Travail sur cavalettiCavaletti – Une petite expérience personnelle

Comme tout le monde, j’imagine, il m’était déjà arrivé de travailler sur des barres au sol, en club le plus souvent, parfois seul, mais sans jamais me poser énormément de questions sur le sujet, me contentant d’aborder l’exercice comme un travail occasionnel basé sur mes maigres connaissances.

La lecture du livre des Klimke père et fille : Cavaletti – Dressage et Sauts, m’a décidé à mener une expérience un peu plus soutenue de l’outil.

Je me propose de partager un petit compte rendu de cette expérience qui n’a rien d’exceptionnelle mais que je vous encourage vivement à tenter si ce n’est déjà fait.

Fabriquer ses cavaletti

Le premier problème à résoudre a été celui des éléments qui permettraient de surélever les barres ; si l’écurie que je fréquente possède des barres, des chandeliers et quelques cubes, elle ne possède pas le matériel nécessaire à une très faible élévation des barres plus propice au travail de dressage. Ne souhaitant pas investir les sommes (qui me paraissent très exagérées) nécessaires à l’utilisation de 4 ou 5 barres surélevées mais ne voulant pas me contenter de barres au sol, j’ai trouvé un bon compromis en achetant une barre de 3 m de pin brut en 100×100 mm (15€) que j’ai découpé en 10 tronçons d’égale longueur (30 cm pour les nuls en calcul). J’ai ensuite légèrement creusé chacun des tronçons afin que les barres s’y stabilisent sans y être coincées. Un petit coup de lasure pour que le bois ne se gorge pas d’eau à la première pluie, et l’affaire était dans le sac. Je me suis donc retrouvé avec 10 petits supports qui permettent de surélever 5 barres de 7 à 8 cm. Ce n’est pas énorme mais ça fait la différence. Et en utilisant les bords de pistes (souvent un peu surélevé), on peut installer jusqu’à 10 barres. Si l’on place les barres sur une piste un peu creusée, on arrive facilement à 15 à 20 cm d’élévation, ce qui devient encore plus intéressant quand le cheval commence à prendre un peu d’expérience. Rien n’interdit aussi d’empiler ces petits supports pour en doubler la hauteur.

J’ai choisi un creux de faible profondeur pour que les touchettes soient très vite sanctionnées. Cela demande plus de travail quand on pratique seul car il faut accepter de descendre souvent de cheval si l’exercice ne se passe pas bien. En retour, j’ai cru remarquer que le cheval qui, après avoir emmené une barre, voit son cavalier descendre, remettre la barre et remonter en selle pour reprendre l’exercice, porte immédiatement plus d’attention à l’exercice. Est-ce le signe d’une meilleure compréhension de l’exercice ou le désarroi d’avoir cru la séance de travail terminée, je ne saurais le dire, mais la chose m’a suffisamment étonné pour que je la remarque… Mais peut-être le cavalier qui est descendu plusieurs fois de cheval devient-il aussi lui-même plus motivé et plus attentif !

Dernier détail avant de se mettre au travail : si vous n’avez pas les distances dans l’œil, si vous n’êtes pas sûr(e)s de vous, n’hésitez pas à prendre un mètre à ruban dans un premier temps. Très vite, vous vous en passerez probablement, mais au moins serez-vous assuré(e)s de commencer votre travail sur des distances justes et égales. Votre cheval appréciera… et vous aussi !

C’est parti !

Fort de mon « splendide » matériel, de ma petite expérience et de ma dernière lecture, je me suis donc lancé dans un travail programmé sur 15 jours. Bien entendu, il ne s’agissait pas de passer 1 h/jour à enjamber des cavaletti ! Je ne crois pas qu’un cheval apprécierait. L’idée était plutôt d’intégrer ce travail sur cavaletti dans ma séance quotidienne en lui accordant plus ou moins d’importance selon l’humeur du jour et les progrès ou difficultés rencontrées (environ 10 à 20 minutes par séance).

Mon cheval n’avait jamais fait ce travail (à ma connaissance) et ne saute pas, n’ayant pas manifesté un grand enthousiasme pour la discipline lors d’essais en longe. J’ai donc commencé par 1 barre isolée au sol sur le petit côté et 2 barres au sol pour un passage au pas (90 cm) sur le grand côté. Les distances que j’indique sont à adapter au cheval que l’on monte. Il est évident qu’on ne mettra pas le même écartement pour un poney que pour un grand Hanovrien. Pour ma part, je monte un PS de taille moyenne (env. 1.65 m).

