expedientsMaryan dans son article « Le temps d’apprendre, le temps de dialoguer, le temps de se comprendre » nous rappelait la nécessité de prendre le temps de l’éducation, des apprentissages, de respecter les temps de réponse du cheval.

Car oui, nous avons de grandes difficultés à sortir de nos schémas  de pensée, de notre temps à nous, de nos objectifs, et de l’idée que le cheval se doit d’obéir naturellement. Nous n’avons pas conscience du chemin énorme qu’il doit faire vers nous pour répondre à nos demandes incongrues.

Oui, tout doit lui être enseigné ;  du curage des pieds à l’éducation aux aides, du saut d’obstacle jusqu’à la pirouette au galop.  Et oui encore, il faut prendre le temps de le rassurer et de lui faire comprendre les choses, du simple au compliqué.

Alors bien sûr on peut essayer de raccourcir ce temps, on peut bâcler l’éducation, mais ce faisant, que se passera- t-il ?

Moins le cheval sera éduqué, plus il réagira de manière naturelle : en s’opposant, en résistant, en fuyant. Le cavalier en retour, face à ces réactions négatives trouvera légitime de demander plus fortement et de s’armer d’outils plus persuasifs… pas de problème les boutiques en sont pleines. Le cercle vicieux s’installera, celui d’une relation conflictuelle.

Il est possible, hélas, dans ces conditions d’obtenir quelques résultats. Il suffit de disposer d’un peu de charisme dominateur, d’un peu d’habileté et de se satisfaire d’expédients. On abuse alors du caractère craintif et docile du cheval, mais on est alors dans le domaine du stress, de la douleur et des réflexes innés de sauvegarde.

Combien de fois voit-on des chevaux malmenés par des mouflets sous le regard admiratif des parents, par des cavaliers professionnels sur des paddocks de concours, les yeux des plus sensibles se détournant un moment ?

Le cheval s’arrêtera parce que la main tire vraiment fort et que le mors fait vraiment mal, il trépignera (plutôt que de piaffer) parce que le dresseur lui cingle les jarrets, il montera (peut-être) dans le van parce que les cris et les coups sont vraiment terrifiants.

Certes des résultats, mais quelle valeur ont-ils ? N’est-ce pas plutôt un gros gâchis, la négation de l’intelligence et de la sensibilité du cheval  et en même temps l’affirmation de notre bêtise ?

Jean-Denis Casanave