La relation au morsLa relation du cheval avec son mors. Ce point technique fait couler beaucoup d’encre en équitation et il est parfois de bon ton de s’étriper par grandes citations piochées ici ou là dans la littérature. Il faut dire qu’ en France, nous avons le choix pour trouver des écrits contradictoires sur ce point… et sur beaucoup d’autres .

Voici la traduction de quelques phrases tirées de l’excellent livre « The simplicity of dressage » dont l’un des auteurs est Jo Hinnemann, cavalier et coach allemand international. Le mérite de ce livre est de nous emmener, en gravissant les barreaux de la «  scala », cette échelle de progression qui devrait guider les cavaliers dans le dressage de leurs chevaux, vers les concepts fondateurs de la bonne équitation classique. Je lui laisse la parole.

LÂCHER LE MORS

Quand on entend cette expression, on pourrait penser que lâcher le mors est une faute majeure. Mais en fait, « lâcher le mors » n’a rien a voir avec ne pas prendre le mors du tout. Je vois dans le cheval qui « lâche son mors » le signe que le cheval accepte totalement le mors. Le cheval permet à l’impulsion de ses postérieurs de se propager le long de son dos et de son encolure jusqu’a une bouche fermée mais vivante. Il a complètement confiance dans son mors, et ainsi au même moment le cheval lâche son mors doucement et presque imperceptiblement. Le cavalier sent alors le contact devenir encore plus agréable et plus léger et les aides de retenue et de propulsion sont alors ressenties de manière optimale par le cheval. Celui-ci ne présente alors aucune résistance dans son corps tout entier.

Le cheval accepte alors le mors comme faisant pour ainsi dire partie de son corps.
En conséquence le moment où le cheval va « lâcher le mors » est en fait le niveau de contact optimum que le cavalier peut avoir avec la bouche de son cheval.

Comme nous cherchons toujours ce qui rapproche les équitations d’horizons différents, il nous a semblé intéressant de vous proposer, en miroir, quelques lignes de Decarpentry tirées de « Equitation académique ». On pourrait craindre que les conceptions soient éloignées, il semble que non.

Dans la décontraction de la bouche […] la mâchoire inférieure ne s’écarte de la supérieure que dans la mesure nécessaire au mouvement de la langue […] Tout soulèvement excessif ou trop prolongé, tout mouvement convulsif, toute torsion de la langue est une forme de contraction ou de décontraction incomplète. Il en de  même pour toute ouverture exagérée, saccadée, spasmodique ou persistante de la bouche. La tête doit rester fixe sans même esquisser un mouvement d’aucune sorte, fut-ce un “oui” quand la mâchoire inférieure se détache moelleusement et seulement dans la faible mesure indispensable au cheval pour mobiliser sa langue. C’est sans hésitation et mauvaise grâce que le cheval doit donner sa bouche, mais il doit le faire sans énervement, ni ostentation de telle manière que ce témoignage de parfaite entente avec son cavalier reste un discret murmure sans devenir un fastidieux bavardage.

Deux conceptions assez proche finalement bien qu’émanant de cultures équestres différentes, façonnées sur des chevaux différents…

Nuno Oliveira disait : « Finalement il est aisé pour le connaisseur de comprendre que Baucher (français) et Steinbrecht (allemand) disaient à peu près la même chose dans leurs livres. »

 

Pierre