Si vous avez un cheval un peu craintif, pas ou mal habitué aux barres, je vous recommande de passer une première fois les barres au sol avec le cheval en main, juste histoire de dédramatiser d’entrée de jeu ce nouveau « machin ». Ça prend 2 minutes et c’est le genre de petits détails qui peut compter. Dans l’idéal, il faudrait aussi commencer par une préparation du travail sur cavaletti à la longe, j’avoue à ma grande honte avoir sauté cette étape pour commencer par un travail monté au pas, rênes longues.

Avant de vous détailler mon programme, un petit rappel sur les aides qui sont l’appel de langue ou la touchette à l’épaule pour stimuler le cheval, si nécessaire, à l’approche des cavaletti. Bien entendu, tout ça doit se faire dans le calme ; comme pour des obstacles, il ne s’agit pas de précipiter l’abord mais de conserver une cadence régulière en montrant au cheval que son cavalier est bien à son poste.

Venons-en maintenant à ces 2 semaines de travail.

Jours 1 à 3

Le premier travail en selle, au pas, rênes longues, consiste à aborder une barre au sol isolée. Le cheval peut marquer une hésitation la première fois mais très vite la barre doit être franchie dans l’impulsion.

Le passage de 2 barres est le premier vrai test. Selon son tempérament, le cheval peut manifester un peu d’appréhension et avoir du mal à conserver la cadence. Rien de grave, un peu de patience suffira normalement.

En fin de notre première séance, mon bonhomme passait une barre isolée au trot (enlevé) et 2 barres au pas mais marquait dans les 2 cas une légère hésitation.

Très vite, j’augmente mon dispositif :

  • 3 barres au sol (90 cm) pour le pas sur le petit côté
  • 2 barres au sol (130 cm) pour le trot sur un grand côté
  • 1 barre isolée au milieu du doublé par la largeur.

Les 3 barres au pas sont acceptées d’emblée mais j’ai d’abord un refus devant les 2 barres au trot et une tentative de dérobade devant la barre isolée. Cependant, très vite, mon bonhomme accepte le jeu. Et si j’ai d’abord de petites touchettes au pas et au trot, l’application vient bien vite. Les postérieurs trainent un peu mais cela semble aller en s’améliorant. Je ne travaille d’abord qu’au trot enlevé (voire en suspension), pour gêner le moins possible mon cheval.

Comme le pli de l’exercice semble pris, je complique les choses :

  • 3 barres sur cavaletti (90 cm) pour le pas sur le petit côté
  • 3 barres sur cavaletti (130 cm) pour le trot sur un grand côté
  • 1 barre isolée sur cavaletti au milieu du doublé par la largeur.

Ça devient plus compliqué, au pas comme au trot. C’est qu’il faut maintenant vraiment lever les pieds, sinon la barre tombe. Il me faut descendre de cheval plus d’une fois pour remettre les choses en ordre. Mais finalement, mon bonhomme me fait quelques beaux passages au trot sur les 3 barres, dont le dernier dans une cadence bien respectée (d’où le choix d’en faire le dernier). Cela semble d’ailleurs plus facile au trot sur la piste que sur la barre isolée et qu’au pas où le bonhomme devient négligent. Mes supports ne sont pas très creux et les barres tombent facilement. C’est mieux pour repérer  chaque touchette un peu forte mais ça donne plus de travail.

Jours 4 et suivants

Puisque le travail au pas ne semble pas retenir l’attention de mon cheval, je raccourcis progressivement les distances (85 puis 80 cm) pour aborder les cavaletti dans un pas plus rassemblé, supposant qu’il me sera plus facile de conserver son attention.
Le résultat n’est pas convaincant. Le bonhomme ne semble décidément pas trouver beaucoup d’intérêt à ce travail au pas alors qu’il fait dans le même temps de gros progrès dans le travail au trot, sur la piste d’abord, puis, petit à petit, sur la diagonale.

