Le trot assis est l’une des allures les plus techniques pour de nombreux cavaliers, qu’ils soient débutants ou déjà confirmés. Tenir le trot sans se lever, sans rebondir exagérément et en restant en harmonie avec le cheval demande à la fois un bon sens de l’équilibre, une musculature spécifique et une compréhension fine de la locomotion équine. Bien maîtrisé, le trot assis permet d’affiner les aides, de mieux ressentir le dos du cheval et de progresser vers un travail plus précis sur le plat comme à l’obstacle.
Comprendre le trot assis : bases biomécaniques et enjeux pour le cavalier
Comment fonctionne le trot du cheval
Avant de chercher à améliorer son trot assis, il est indispensable de comprendre comment se déplace le cheval au trot. Le trot est une allure sautée à deux temps symétriques : le cheval avance par bipèdes diagonaux (antérieur droit / postérieur gauche puis antérieur gauche / postérieur droit), séparés par une phase de suspension où aucun pied ne touche le sol.
Cette alternance de diagonaux crée naturellement un mouvement vertical assez marqué du dos. À chaque foulée, le cheval “monte” et “redescend” sous la selle. C’est ce mouvement qui provoque la sensation de rebond que ressent le cavalier, surtout si le trot est actif ou un peu rapide. D’où la difficulté du trot assis : absorber ce mouvement sans se laisser éjecter vers le haut ni se contracter excessivement.
Les objectifs du trot assis pour le travail du cheval
Le trot assis n’est pas seulement un exercice pour le cavalier, c’est aussi un outil de travail important pour le cheval :
- Raffiner les aides : assis, le cavalier peut utiliser plus précisément son assiette, ses jambes et son dos pour donner des indications fines.
- Favoriser la mise en main : un cavalier stable, qui accompagne correctement, encourage le cheval à se détendre dans son dos et à engager davantage ses postérieurs.
- Préparer les exercices techniques : épaules en dedans, appuyers, transitions rapprochées ou travail rassemblé sont plus faciles à réaliser en trot assis quand le couple est prêt.
En revanche, un trot assis mal réalisé (rebonds soutenus, main dure, cavalier qui se crispe) peut créer de l’inconfort, voire des défenses chez le cheval. D’où l’intérêt de progresser par étapes, avec une technique correcte.
Posture du cavalier au trot assis : les fondamentaux
La position de base : verticalité et stabilité
Au trot assis, la posture du cavalier doit rester aussi neutre et verticale que possible, tout en étant mobile. Les éléments clés sont :
- Le bassin : c’est le véritable “amortisseur” de l’allure. Il doit rester en contact avec la selle, ni rigide ni exagérément mobile. On cherche un mouvement souple, qui accompagne la montée et la descente du dos.
- Le dos : droit, mais pas raide. On évite de creuser fortement les reins ou de s’affaisser. Imaginez un fil qui vous tire vers le haut depuis le sommet du crâne.
- Les épaules : détendues, dans l’axe du bassin, sans partir en avant ni se reculer exagérément. Des épaules crispées se traduisent souvent par des mains dures.
- Les jambes : relâchées, au contact du flanc, sans serrer les genoux comme une pince. Le poids descend jusqu’aux talons sans forcer.
- Les mains : stables et indépendantes du mouvement du buste, avec des coudes légèrement pliés et proches du corps.
Le rôle du bassin : accompagner plutôt que résister
Le bassin est central au trot assis. Si le cavalier essaie de “tenir” le trot en se figeant, il va rebondir davantage. À l’inverse, un bassin souple absorbe naturellement la foulée. Pour améliorer ce point :
- Visualiser le mouvement : imaginez que votre bassin dessine de petits “8” horizontaux ou de légers arcs de cercle, synchronisés avec le dos du cheval.
- Relâcher les hanches : la zone des hanches et des cuisses doit rester mobile. Si les cuisses serrent trop, le bassin ne peut pas suivre.
- Éviter de pousser : il ne s’agit pas de “pomper” avec le bassin, mais de suivre le mouvement qui existe déjà.
L’équilibre du haut du corps
Un bon équilibre au trot assis repose sur la capacité à garder le centre de gravité au-dessus de la selle, sans se jeter vers l’avant ni se reculer. Quelques repères :
- Alignement oreille – épaule – hanche – talon autant que possible, même quand le trot devient plus rebondi.
- Regard dirigé vers l’avant, jamais vers le sol ou les épaules du cheval.
- Respiration régulière : un souffle bloqué accentue les tensions et rend le trot assis plus difficile.
