, sans pour autant adhérer en quoi que ce soit à l’utilisation de l’hyperflexion, que si Anky, sous les ordres de son mari, se servait de cette gymnastique outrée avec des chevaux aboutis, elle était aussi capable de monter avec des aides légères et fines, la nuque très modérément fléchie. Ainsi pensions-nous, qu’avant de posséder les techniques de l’hyper flexion, elle possédait surtout et avant tout une totale maitrise de l’équitation classique.

Nous avions alors tenté d’expliquer à qui voulait bien l’entendre qu’avant de généraliser en France l’usage de l’hyperflexion au dressage de tous les chevaux, comme on l’entendait préconiser à cette époque, il était plus sage, si l’on voulait monter « à la nordique », de s’inspirer de la finlandaise Kyra Kirklund ou encore du suédois Jan Brink ; les bases classique de ces gens là suffisant largement au dressage de 90 % des chevaux, sans recours à l’hyperflexion ou à l’attitude basse et ronde très poussée qui en est une version édulcorée.

Si l’on compare la manière dont Totilas est présenté aujourd’hui par Mathias Rath, en particulier sur la vidéo de sa première victoire, il semblerait que les petits séjours chez Sjeff ait orienté le cavalier vers une équitation qui « laisse passer » et donc vers une attitude plus conforme aux critères classiques. En effet, on note que le cheval a souvent le nez au-delà de la verticale, bien que dans l’absolu le contact soit bien souvent un peu trop ferme. Ce à quoi on peut répondre que la franchise du contact n’a pas un rapport direct et univoque avec le fait de laisser la colonne vertébrale du cheval fonctionner. En effet on peut bloquer un dos dans la « légèreté » et avoir un fonctionnement quasi parfait avec un contact très ferme.

La « winning formula » de Sjeff ne se résumerait donc pas à fermer la nuque des chevaux en force. Il semble savoir aussi demander aux cavaliers de monter les chevaux un peu ouverts devant et il sait donc aussi faire travailler les cavaliers dans ce sens.

En accordant une trop grande importance à la SILHOUETTE et pas assez au FONCTIONNEMENT, nous sommes arrivés aujourd’hui à une représentation totalement erronée de ce que doit présenter un cheval qui travaille juste. On nous ferait presque croire que si un cheval rentre dans une silhouette donnée il fonctionne alors parfaitement juste, ce qui est bien entendu totalement faux.

Cette obsession du très bas et très rond peut laisser perplexe si l’on se pose la question de la justification technique de cette pratique. On voit ainsi des centaines de cavaliers qui semblent aimer leurs chevaux lorsqu’ils sont à pied, leur dispensant toute une série de soins et les nourrissant avec des aliments aux couleurs chatoyantes, les habillant de tapis colorés et rehaussés de strass… qui, dès qu’ils sont en selle, se transforment en forcenés de la traction ininterrompue sur les rênes, du sciage de bridon ( quand ce n’ est pas de bride ) pour avoir des chevaux « ronds ».

Comme la plupart des chevaux ne se plient guère de bonne grâce à ces séances de quasi viol, le discours de ces cavaliers prend alors envers leurs montures un ton extrêmement agressif et parfois même teinté d’un brin de perversité. « IL NE VEUT PAS CÉDER ! »

Kyra Kirklund dit bien pourtant que quand ça ne va pas, que le conflit perdure, il faut soi-même modifier ses pratiques, le cheval, lui, ne passant pas ses nuits à cogiter sur la façon dont il va résister à l’hyperflexion…

Un cheval n’ayant jamais connu le travail de mise sur la main de base, qui n’a donc jamais appris à s’étendre en souplesse en allant déplier son bout de devant, ce qui est déjà pour certains chevaux une difficulté, peut-il tirer le moindre bénéfice d’une gymnastique encore plus couteuse pour son organisme ?

Le bas et rond était, rappelons-le, censé parfaire la gymnastique pour atteindre certains muscles profonds et obtenir une perméabilité totale permettant alors de sublimer et développer les capacités des chevaux. Je doute qu’elle ait été mise au point juste par sadisme et pour les casser physiquement et psychologiquement, ce qui pourtant semble bien être le cas maintenant.

Comment peut on encore prétendre que le dressage du cheval doit commencer par la mise en forme immédiate du bout de devant par le recul de la bouche, et par la mise en tension très artificielle de la ligne du dessus par enroulement de l’encolure dans un bas et rond contraint, laissant les chevaux la croupe en l’air, le dos tendu mais rigide et les postérieurs loin et souvent lents.

Aux derniers jeux mondiaux, Totilas n’est pas réapparu. Aurait-il pu nous montrer qu’il peut aussi être monté le bout du nez un peu plus loin ?

Pierre_