Choisir le bon grammage de couverture pour un cheval non tondu est souvent plus complexe qu’il n’y paraît. Un cheval qui conserve son poil d’hiver n’a pas les mêmes besoins thermiques qu’un cheval tondu, et son mode de vie (pré, box, travail régulier ou occasionnel) influence fortement le type de couverture à privilégier. Une couverture trop légère expose au froid et aux raideurs musculaires, tandis qu’un modèle trop chaud peut provoquer transpiration, irritations et surconsommation d’énergie.
Comprendre le cheval non tondu : thermorégulation et besoins réels
Le rôle du poil d’hiver chez le cheval
Un cheval non tondu dispose d’un système de thermorégulation naturel très performant :
- Le poil d’hiver : plus long, dense et souvent légèrement frisé à la base, il crée une couche d’air isolante au contact de la peau.
- Le sébum : produit par la peau, il rend le poil partiellement déperlant, ce qui aide à évacuer l’eau de pluie jusqu’à la pointe des poils.
- Les muscles horripilateurs : en dressant le poil, le cheval augmente encore la couche d’air isolante.
En pratique, un cheval non tondu, en bonne santé, supporte souvent mieux le froid sec que la chaleur, à condition de pouvoir se mettre à l’abri du vent et de l’humidité. C’est pourquoi le grammage de couverture doit rester raisonnable, surtout si l’animal vit au pré et peut bouger librement.
Température ressentie : le trio froid, vent, humidité
Pour un cheval non tondu, ce n’est pas seulement la température affichée qui compte, mais la combinaison :
- Température : un cheval rustique peut supporter des températures négatives sans couverture, alors qu’un cheval de sang chaud sera plus sensible.
- Vent : le vent « casse » la couche d’air isolante créée par le poil, augmentant fortement la déperdition de chaleur.
- Humidité : une pluie fine mais persistante ou un brouillard dense saturent le poil d’eau et annulent l’effet isolant.
Le grammage de la couverture doit donc être adapté à la température ressentie (température + vent + humidité), et non à la seule valeur du thermomètre.
Facteurs individuels : chaque cheval est différent
Deux chevaux au même endroit, avec la même météo, n’auront pas forcément les mêmes besoins. Il faut tenir compte de :
- La race et le type : les poneys rustiques, chevaux de trait ou races nordiques sont souvent plus frileux à la chaleur qu’au froid, et peuvent nécessiter des grammages plus faibles.
- L’âge : les jeunes chevaux et les seniors ont généralement plus de mal à réguler leur température, surtout s’ils manquent d’état corporel.
- L’état de santé : un cheval convalescent, amaigri ou souffrant de pathologies métaboliques peut avoir besoin d’une protection supplémentaire.
- Le niveau d’embonpoint : un cheval très maigre perd de la chaleur plus vite qu’un cheval bien couvert de muscle et de gras.
Le grammage idéal dépend donc de la météo, mais aussi du profil de votre cheval et de son mode de vie au quotidien.
Comment interpréter le grammage d’une couverture et les principaux types existants
Grammage : de quoi parle-t-on exactement ?
Le grammage d’une couverture désigne la densité de la garniture isolante, exprimée en grammes par mètre carré (g/m²). Il s’agit généralement d’une fibre synthétique (polyester) plus ou moins épaisse, intégrée entre la doublure intérieure et le tissu extérieur.
Plus le grammage est élevé, plus la couverture est chaude :
- 0 g : couverture sans garnissage, souvent appelée « chemise » ou « couverture de pluie » lorsqu’elle est imperméable.
- 50 à 100 g : garnissage très léger, pour un léger apport de chaleur ou pour des chevaux très rustiques.
- 150 à 200 g : grammage intermédiaire, adapté à un grand nombre de situations pour les chevaux non tondus.
- 250 à 300 g : grammage chaud, à réserver aux chevaux plus frileux ou dans des conditions climatiques difficiles.
- 300 g et plus : très chaud, le plus souvent destiné aux chevaux tondus ou vivant dans des régions très froides.
Le grammage n’est cependant qu’un indicateur : la qualité de l’isolant, de la doublure et du tissu extérieur (imperméabilité, respirabilité) joue aussi un rôle majeur dans le confort thermique.
Pour aller plus loin sur ces aspects techniques (grammage, isolation, doublures), il peut être utile de consulter notre dossier complet sur le choix du grammage de couverture en fonction du profil de votre cheval, qui aborde également le cas des chevaux tondus et des climats extrêmes.
Couvertures d’extérieur vs couvertures d’écurie
Le mode de vie de votre cheval conditionne aussi le type de couverture :
- Couvertures d’extérieur (turnout) :
- Tissu extérieur imperméable et respirant.
- Résistance variable (deniers) selon le niveau de robustesse souhaité.
- Coupe adaptée aux mouvements (épaules, encolure, parfois couvre-cou intégré).
- Couvertures d’écurie :
- Non imperméables, prévues uniquement pour l’intérieur.
- Tissu souvent plus doux mais moins résistant aux frottements et aux intempéries.