Préparer son corps et celui du cheval au trot assis
Préparation musculaire et assouplissement du cavalier
Le trot assis sollicite particulièrement les muscles du tronc (gainage), les lombaires, les adducteurs et la ceinture abdominale. Quelques axes de travail à pied peuvent considérablement faciliter l’exercice en selle :
- Gainage doux (planche, planche latérale, gainage dynamique) pour stabiliser le tronc sans le raidir.
- Étirements des hanches et des cuisses : fentes, étirement des adducteurs, travail de mobilité de la hanche.
- Exercices de dissociation bassin/tronc : par exemple, debout, pieds écartés, faire de petits cercles de bassin en gardant les épaules relativement fixes.
- Travail de souplesse lombaire : rotations douces du buste, enroulés-déroulés de la colonne.
Plus le corps du cavalier est souple et tonique, plus il lui sera facile de “suivre” le trot sans contrainte.
Préparer le cheval : décontraction et rythme
Le trot assis sera beaucoup plus facile sur un cheval :
- Détendu dans son dos, sans crispation ni défense.
- Régulier dans son rythme : un trot trop précipité rend l’assise quasi impossible, surtout pour un cavalier en apprentissage.
- Équilibré : un cheval qui tombe sur les épaules ou qui court davantage qu’il ne trotte va accentuer les à-coups.
En début de séance, il est souvent judicieux de travailler au trot enlevé, en demandant progressivement au cheval un rythme constant, une bonne impulsion et une attitude décontractée avant de passer au trot assis.
Exercices pratiques pour améliorer son trot assis
Alterner trot enlevé et trot assis
Pour ne pas se crisper et éviter la fatigue excessive, l’alternance est une stratégie efficace :
- Commencer par quelques minutes de trot enlevé pour installer un bon rythme et échauffer cheval et cavalier.
- Passer ensuite sur quelques foulées de trot assis (par exemple, sur la longueur de la piste, puis revenir en trot enlevé sur la largeur).
- Augmenter progressivement la durée du trot assis, sans aller jusqu’à la perte de qualité de la posture.
Cette progression permet de construire en douceur la musculature nécessaire et d’habituer le cheval à supporter le poids du cavalier assis sans gêne.
Utiliser les transitions pour stabiliser le trot assis
Les transitions sont d’excellents outils pour améliorer la qualité du trot assis :
- Transitions pas – trot – pas en restant assis : elles obligent le cavalier à engager son bassin et son assiette pour demander le départ, puis à contrôler le retour au pas sans se jeter dans les rênes.
- Transitions dans l’allure (trot de travail, trot moyen, trot rassemblé selon le niveau) : elles aident à mieux gérer l’amplitude et le rebond, et à adapter son assiette à chaque variation.
- Transitions rapprochées : par exemple tous les 5 à 10 foulées, pour renforcer la communication entre le bassin du cavalier et l’arrière-main du cheval.
Travail sur des figures de manège
Les figures de manège sont très utiles pour améliorer le trot assis car elles incitent à la précision et à l’équilibre :
- Voltes (10 à 15 m) : elles demandent au cavalier de rester centré et au cheval de se rééquilibrer, ce qui peut réduire la précipitation.
- Serpentines : elles obligent à enchaîner les changements de direction, donc à adapter en continu l’assiette et les jambes.
- Demi-voltes et changements de main : pour garder le cheval attentif et le cavalier concentré sur sa posture.
Veillez toutefois à ne pas multiplier les courbes serrées si le cheval n’est pas suffisamment échauffé ou musclé, pour préserver son dos.
Exercices de détente et de conscience corporelle en selle
Pour limiter les crispations qui perturbent le trot assis, certains exercices très simples, réalisés au pas puis au trot, sont particulièrement efficaces :
- Lâcher les étriers (d’abord au pas, puis au trot si le niveau le permet) pour favoriser le relâchement des jambes et sentir l’enracinement dans la selle.
- Étirements des bras vers le haut ou sur les côtés (au pas) pour sentir l’alignement du buste et libérer les épaules.
- Observer sa respiration : inspirer profondément sur quelques foulées, souffler longuement sur les suivantes, pour synchroniser souffle et mouvement.
Erreurs fréquentes au trot assis et corrections possibles
Rebond excessif et perte de contact avec la selle
Le problème le plus courant est le cavalier qui rebondit fortement à chaque foulée, perdant momentanément le contact avec la selle. Cela entraîne :
- Un inconfort pour le cheval, surtout s’il est sensible du dos.
- Une instabilité des mains, qui peuvent se durcir ou tirer par à-coups.
- Une fatigue rapide du cavalier.
