La punition

 

Cravache : la solution à tout ?La violence dans l’équitation est certainement un phénomène marginal, la plupart des équitants aiment les chevaux et souhaitent une relation agréable et sans conflit. Cependant on assiste encore trop souvent à son emploi : à haut niveau chez des gens qui ont fait passer leurs exigences avant le respect dû à leur monture, à petit niveau par des personnes désemparées, mal conseillées. Tous pensent trouver une solution à leurs difficultés dans l’escalade du rapport de force.

Il est fréquent d’entendre dire que le cheval doit être dominé, qu’il ne faut pas se laisser monter sur les pieds, que quand il fait une incartade c’est qu’ «il te teste», bref il passe pour être un sacré coquin qui ne se dresse qu’à coups de trique. Dans cette vision tronquée du cheval, la punition trouve sa justification, on lui ouvre un boulevard mais on oublie juste dans cette façon de penser que le cheval, une fois la hiérarchie établie, est parfaitement docile et ne demande qu’à bien faire, la preuve en est que dans les clubs où les chevaux sont plus ou moins malmenés  à longueur de journées, combien compte- t-on d’actes d’agression ?  Extrêmement  peu finalement.

Alors oui, il est vrai qu’il ne faut pas se laisser bousculer par le cheval , qu’il faut qu’il connaisse les  limites, qu’il respecte le cavalier, oui,  il doit obéir et cela ne s’obtient pas sans quelques manifestations d’autorité justes, bien dosées et faites à propos (ne pas confondre correction et représailles). Oui, le cheval sait très bien prendre la place qu’on lui laisse prendre, grignoter petit à petit , jusqu’au jour où son comportement sera devenu inquiétant puis ingérable. Cette posture de supérieur hiérarchique représente d’ailleurs une grande part de « l’homme de cheval ».

Je crois donc, s’agissant d’un cheval éduqué à respecter l’homme dans les manipulations ordinaires, qu’en selle les motifs de punition sont extrêmement rares, hormis un petit rappel à l’ordre pour mettre le cheval au travail, il est compréhensible que le cheval  choisisse parfois de fournir l’effort minimum : pourquoi je me fatiguerais ? Si personne ne dit rien …

Admettons que tout n’est pas toujours rose et que si on doit communiquer nos demandes en douceur, il faut parfois aussi faire comprendre ce qui est absolument interdit. La punition intervient donc après une réponse fausse ou  un comportement jugé inadmissible.

Attention à ce que la réponse fausse soit bien un acte de rébellion et non pas un manque de maturité physique ou mentale, et à ce que ce ne soit pas le cavalier qui soit faux dans ses gestes.

Pour que le cheval associe la punition à la faute commise, elle doit intervenir immédiatement, il est question d’une ou  deux secondes, passé ce délai, le cheval ne fera plus la relation entre son acte et le désagrément qu’il subit.

Pour qu’il obéisse, il faut que les demandes soient réalisables, claires et bien formulées. Si on juge qu’un cavalier plus ou moins débutant n’est pas clair dans sa gestuelle, peut-on l’autoriser à infliger une punition ?

Et si dans un club un cheval estime pouvoir remettre en cause la hiérarchie quand bon lui semble, peut-on le laisser entre les mains des débutants ?

Les abus en intensité et en fréquence sont souvent dissociés des motifs de la punition, ils ne permettent plus aucune compréhension, peuvent entraîner un phénomène de détresse psychologique qui se traduit par une inhibition, et une nette et durable diminution des capacités d’apprentissage. Le lien entre ses actions et les conséquences de ses actions est rompu, il n’y a plus de cohérence, le cheval est perdu.

C’est sur les parcours d’obstacles après un refus que l’on voit le plus souvent parler la cravache. On ne se demande pas pourquoi le cheval a refusé, il  a pourtant plus de raisons de refuser que de franchir l’obstacle : risque de se faire mal, cavalier qui rend l’équilibre instable, qui s’accroche aux rênes, mauvaise distance d’appel etc…  Des détails tout cela, il doit sauter sans rechigner point barre ! et vlan et vlan ! La prochaine fois tu sauteras !… ben non, la prochaine fois, l’appréhension sera plus grande encore !

Punir un cheval  c’est toujours une violence qui nuira à la fragile confiance qu’il met parfois en nous, à la confiance qu’il a en lui, c’est nuire à sa sérénité indispensable, c’est rompre la relation, c’est l’éloigner de nous, le perdre. Le problème révélé par un acte de rébellion vient presque toujours d’erreurs de dressage. Il doit inciter à chercher la solution dans le calme , la clarté, l’éducation.

Rien de nouveau dans ce discours, tous les auteurs reconnus ont pris la peine de protéger le cheval des excès d’autorité de leurs contemporains par des remarques comme celles- ci :

 « Si on le force en employant des coups, il prendra peur. Un cheval qu’on traite avec brutalité, pensera que les objets dont il a peur sont responsables de son anxiété . » Xenophon en 400 avant JC.

Et au XVIIIe siècle :

 « on peut dire que le ménagement des aides et des châtiments est une des plus belles parties de l’Homme de Cheval. »

Ou encore,  Si le cheval est effrayé : « surtout il ne faut pas en ces occasions battre les jeunes chevaux, parce que la crainte des coups jointe à celle de l’objet qu’il leur fait ombrage leur accable la vigueur et les rebute totalement. » L’école de cavalerie  de La Guérinière

Dans le même siècle : «  Je ne saurais trop recommander de ne point battre les chevaux sans raison et de se donner la peine d’approfondir les motifs de leur résistance ; car souvent il arrive qu’on châtie en eux comme mauvaise volonté ce qui n’est qu’un effet de leur ignorance  au lieu qu’il faudrait alors employer des moyens qui leur fissent comprendre ce qu’on exige d’eux »  

Ou encore : « On ne saurait prendre trop de précautions ni faire trop d’attention à l’espèce et au degré du châtiment, ainsi qu’à l’instant qu’il faut saisir pour le faire : cet instant perdu se répare difficilement : la correction qui vient trop tard après la faute augmente l’humeur et la colère des chevaux , et, au lieu de corriger leur désobéissance, elle les excite et les provoque à se défendre encore davantage. » de  Montfaucon de Rogles

Si bien pensé et si bien dit, respect à vous, messieurs !

Jean-Denis

 

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2 Commentaires

  1. Marie, vous pensez que cet article conseille d’inspirer la crainte au cheval ? si c’est le cas,je me suis bien mal exprimé… Le respect oui, et la confiance qui sont indispensables.

  2. Personnellement pour avoir élevé des chevaux sur Royan depuis maintenant 2 décennie.. Je pense que la violence est absolument à proscrire et doit être plus impressionnante que doucereuse pour l’animal. Je trouve ca dommage de devoir inspirer la crainte de manière négative comme cela.. Mais cela ne reste que mon avis.
    Amicalement,
    Marie Tabaud
    http://ecuriedesmathines.fr/

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