Afin de varier les plaisirs, je me monte progressivement de petits dispositifs que j’aborde aux deux mains, par exemple :

  • 4 barres sur cavaletti (130 cm) sur le grand côté, à l’approche du coin
  • 3 barres au sol à 85 ou 80 cm sur le milieu du petit côté
  • 2 barres au sol (130 cm) sur la diagonale

L’intérêt de ces dispositifs est de permettre d’intégrer le travail sur cavaletti à sa séance (travail sur les transitions, insertions de figures entre les lignes de cavaletti…)
L’aisance du bonhomme au trot venant, je ne travaille plus qu’au trot assis, ce qui permet ainsi d’associer une composante « mise en selle » à ce travail. En revanche, mon espoir de rendre le travail au pas plus intéressant pour mon cheval en l’intégrant dans des enchainements est déçu.


Attention au temps qui passe et aux passages trop répétés, ces enchainement sont fatigants pour les chevaux parce qu’ils demandent une certaine attention en plus de l’effort musculaire. Pour l’avoir oublié un jour, j’ai vu une séance qui avait bien commencée finir en jeu de mikado.


Jours 7 et suivants

Je teste un travail au trot sur des lignes plus « impressionnantes » : 5 barres sur cavaletti sur la piste ou 4 sur la diagonale pour travailler la rectitude du tracé.

Toujours au trot, j’enlève parfois une barre au milieu de la combinaison pour vérifier la régularité des foulées.

Les progrès sont étonnants. Petit à petit, j’ai aussi repris un contact plus franc qui ne semble pas gêné mon cheval qui aborde de plus en plus régulièrement les lignes de cavaletti dans un trot souple et rebondi, bien cadencé… quand je ne fais pas de bêtises.

J’ai (lâchement) plus ou moins abandonné l’idée de travailler au pas.

Jours 10 et suivants

Je fais rentrer le cercle dans ma panoplie. Progressivement, je mets de 3 à 5 barres, d’abord au sol puis sur cavaletti, en réglant la distance au centre de la barre sur environ 130 cm et en suivant une courbe qui me permet de passer l’enchainement sur un cercle plus ou moins large, ce qui me permet d’alterner passages au trot de travail (au centre) et passages sur un trot un peu plus rassemblé (intérieur des barres) ou un peu plus étendu (extérieur des barres).

Les cavaletti sur un cercle demandent un effort supérieur au cheval (surtout pour le postérieur interne). Il ne faut donc pas en abuser et bien travailler aux deux mains. En arrivant avec une bonne impulsion sur l’intérieur du cercle, on ressent encore plus nettement le temps de suspension du trot. Ce travail demande de rester bien assis au fond de sa selle, bien lié à son cheval pour ne pas perturber son équilibre. Bonnes sensations garanties !

Là encore, on peut tout à fait alterner barres au sol et barres sur cavaletti ou supprimer une barre dans la combinaison. La diversité des exercices rendra toujours le travail plus attrayant.

Pour conclure

J’ai pris beaucoup de plaisir à ce travail, même si, arrivé à la fin de la séquence que je m’étais fixée, j’en avais un peu assez de porter des barres en début et en fin de séance.

J’ai noté une amélioration sensible du trot de mon bonhomme qui, à la sortie de cette quinzaine, m’a paru plus délié, plus rebondi, avec plus de célérité dans le mouvement. De plus, ce travail m’a semblé efficace pour aider un cheval que sa conformation ne favorise pas à détendre et laisser descendre son encolure dans le trot.

L’idéal serait d’avoir une aide afin de faire évoluer les dispositifs durant la séance mais si l’on a la chance d’avoir accès à une carrière vide avec un peu de matériel, on peut parfaitement monter son dispositif avant la séance. Pour ma part, j’ai profité de la période creuse, en plein été, en choisissant bien mes heures pour pouvoir m’installer sans déranger personne.
Si vous avez accès assez régulièrement à une carrière libre, le mieux est probablement d’étaler un tel programme à raison de 3 ou 4 séances par semaine et de compléter le travail au pas et au trot par un travail au galop, particulièrement si votre discipline est le Saut d’Obstacles.

Si vous êtes intéressé par un tel travail, je vous recommande sincèrement le bouquin d’Ingrid et Reiner Klimke qui donne beaucoup d’explications techniques (bien mieux que moi) et propose tout un tas d’exercices illustrés dont une grande partie plus spécifiquement consacré au travail sur cavaletti pour le Saut d’Obstacles.

Olivier