Maxime Gaussen avait reçu une première formation équestre sous la direction de Louis-Charles Pellier, lui même élève de d’Abzac. Il poursuivi entre autres avec Bellanger, considéré comme l’un des meilleurs piqueurs de l’école de Versailles. C’est après cela, Gaussen avait alors 26 ans et avait donc reçu une formation on ne peut plus classique, qu’il fit la connaissance de Baucher et de sa méthode, vers 1837. Baucher avait alors 41 ans et était donc dans la pleine maturité de sa première manière.
Voici quelques réflexions de Gaussen sur l’équitation du maître :

Dresser un cheval c’est être maître de ses forces et avoir triomphé des résistances qu’il oppose.
Comment l’animal résiste-t-il à l’effet de nos forces ? Le cheval résiste par l’encolure.

Le cheval résiste par l’emploi d’une force qui amène la position avec laquelle il oppose le mouvement de résistance.

Le mouvement de résistance est donc soumis à la position et la position à la force déployée par le cheval.

Sans la force, les deux autres effets ne peuvent se produire. C’est donc à s’emparer des forces du cheval que le cavalier s’emploiera.

Dès qu’il en sera le maître, il exercera un empire absolu sur la masse car il fera naître la position et dirigera les mouvements.

Tous les chevaux ont des constructions différentes qui donnent aux forces des directions variées. C’est en combattant et en interceptant ces forces qu’il [Baucher] en a changé la disposition et facilité au poids un nouveau mode de translation.

Comme Baucher avait découvert que toutes les résistances, quelle qu’en soit l’origine, se manifestent d’abord dans l’encolure par une contraction, il commença à assouplir cette partie importante.
Maître de ses mouvements et de ceux de la tête, il lui restait à profiter de leur assouplissement pour dominer toutes les autres parties du corps.

Pour obtenir facilement la translation du poids du devant vers l’arrière et vice versa, il fallait un travail spécial : le reculer pour obtenir la plus grande souplesse dans les hanches et dans les reins.

Gaussen, après avoir longuement exposé que les résistances se ressentaient et semblaient se traiter dans l’avant main, nous rappelle en toute fin qu’en fait, elles sont dans les postérieurs.
Dans ce passage, reproduit ici quasi in extenso, il ne parle pas de la bouche, pourtant la plupart des élèves de Baucher en ont longuement parlé. Cela nous renverrait-il à une observation facile à faire sur le terrain : la bouche naturellement et aisément décontractée comme conséquence de la bonne répartition des masses du cheval sur ses jambes ?
Le niveau d’analyse biomécanique peut nous sembler primaire comparé à celui d’aujourd’hui dans lequel on décortique volontiers le rôle de chaque groupe musculaire.
Ce petit texte nous fait prendre conscience qu’il existe bien deux manières d’envisager la soumission des ressorts postérieurs : dans le mouvement en avant ou dans le mouvement rétrograde.
La seconde n’est pas nouvelle, donc pas une « invention » de l’école bauchériste, mais sans doute son usage était moins systématique pour l’école classique, quoique La Guérinière n’omette pas de nous rappeler l’importance du reculer pour mettre les chevaux sur les hanches. Encore semble-t-il préférer l’usage précis et répété du demi-arrêt.

Je retiens de ce texte que trouvez la meilleure place de l’encolure avec la plus grande économie de moyens possible est une recherche indispensable pour dresser les chevaux sans les forcer.

Pierre