- Garnitures variées, de la simple chemise légère à la couverture très chaude.
Un cheval non tondu vivant principalement au pré aura prioritairement besoin d’une bonne couverture d’extérieur, alors qu’un cheval en box pourra alterner entre couverture d’écurie et, éventuellement, une couverture d’extérieur lorsque qu’il sort.
Grammage recommandé selon le mode de vie du cheval non tondu
Cheval non tondu vivant au pré 24h/24
Pour un cheval vivant dehors en permanence, parfois avec un abri, parfois sans, le critère principal est la gestion des intempéries : pluie, vent, humidité persistante, neige. Le cheval peut se déplacer librement, ce qui l’aide à se réchauffer, mais il est exposé en continu aux éléments.
Situations fréquentes et orientations de grammage
- Climat tempéré, hiver doux, abri disponible (températures rarement en dessous de 0 °C) :
- Cheval adulte rustique, en bonne santé : souvent pas besoin de grammage, une simple couverture de pluie imperméable 0 g peut suffire lors des épisodes de pluie froide prolongée.
- Cheval de sang chaud, plus sensible : couverture imperméable légère, 50 à 100 g, pour apporter un confort supplémentaire en cas de vent et d’humidité.
- Climat tempéré avec hivers marqués (gel fréquent, vent, épisodes neigeux) :
- Cheval rustique avec bon poil d’hiver : couverture imperméable 0 à 100 g, à ajuster selon son état corporel et sa tolérance au froid.
- Cheval moins rustique ou plus âgé : couverture d’extérieur 150 à 200 g, surtout en période de grand froid ou de vent fort.
- Climat froid et humide, peu d’abri naturel (pluie régulière, vent, températures souvent proches de 0 °C) :
- Cheval non tondu mais frileux ou amaigri : couverture d’extérieur 200 à 250 g, éventuellement avec couvre-cou en cas de mauvais temps prolongé.
- Cheval senior ou convalescent : même grammage voire un peu plus (250 à 300 g) si le vétérinaire le recommande, en surveillant étroitement la transpiration.
Dans tous les cas, il est essentiel de toucher votre cheval sous la couverture (derrière l’épaule, derrière le coude, sur le poitrail) pour vérifier s’il est trop chaud ou au contraire froid. Un cheval qui transpire sous sa couverture peut tomber malade s’il se refroidit d’un coup.
Cheval non tondu en box avec sorties quotidiennes
Pour un cheval qui passe la nuit au box et qui sort quelques heures par jour, l’enjeu est d’ajuster le grammage entre :
- La température de l’écurie (souvent plus élevée et plus stable).
- La température extérieure pendant les sorties au paddock ou au travail.
Répartition typique des besoins
- En box, écurie tempérée (hors gel) :
- Cheval non tondu, adulte et en forme : souvent une couverture de 0 à 100 g suffit, voire aucune couverture si l’écurie est bien isolée.
- Cheval sensible au froid ou qui maigrit en hiver : couverture d’écurie 100 à 200 g selon la température intérieure.
- Au paddock en journée :
- Si la couverture d’écurie n’est pas imperméable, prévoyez une couverture d’extérieur distincte, avec un grammage proche mais un tissu imperméable et robuste.
- Par exemple : 150 g d’écurie la nuit + 150 g imperméable au paddock la journée dans un climat froid mais sec.
- En travail :
- Le cheval non tondu transpire facilement pendant l’effort. Il est souvent préférable de monter sans couverture, puis d’utiliser une chemise séchante ou une couverture légère après le travail pour éviter les refroidissements.
La difficulté majeure avec les chevaux en box est de ne pas sur-couvrir sous prétexte qu’ils ne sont pas tondus : beaucoup supportent très bien une température fraîche mais stable, et souffriront davantage d’une couverture trop chaude que d’un environnement légèrement froid.
Cheval non tondu vivant en mode mixte : pré + box
De nombreux chevaux combinent des périodes au pré et des nuits au box. Dans ce cas, il est souvent plus simple d’opter pour une couverture polyvalente, adaptée aux deux environnements, plutôt que de changer de couverture matin et soir.
- Cheval non tondu avec vie mixte dans un climat modéré :
- Couverture imperméable 100 à 150 g pouvant servir au pré et au box.
- Possibilité d’ajouter une sous-couverture légère (liner) de 50 à 100 g lors des épisodes de grand froid.
- Cheval en travail régulier, non tondu mais un peu rasé sur certaines zones (poitrail, ventre) :
- Couverture d’extérieur 150 à 200 g pour les sorties et le pré.
- Couverture d’écurie équivalente ou légèrement plus légère la nuit, en fonction du niveau de chauffage et de l’isolation des bâtiments.
Les systèmes de couvertures modulables (une couverture imperméable fine + différents liners amovibles) sont particulièrement adaptés à ces situations, car ils permettent d’ajuster rapidement le grammage selon la météo et le mode de vie sans multiplier les couvertures complètes.
