simulateur équestreJe me suis présentée devant Isa DANNE et le simulateur équestre mis au point par Péteris Klavins sans à priori, ni conviction, il y a quelques années de cela. J’accompagnais une amie, j’en ai profité pour tester la chose …

La donne était claire ! Le simulateur reproduit une cadence et un mouvement apparentés à celui qu’inflige un cheval à son cavalier au pas, au trot, au galop. Ce qui le distingue de Persival est qu’en plus d’un mouvement longitudinal, il peut être légèrement désaxé par la position prise par le cavalier ou par les pressions exercées par l’enseignant sur la machine pour reproduire des mouvements légèrement latéralisés. Le but est de confronter le cavalier à sa posture, son fonctionnement, lorsqu’il « subit » les différentes cadences de déplacements d’un cheval, de lui faire prendre conscience de sa gestion de l’équilibre (et donc également de ses stratégies posturales et fonctionnelles face aux déséquilibres), d’identifier les faiblesses des différents fonctionnements, les dysmétries posturales et de proposer au cavalier la mise en œuvre de postures et fonctionnement optimisés.

Il n’est pas question d’apprendre à monter à cheval, il est question d’isoler les défectuosités fonctionnelles et posturales du cavalier, celles qui lui sont propres, qui vont interférer sur celle du cheval et compromettre la qualité des aides sans que le cavalier n’en ait forcément conscience et sur lesquelles il pourra travailler alors individuellement, avec une concentration absolue sur lui-même. En gommant, par l’entrainement sur simulateur, quelques dysfonctionnements propres à la biomécanique du cavalier, on peut ensuite se concentrer sur l’équitation et le cheval une fois remis en selle sur Ponpon !

Ce qui est acquis sur simulateur nécessite obligatoirement une transposition à cheval, même si les effets d’amélioration peuvent être immédiatement ressentis. Ce fut mon cas lorsqu’à peine rentrée à la maison, j’ai tout de suite été tester la chose sur mon propre PonPon (qui est une Ponponette en fait !). Cependant, la compréhension de l’approche du balancier global sur le simulateur ne décharge en rien le cavalier d’un travail suivi avec sa monture, comme pour tout autre enseignement reçu.

Tout comme il est utile de savoir dissocier intelligemment ses aides, on dissocie ici les éléments composant l’équitation en isolant le facteur cavalier (à ne pas confondre avec le facteur Cheval !), en analysant précisément les options posturales et fonctionnelles auquel il a recours et en optimisant le tout.
En général, cela ne semble pas poser de problème au cavalier de considérer isolément Ponpon pour travailler à son amélioration (longe et travail à pied). Le simulateur propose lui de travailler isolément le cavalier également en vue de son amélioration individuelle.

De ce que j’ai compris et de ce que j’en retiens, schématiquement et afin de rester compréhensible :

La nature est bien faite. L’homme est constitué de plein d’os et d’articulations aux usages spécifiques. Une partie de cette structure est spécialisée dans la locomotion, la gestuelle, une autre dans la bonne tenue de l’édifice qui permet à l’homme de se tenir debout. La colonne vertébrale n’a pas vocation à la marche contrairement aux articulations coxofémorales (entre autres). De fait, lorsque nous employons nos lombaires, dorsales et cervicales pour nous maintenir en selle, par des ondulations constantes plus ou moins amples, nous détournons la fonction première de nos vertèbres et cet usage est néfaste.
En plus cette façon de se maintenir est une stratégie d’évitement du mouvement pour limiter douleurs, inconforts, secousses, déséquilibres provoqués par les déplacements du cheval. On peut donc considérer que ce genre de fonctionnement « antalgique » n’est pas de nature à s’approprier et rediriger efficacement l’énergie produite par le cheval mais plutôt à en limiter les désagréments.

En situation d’équitation, spontanément, cavalier et cheval ne vont pas adopter des postures privilégiant leur intégrité physique car elles sont consommatrices d’énergie et appellent un effort d’adaptation important. Tous optent pour la « facilité » et l’immédiateté : les chevaux figent ou creusent leur dos en chargeant leur avant main pour se soulager de leur cavalier, les cavaliers basculent leur bassin, cirent leur selle et ondulent avec leur dos pour se soulager des secousses ! Tout comme nous nous courbons pour relever une charge plutôt que de plier nos genoux et tenir notre dos droit comme nous le recommande pourtant le kinésithérapeute !
Nous travaillons nos chevaux pour développer un portage efficace, nous devrions travailler tout autant au bon usage de notre propre dos.
La posture de l’homme debout doit donc être transposée lorsqu’il devient cavalier et ceci afin qu’il retrouve l’alignement naturel « appuis au sol, hanches, épaules, tête » qui lui donne la maitrise de son propre équilibre. Ceci est déjà un gros travail postural à engager dès le commencement. Cette posture, comme ce nécessaire travail, figurent, au fil des siècles, dans la majorité des ouvrages équestres de références, ce n’est pas un hasard.

De cette posture, et toujours pour rendre à nos articulations l’usage pour lequel elles sont faites, il convient alors de privilégier au maximum l’articulation coxofémorale, non pas pour amortir les mouvements infligés par le cheval mais pour les suivre. Accorder notre « système locomoteur naturel » au sien, en quelque sorte. Ici aussi, pour nombre de cavaliers, il s’agit d’un travail important de transposition à conduire. Tout comme nous le faisons pour amener le cheval à adopter une posture et des déplacements qu’il connait dans une situation qui lui est étrangère.

Le travail conduit par Péteris Klavins a bien été d’étudier toutes les « stratégies » posturales et fonctionnelles utilisées par les cavaliers, d’identifier celles qui sont préjudiciables physiquement et celles à privilégier pour être cohérent avec notre nature et nos objectifs de maitrise équestre, puis de développer un moyen pour le cavalier de travailler précisément sur cette problématique en proposant un outil et un protocole.

Étrangement, si l’on observe les plus grands cavaliers à travers l’histoire et parmi nos contemporains, on constate, pour l’immense majorité, qu’ils sont assis droit, gainent leur dos et fonctionnent avec leurs articulations coxofémorales.
Ce fonctionnement, PK lui attribue le nom de balancier global, afin de le différencier du fonctionnement dorso-lombaire, lombaire, etc…Peut-être parce que visuellement le corps du cavalier apparait rigidifié dans sa tige vertébral et oscillante comme la flèche d’une balance au rythme de la cadence du cheval… Supposition personnelle !

Sur le simulateur, on a tout le temps de se régler, d’initier un référentiel postural et fonctionnel en termes de sensation personnel, et de s’y entrainer mécaniquement. Il est à ce stade assez aisé de mettre en lumière certaines difficultés équestres que l’on rencontre sans comprendre pourquoi et donc sans savoir comment les résoudre. Tous les enseignants, si bons soient-ils, n’ont pas toujours conscience de ces subtilités biomécaniques, dont les dysfonctionnements parfois infimes ne sautent pas aux yeux et qui sont de gros grains de sables dans l’évolution technique d’un couple cavalier/cheval, voire de vraies impasses.

Bref, le simulateur est une aide précieuse dans la préparation du cavalier, il n’est ni un truc magique, ni un substitut au travail, ni un cheval, ni un transfuseur de tact ou de culture équestre. Il est un outil d’entrainement technique qui, pour une fois, met le cavalier face à lui-même, disculpant et préservant le cheval !

Et à titre personnel, Isa Danne fait partie des plus belles et enrichissantes rencontres équestres et humaines de ma vie de modeste cavalière.

Maryan