Boite à outils équestreDans le catalogue de vente d’équipements pour le cavalier et le cheval, je regarde fascinée la multitude des outils magiques. Comment est-ce possible qu’il existe encore aujourd’hui des cavaliers ne parvenant pas à produire une équitation parfaite avec des chevaux parfaitement mis lorsqu’on voit la débauche créative de solutions qui s’offre à tous pour quelques euros seulement ?

Tous les mystères de l’équitation sont résolus : une martingale pour le mettre en place, un mors à pampilles pour le décontracter, avec branche et gourmette pour qu’il cède, une belle muserolle croisée pour qu’il garde sa langue dans sa bouche et ses impressions pour lui-même, des éperons à molettes pour qu’il ne perde pas impulsion et motivation, des gants pour ne pas se brûler les mains en gérant tant de légèreté si difficilement acquise, à picots les gants, comme les rênes en caoutchouc, pour assurer une bonne prise bien ferme mais confortable. Des taquets tout autour de la selle, pour être bien calé et pas dérangé par quelques mouvements inopportuns qui n’arriveront pas vu ce qui précède. Des cloches, des guêtres, des chasses-mouches, des bandes de travail, de repos, de polo, des couvre-reins, des couvertures d’écurie, de paddock, de pré, d’hiver, d’été, intégrales, imperméables, doublées, triplées, des séchantes, des couvre-reins, des anti-mouches, anti dermite estivale, anti-vol (?)… Si après tout ça Pompon n’est pas disponible au travail, c’est qu’il a dû être traumatisé par quelque chose de terrible dans son enfance !

La martingale ne convient pas ? Pas de problème, il y a des gogues, des rênes allemandes, des élastiques, que de choix dans le catalogue pour faire baisser la tête de Pompon. Sans compter qu’on peut tenter des associations pour plus d’originalité. Et pour le mors, un choix incroyable de formes, d’alliages, goût pomme, fraise des bois, foin des prés. Il résiste ? Changez de mors ! Il tire ? Changez de mors ! Il est contracté ? Changez de mors ! Il a mal aux dents ? Aucun problème : hackamors, bosal, bitless, licol à nœuds, sans nœud, à fleurs, à strass,… Sa fesse est fainéante ? Sticks, cravaches, chambrières aux couleurs chatoyantes, parfois même celle de la carotte, vont lui redonner le moral avec amour. Quoiqu’on vous vende, c’est pour son bien et pour régler SON problème.

Au milieu d’une orgie de longes de toutes les formes, couleurs matières, je trouve un objet unique : un « lien de communication » !!! Non, ce n’est pas une longe, c’est mieux c’est : « Un lien de communication ». C’est écrit noir sur blanc. Et voilà, maintenant nous sommes amis pour la vie, lui et moi. Des amortisseurs, génial, il n’aura donc plus jamais mal au dos même si son cavalier monte comme une patate !

Mais que se passe-t-il ? Encore les traumatismes du passé-sans-moi qui ressurgissent : il tique à l’air, à l’ours, il botte les murs, gratte le sol, mord les barreaux de son box ! Rien de bien grave en fait car voici un collier anti-tic à l’air, des entraves et quelques sédatifs, de quoi le rendre zen !

A la lecture de cette liste à la Prévert, où le mot « raton laveur » devient « éthologique » et retentit presque à chaque page, justifiant tout et n’importe quoi, comme une caution morale qu’on exhibe, je me dis que l’enjeu commercial piétine encore allègrement le travail indispensable que tout cavalier doit d’abord conduire sur lui-même.

Oui, évidemment, il ne sera pas écrit sur ce catalogue et tous les autres : « commencez par analyser et travailler votre posture, votre technique, votre tact, votre justesse, apprenez à savoir qui est vraiment Pompon, et ensuite, après avis du dentiste, faudra-t-il convenir, peut-être, d’un mors à double brisure pour soulager son palet délicat… »

Oui bien sûr, certains produits sont nécessaires pour répondre à des particularités… Une séchante c’est utile parfois, des protections nécessaires avant d’amener son cheval sur les barres, un mors adapté à sa monture, son activité, son niveau… Un peu d’anti-mouches parfois, si leur présence est un harcèlement… Je ne condamne pas les objets eux-mêmes (quoique quelques-uns pourraient disparaitre à jamais sans que cela ne m’arrache un regret, je l’avoue) mais plutôt les bienfaits dont on les honore en déresponsabilisant totalement celui qui les emploie, occultant totalement les impacts, en se contentant parfois d’un « pour cavalier expérimenté ». Auto-évaluation, à toi de jouer !

Combien de fois la caverne d’Ali Baba ne sert-elle qu’à pallier à des incompétences techniques, à un manque de patience, de compréhension, d’écoute, de connaissance hippologique, de remise en question ? Ma réponse est : bien trop souvent hélas !
D’autant plus que l’absence de compétences à trouver des solutions techniques, éducatives et comportementales s’allie aussi fréquemment à une absence de connaissances des effets de l’outil choisi et de son mode d’emploi. C’est dramatique. Je ne doute pas un instant des bonnes intentions de certains, de la naïveté des autres, (c’est en forgeant qu’on devient forgeron n’est-ce pas ? ) en revanche ce qui me fait réagir, c’est la paresse intellectuelle de trop de cavaliers qui les empêche de se poser des questions, d’apprendre et de travailler.

La recherche d’une réponse visuelle, et surtout rapide, semble satisfaire beaucoup de consommateurs. Tout comme la magique sensation du cheval enfin décollé de la main, donc léger (sic), grâce à un magnifique pelham, à moins que ce ne soit un goyo aga, que de choix, que de choix ! Et que dire de celui qui hier encore avait le nez dans les nuages et qui aujourd’hui se bave largement sur le poitrail par la judicieuse combinaison des rênes allemandes, de son mors jouet à rouleaux de cuivre que l’accueillante muserolle croisée l’invite à goûter sans relâche. Il bave, il a le nez qui pointe vers ses pieds, mission accomplie.

Le verdict tombe, le jour où l’on ôte tous les artifices, si on ose.
Alors s’affiche la capacité réelle du cavalier à avoir su utiliser la chose pour ce à quoi elle doit normalement servir. Un temps ponctuel, un impact maitrisé, la voie est ouverte et le cavalier poursuit le travail avec ses propres moyens techniques. Sinon…. Pompon retrouve le nez au vent, charge la main, s’éteint sur la jambe et ne bave plus, quelle tristesse, rhabillons le !

Et si toute la monnaie investit dans cette belle panoplie d’accessoires avait atterrie dans la poche d’un Maître d’équitation ? Dans quelques cours particuliers sous le regard avisé d’un enseignant de qualité ? Même à raison de quelques séances éparpillées dans l’année ? Pompon ne serait-il pas moins engoncé, comprimé, éperonné, électrolysé ?

Je referme ce gros catalogue de plus de 300 pages d’illusions. Une dernière question me taraude : ma belle jument alezane aux reflets cuivrés s’accordera-t-elle avec les couleurs fashion de la prochaine collection printemps-été ou vais-je devoir la vendre ?

Maryan