aïkitationIl est parfois fait allusion à l’Aïkido dans les discussions équestres, on l’évoque la plupart du temps en pensant à la non violence,  au fait de ne pas lutter contre les résistances du cheval… et il est tout à fait vrai que ce sont là des principes d’aïkido. Je crois également que l’on perçoit une certaine analogie dans l’exigence, la posture morale et physique nécessaires.

Ayant pratiqué les deux disciplines conjointement, elles étaient pour moi deux facettes d’un même état d’esprit, qui se complétaient, se répondaient, nourrissant une recherche sur moi-même et sur la relation entre deux partenaires.

Pour l’une des deux disciplines, un partenaire animal, dans sa vérité, pur, toujours juste dans ses réactions.

Pour l’autre, un partenaire humain-animal-dénaturé pourvu d’un cerveau omniprésent et d’un corps bien malhabile, qui ne trouvera un semblant de justesse qu’après de longues années d’exercices.

Le grand point commun de ces deux sports-arts, c’est bien la relation, la qualité de cette relation, ce qu’on en fait, comment on la fait vivre, comment elle peut améliorer, épanouir, construire, procurer du bonheur.

Comme en équitation, il faut tomber sur le bon professeur, j’ai eu la chance de découvrir l’aïkido avec un enseignant qui était du bon côté de la force, du côté « lumineux » .

Sans être trop long, je dois tout de même essayer de décrire ce qu’est théoriquement et concrètement l’aïkido dans un club en France.

De quoi s’agit-il ?

AÏ : union, unification, harmonie KI : énergie vitale

DO : voie, perspective, recherche

AÏKIDO : ” recherche pour l’unification des énergies vitales “.

Extraits d’une page de présentation de la fédération :

« Dépassant l’aspect sportif, cette discipline est essentiellement basée sur une philosophie de non-violence. Sa pratique régulière vise à mieux communiquer en favorisant le développement harmonieux de chacun. Son objectif n’est pas la destruction de l’adversaire, ni même la dissuasion par la crainte, mais au contraire, un échange d’énergie propre à désamorcer l’agression et à évacuer la situation de conflit.

 Dans cette perspective, c’est à la valorisation mutuelle qu’il convient de s’employer et non à l’affirmation de soi au détriment de l’autre, et c’est la raison pour laquelle la compétition, qui glorifie le vainqueur, n’a pas sa place dans notre discipline.

L’aïkidoka qui utilise prioritairement l’esquive, guide l’attaque de son partenaire en le contrôlant au maximum jusqu’au point de déséquilibre. À ce moment-là, l’aïkidoka a le choix entre la projection et l’immobilisation en fonction de l’efficacité recherchée.

L’Aïkido est un engagement sur la voie de l’harmonisation qui suppose la recherche permanente de l’attitude juste au juste moment, la pureté du geste et de la pensée pour atteindre un idéal de perfection qui allie nature et culture, corps et esprit. »

Je suis sûr que vous avez repéré dans ces quelques lignes de jolies phrases qui colleraient parfaitement à l’équitation telle qu’on l’aime.

Je ne pratique plus l’aïkido, mais cela m’a passionné une bonne quinzaine d’années , cette discipline est si riche, pleine de tiroirs, de choses à explorer par le corps et l’esprit.

C’est déjà mettre un pied dans la culture japonaise bien éloignée de la nôtre, si surprenante,  fascinante, parfois adaptable, parfois incompréhensible.

On entre dans un dojo, première accroche : l’esthétique des mouvements, leur apparente complexité, la subtilité que l’on devine dès le début.

Premiers temps de pratique : c’est ludique, on transpire, on bouge, on apprend et on voudrait apprendre vite, on s’amuse (très variable selon les clubs) –  ça, c’est une des dérives  occidentales, pour un japonais le dojo est un temple, pas une salle de jeu…

Je suis partisan du plaisir, de l’amusement lors des apprentissages, et mon  enseignant l’était aussi.

L’enseignant montre un mouvement, puis on tente de reproduire, on fait le mouvement quatre fois, autant à droite qu’à gauche, puis on inverse les rôles (on est l’attaquant ou bien celui qui subit l’attaque).

Autant d’enseignants autant d’aïkidos, chacun y met sa personnalité, son point de vue. Ainsi, selon les écoles, l’aïkido peut paraître aérien ou figé, violent ou doux, efficace ou risible.

Si les principes de base sont respectés, tout est permis et ouvert à la recherche.

Les attaques sont très variées, des saisies ou des frappes. Les techniques qui répondent à ces attaques se terminent  par des projections ou par des immobilisations.

Attaques variées mais codifiées pour servir de support aux techniques de bases.  Attaques et techniques ne sont que des outils faits pour structurer le pratiquant qui pourra, à maturité, improviser à volonté selon les situations.

Les techniques de base sont à considérer comme des gammes, comme l’expression de principes, comme une gymnastique fondatrice.