Adapter le grammage à la météo, au travail et au ressenti du cheval
Se fier à des plages de température, mais pas uniquement
Vous trouverez souvent des tableaux préconisant tel grammage pour telle plage de température (par exemple 0 à 10 °C, 10 à 15 °C, etc.). Ces repères sont utiles, mais ils doivent être nuancés par :
- La force du vent.
- Le degré d’humidité (brouillard, pluie fine, neige lourde).
- Le niveau d’activité du cheval (immobile au box ou en mouvement au pré).
- La morphologie et la rusticité de l’animal.
Un cheval non tondu, rustique et vivant en troupeau, sera souvent correctement protégé avec un grammage plus faible qu’un cheval plus « délicat », isolé et peu actif.
Signes que la couverture n’est pas adaptée
Au-delà des chiffres, l’observation quotidienne de votre cheval est déterminante pour ajuster le grammage :
- Couverture trop chaude :
- Transpiration au niveau de l’encolure, du poitrail ou sous le ventre.
- Poil humide en retirant la couverture.
- Cheval apathique, qui semble manquer d’entrain.
- Irritations cutanées possibles sur le long terme.
- Couverture trop légère :
- Oreilles, extrémités froides au toucher.
- Muscles tendus, dos contracté, raideurs à la mise au travail.
- Cheval qui se recroqueville, dos rond, posture fermée face au vent.
Un cheval non tondu légèrement frais mais mobile et à l’aise n’est pas forcément mal couvert. En revanche, un cheval qui transpire régulièrement sous sa couverture doit inciter à revoir le grammage à la baisse.
Intégrer le travail et la gestion de la sueur
Un cheval non tondu qui travaille régulièrement en hiver peut présenter un véritable casse-tête de gestion thermique. Plus il transpire pendant la séance, plus il est exposé au risque de coup de froid si la sueur met du temps à sécher.
- Avant le travail :
- Éviter de monter avec une couverture d’extérieur trop épaisse, qui ferait rapidement transpirer le cheval.
- Utiliser éventuellement une couverture d’exercice ou un quarter-sheet sur les reins, à retirer dès que le cheval est échauffé.
- Après le travail :
- Passer par une chemise séchante (fibres qui évacuent l’humidité vers l’extérieur) jusqu’à ce que le poil soit presque sec.
- Remettre ensuite une couverture plus ou moins chaude selon l’état du cheval et la température ambiante.
Dans ce contexte, il est parfois préférable de revoir l’organisation du travail (horaires plus doux en termes de température, intensité adaptée) plutôt que d’augmenter systématiquement le grammage de la couverture, au risque de surchauffer le cheval pendant qu’il ne travaille pas.
Erreurs fréquentes à éviter dans le choix du grammage pour un cheval non tondu
Confondre confort humain et confort équin
Les cavaliers ont souvent tendance à projeter leurs propres sensations de froid sur leur cheval. Or, la physiologie du cheval est différente :
- Le cheval est confortable à des températures bien plus basses que l’être humain.
- Un cheval non tondu supporte généralement mieux un froid sec qu’une couverture trop chaude.
- Les chevaux en extérieur s’acclimatent progressivement aux variations de température.
Avant d’augmenter le grammage, il est donc utile de se poser la question : « Mon cheval a-t-il réellement froid, ou est-ce moi qui ai froid en allant le voir ? ».
Changer de couverture trop rarement… ou trop souvent
Deux excès sont fréquents :
- Ne jamais adapter le grammage :
- Une même couverture 300 g posée de novembre à mars peut convenir à certains chevaux tondus, mais sera souvent excessive pour un cheval non tondu.
- Les variations de température (redoux, jours de grand soleil) nécessitent parfois d’alléger la couverture.
- Changer trop souvent de modèle :
- Manipulations excessives, risque de blessures (frottements, mauvaise attache remisée à la hâte).
- Stress inutile pour certains chevaux sensibles.
La solution la plus pratique consiste souvent à disposer de 2 à 3 niveaux de grammage complémentaires (par exemple 0 g, 150 g et 250 g) et à les faire évoluer progressivement en fonction de la saison et de la météo, plutôt que d’alterner quotidiennement entre des extrêmes.
Négliger l’ajustement et l’état de la couverture
Un grammage théoriquement bien choisi ne sera pas efficace si :
- La couverture est mal ajustée (trop petite ou trop grande), créant des ponts thermiques ou des zones de compression.
- Les coutures sont fatiguées, laissant passer l’eau et le vent.
- L’imperméabilisation a vieilli, laissant la pluie s’infiltrer dans le garnissage.
Il est donc important de vérifier régulièrement :
- L’ajustement au niveau du poitrail, du garrot et des épaules.
- L’absence de frottements (marques de poils usés, pellicules, irritations).
- L’efficacité de l’imperméabilité en cas de pluie prolongée.
Un cheval non tondu ne doit pas ressortir avec le poil humide sous une couverture imperméable, même après plusieurs heures de pluie. Si c’est le cas, le grammage et surtout l’état du tissu extérieur doivent être remis en question.