Voici des expressions bien couramment entendues dans le petit monde des cavaliers :

« Fais-le céder », « il faut céder dès que le cheval cède », « il ne faut pas tirer mais il faut résister jusqu’à ce qu’il cède », « c’est à celui qui cédera le premier et ça doit être lui »,

Et si c’était l’inverse ?

La main doit être un objet de communication, une source d’informations incitatives. Elle ne doit pas se corrompre dans un jeu de « bras de fer ». Réputée moelleuse et accueillante pour la bouche du cheval qui s’y livre, elle a le devoir d’être stable pour ne pas produire d’actions parasites.
Une des plus grande œuvre à laquelle chaque cavalier devrait s’attacher avec acharnement est d’acquérir l’indépendance de ses aides, pour, en ce qui concerne la main, ne plus y avoir recours pour se maintenir en équilibre, ne plus produire de mouvements incontrôlés, ne plus croire naïvement qu’elle peut empêcher seule un cheval de tirer.

Débarrassé de cette dépendance, le cavalier doit alors faire confiance à son cheval. Face à la résistance de la bouche, de la nuque, alors que son assiette et son dos actent pour construire la bonne disposition physique du cheval, la main doit devenir moelleuse et céder lorsqu’elle reçoit une résistance et montrer le sens de la posture à atteindre : descendre et avancer à discrétion si le cheval force vers l’avant et le haut ; si le cheval force vers le bas, c’est le haut du buste qui se redresse avec tonicité et encore les mains qui avancent à discrétion (orientation du mouvement vers le haut et incitation à avancer le bout du nez). Ce refus d’entrer en opposition associé à une incitation patiente et égale trouvent toujours une réponse favorable.

Détruire la résistance, plutôt que de la combattre frontalement, n’est-ce pas plutôt la contourner ?

Dans le travail, le cadre est posé par l’enveloppant contact des jambes et la longueur de rênes octroyée par le cavalier. La sagesse veut que le cavalier soit apte à définir un cadre adapté au niveau de dressage du cheval et à sa condition physique. Il devrait donc varier entre le début de la séance, son milieu et sa fin. La main est douanière de la frontière des rênes, mais Nuno Oliveira la définit bel et bien comme une aide secondaire. Sa capacité à remplir son rôle réside dans l’indépendance évoquée précédemment et surtout dans l’exactitude des actions du dos et de l’orientation des épaules du cavalier. La main vient finir ce que l’assiette et le dos initient. Alors, si vous demandez à votre cheval, par votre assiette et votre dos, qu’il vienne dans une certaine posture, votre main ne doit pas dire le contraire !

Cédez avant lui mais ne l’abandonnez pas !

La rêne étant un fil de communication, la main d’un côté et la bouche du cheval de l’autre, chacun s’exprime à tour de rôle. Schématiquement, la main du cavalier est l’ambassadrice de son dos, la bouche du cheval est celle du sien. En tant qu’ambassadeur, il convient de rester dans le dialogue, il ne faut surtout pas oublier que le cavalier est « l’envahisseur », celui qui s’impose dans la sphère de l’autre pour assouvir ses envies d’équitation. Face à une résistance qui est aussi une contraction, il ne faut pas couper la communication et mettre le cheval dans le vide mais orienter cette force dans le sens de ce que l’on souhaite produire. Le moelleux des doigts rend fuyant le point de résistance, l’orientation des mains accompagne l’énergie du cheval vers l’objectif à atteindre.

Le cavalier doit avoir le souci permanent de pacifier son interaction avec sa monture pour rester dans un échange technique constructif. Dans cet état d’esprit, il ne doit ni nourrir l’opposition, ni abandonner la partie.
Ce qui reviendra à :
« Donne lui envie de céder », « il faut céder pour que le cheval cède », « il ne faut pas tirer mais céder pour qu’il cède », « c’est à celui qui s’aidera le premier et ça doit être toi »…

Maryan