Après quelques temps, les bases sont assimilées. On commence à ressentir l’efficacité  d’une technique bien exécutée, mais c’est si rare… plus on avance, plus on réalise le boulot qui reste à faire, et on se dit : bah… c’est le chemin qui compte…

Eh oui, il faudrait oublier les bras, n’être plus qu’un ventre (le centre) autour duquel l’attaquant sera mis en orbite.

Je ne veux pas développer plus ce qu’est l’aïkido, mais maintenant relever ce qui nous intéresse ; c’est-à-dire les points qui peuvent s’inscrire ou s’entendre dans les deux disciplines :

  • Deux activités qui se font à deux , (on peut penser aussi à la danse mais je ne suis pas danseur…) qui nécessitent d’être à l’écoute du partenaire, à l’écoute de ses réactions.
  • Le débutant malgré sa bonne volonté n’est pas encore à l’écoute de son partenaire, il a trop de choses à gérer pour lui-même.
  • C’est la variété des partenaires qui fait progresser. Passer d’un homme rigide de 80 kilos à une frêle jeune fille, c’est varier les sensations (en aïkido) et cela oblige  à une adaptation à des ajustements enrichissants. (changer de cheval en équitation).
  • Le partenaire est un miroir, miroir de nos crispations-contractions, de notre stress ou… de notre bien-être. Un partenaire avec lequel on doit s’harmoniser pour créer un mouvement juste, et esthétique.
  • « Calme en avant et droit »  dit-on  dans les manèges. Calme aussi dans les dojo. Le calme intérieur, le relâchement des épaules, le contrôle de la respiration, l’absence de fébrilité sont garants d’une pratique harmonieuse, juste et bénéfique.
  • Issue du calme : La confiance, indispensable, car à l’inverse, l’appréhension que peut provoquer un partenaire un peu trop martial, la crainte d’une douleur potentielle provoque une retenue, des crispations qui compromettent l’épanouissement des mouvements. Michel Robert cavalier international faisant récemment partie du top ten de CSO,  professe la gestion de ce calme intérieur.
  • Avoir soin de son partenaire fait partie intégrante de l’aïkido, son intégrité doit être respectée. Ce n’est pas sa destruction qui est recherchée, mais simplement le retour au calme.
  • En avant : il serait là artificiel de faire un parallèle, bien que le principe omote (en avant, entrer dans l’attaque) fasse partie de l’aïkido.
  • Droit : verticalité. Toujours se tenir à la verticale de ses appuis au sol, les hanches toujours dans la direction des actions. C’est la rectitude pour le cheval.Plus on est centré et stable et plus le partenaire est mobile.

Et puis et surtout, ce qui est propre à ces deux discipline : une forme de légèreté.

  • Le timing qui décuple l’efficacité du geste implique un contrôle de sa gestuelle en harmonie avec celle du partenaire…
  • S’interdire l’usage de la force pour compenser les manques techniques. L’emploi des seules forces utiles est garant d’un partenaire libre de bouger, de réagir sans crispation ni résistances, la technique peut alors trouver son sens dans le mouvement libéré.
  • La force est source d’erreurs, les techniques d’aikido doivent seulement être appliquées de manière juste : placement, axe, timing. L’âge qui affaiblit le pratiquant lui fait découvrir les vertus des actions centrées et dosées. Il est évident qu’un pratiquant fort physiquement appliquant les techniques d’aikido sur un pratiquant faible ne rencontrera aucune difficulté, les conditions sont cependant mauvaises pour lui permettre de progresser, de sentir les subtilités du placement juste et de la direction des forces à appliquer.
  • L’esthétique des mouvements est un plus très gratifiant, tout ce qui est heurté, qui dégage un sentiment de pénibilité éloigne de l’harmonie.
  • Recherche de la pureté du geste, de la perfection, dont on se rapproche en élaguant le superflu.
  • Lenteur dans l’apprentissage des mouvements pour ne pas provoquer de stress, la difficulté due à la vitesse engendrant les contractions, les résistances. Intégrer les mouvements par la répétition mais lentement.

Quelques images pour conclure :

A. Tendron, illustration des seules forces utiles, tout est dans la solidité des hanches, dans le hara (le ventre), les bras et les mains sont accessoires, un pratiquant de ce niveau pèse des tonnes, indéboulonnable, face à lui on vole ou on se fracasse :

https://www.youtube.com/watch?v=cpRAe5CaSS4

Celle-ci qui laisse entrevoir les principes passionnants d’équilibre, de centrage, principes qui, quand ils sont maitrisés, rendent solide, stable, font voler l’attaquant, et sans simulation :

https://www.youtube.com/watch?v=LDpq1QxxaI4

Pour illustrer les énormes différences de styles selon les écoles, un premier maître, Endo, style très fluide :

https://www.youtube.com/watch?v=ylrcUJc7MIA

et Nishio sensei, plus martial mais très élégant :

https://www.youtube.com/watch?v=IY6ihEtD72Q

Et si j’ai éveillé votre intérêt, les sites bien connus de vidéo en ligne vous permettrons d’en voir bien plus encore…

 Jean-Denis Casanave