Corrections possibles :
- Revenir à des séquences très courtes de trot assis, puis repasser au trot enlevé dès que les rebonds augmentent.
- Travailler au trot légèrement plus rassemblé ou moins étendu, pour réduire l’amplitude du rebond.
- Se concentrer sur le relâchement du bassin et des hanches plutôt que sur la volonté de “s’asseoir coûte que coûte”.
Serrer les genoux et se crisper
Face aux difficultés, beaucoup de cavaliers ont tendance à serrer les genoux, pensant ainsi se stabiliser. En réalité, cela soulève le bassin et bloque le mouvement, ce qui accentue le rebond.
Pour corriger :
- Penser à “laisser tomber” le poids dans les cuisses et les talons, sans contracter.
- Imaginer que les genoux “s’ouvrent” légèrement, laissant les cuisses se poser contre la selle.
- Travailler ponctuellement sans étriers (avec un encadrement adapté) pour ressentir la longueur de jambe et le relâchement nécessaire.
Se pencher en avant ou se reculer exagérément
Un cavalier qui se penche trop en avant au trot assis risque de déranger l’équilibre du cheval et de charger ses épaules. À l’inverse, un cavalier trop en arrière peut se retrouver en retard sur le mouvement et tirer sur les rênes pour se rattraper.
Stratégies de correction :
- Travailler devant un miroir (si disponible) ou se faire filmer pour prendre conscience de sa posture réelle.
- Se répéter des repères simples : “oreille, épaule, hanche, talon alignés” ou “regard loin devant”.
- Demander à un enseignant de proposer des exercices ciblés, par exemple sur des transitions trot–pas–trot en veillant à conserver la verticalité.
Crisper les mains et bloquer la bouche du cheval
La difficulté de l’assise se répercute souvent dans les mains : le cavalier se retient sur les rênes pour se stabiliser, ce qui raidit le cheval et rend le trot encore plus inconfortable.
Axes d’amélioration :
- Vérifier régulièrement que les coudes restent souples et proches du corps.
- Imaginer que les mains tiennent un petit oiseau vivant : suffisamment fermes pour ne pas le laisser s’envoler, mais assez douces pour ne pas le blesser.
- Travailler quelques minutes en longe, sans se préoccuper de la direction, pour se concentrer sur l’assiette et laisser les mains plus libres.
Adapter le trot assis au niveau du couple et au type de cheval
Pour les débutants : progresser sans brûler les étapes
Chez les cavaliers débutants, l’objectif principal n’est pas de rester assis “à tout prix”, mais de développer progressivement :
- Une bonne stabilité au pas puis au trot enlevé.
- Un sens du rythme et de l’équilibre.
- Une assiette qui ne perturbe pas le cheval.
Il est parfaitement acceptable, et même recommandé, de limiter le trot assis à de courtes séquences, sur des chevaux calmes et bien éduqués, jusqu’à ce que la musculature et la coordination soient suffisantes.
Chevaux à trot confortable vs trot difficile
La difficulté du trot assis varie énormément d’un cheval à l’autre :
- Certains chevaux ont un trot plat et peu rebondi, plus facile à accompagner, souvent appréciés pour l’instruction ou les cavaliers débutants.
- D’autres ont un trot très amplifié ou expressif, plus valorisé en dressage mais beaucoup plus exigeant pour le cavalier.
Adapter le temps passé au trot assis en fonction du cheval est essentiel. Sur un cheval au trot très rebondi, on privilégiera des phases courtes, bien préparées, en veillant à ne pas fatiguer son dos ni celui du cavalier.
Adapter le trot assis aux objectifs de la séance
Le trot assis ne doit pas être une fin en soi, mais un outil au service du travail. Selon la séance, il peut être utilisé pour :
- Affiner un exercice (épaule en dedans, cessions à la jambe, cercles) lorsque le trot enlevé ne permet pas assez de précision.
- Renforcer l’engagement des postérieurs via un travail d’assiette ciblé et progressif.
- Préparer le travail rassemblé ou les mouvements plus avancés chez les couples expérimentés.
Il est tout à fait cohérent d’alterner trot enlevé et trot assis dans une même séance, selon la fatigue du cheval et du cavalier, ainsi que selon la difficulté des exercices.
Ressources pour aller plus loin
Pour approfondir la technique, visualiser des postures correctes et découvrir d’autres exercices spécifiques, il peut être utile de consulter des supports détaillés. Vous pouvez notamment vous référer à notre dossier complet consacré au trot assis et à ses différentes méthodes d’apprentissage, qui propose des explications supplémentaires, des variantes d’exercices et des conseils adaptés à différents profils de cavaliers.
