La position à cheval est l’un des sujets qui revient le plus souvent dans les manuels d’équitation, les cours en club et les discussions entre cavaliers. Et pour cause : elle conditionne tout le reste. Une bonne position, stable et équilibrée, permet au cavalier de communiquer clairement avec son cheval, de progresser dans les disciplines de son choix et de monter en sécurité, que ce soit au pas, au trot ou au galop. À l’inverse, une posture approximative entraîne des déséquilibres, une mauvaise efficacité des aides et, à terme, de la fatigue ou des douleurs pour le cheval comme pour le cavalier.
Sur un blog d’équitation destiné aux cavaliers amateurs, l’objectif n’est pas de viser la perfection de concours complet dès demain, mais de proposer des repères concrets, réalistes et applicables dès la prochaine séance. Savoir comment placer son bassin, son dos, ses jambes, comment garder son équilibre dans les transitions vers le galop, ou encore comment corriger une épaule qui tombe en avant : autant de points clés que l’on peut travailler, quelle que soit sa discipline (obstacle, dressage, balade, loisir).
La notion de « position à cheval » est parfois présentée de manière un peu théorique, presque comme une liste de « commandements » rigides. Or, dans la pratique, chaque cavalier a un corps différent, une mobilité particulière, un historique (chutes, appréhensions, habitudes) et chaque cheval possède sa morphologie, son amplitude de mouvement, sa sensibilité. L’enjeu n’est donc pas d’entrer dans un moule figé, mais de comprendre les grands principes biomécaniques pour, ensuite, adapter sa position à son propre couple cheval–cavalier.
Dans les sections qui suivent, nous allons détailler ce qu’est une bonne position, comment fonctionne l’assiette, comment placer les différentes parties du corps, puis comment adapter cette posture aux différentes allures. Enfin, nous verrons des exercices précis pour améliorer sa position au fil des séances, sans se décourager, et les bénéfices concrets pour le confort et la performance de votre cheval. Vous aurez ainsi des repères clairs, comme autant de petites miettes de cookies techniques à suivre vers une équitation plus fine, plus stable et plus agréable.
Qu’est-ce qu’une bonne position à cheval ? Les grands principes
Avant de parler de détail, il est essentiel de comprendre la logique globale d’une bonne position à cheval. Elle n’est ni figée, ni crispée : au contraire, elle est vivante, mobile, capable d’absorber le mouvement du cheval tout en restant équilibrée. Visualisez votre corps comme une tour souple posée sur le dos du cheval, capable de suivre chacun de ses déplacements sans se tasser ni se pencher excessivement dans un sens ou dans l’autre.
On décrit souvent la bonne position par l’alignement « oreille – épaule – hanche – talon ». Si l’on regarde le cavalier de profil, une ligne verticale imaginaire doit passer par ces quatre points. Cet alignement n’est pas qu’un critère esthétique : il permet au poids du cavalier de se répartir correctement vers le bas, dans la selle et dans les talons, sans tirer le cheval vers l’avant, l’arrière ou un côté. Cet équilibre vertical est particulièrement important dans les transitions, par exemple lors du passage du trot vers le galop ou du galop vers le pas.
Pour le haut du corps, le buste doit être vertical ou très légèrement en avant, jamais affaissé. Le dos est tonique mais pas raide, les épaules ouvertes, sans se cambrer exagérément. Une image utile consiste à imaginer un fil qui tire le sommet du crâne vers le ciel : la colonne se grandit, le cavalier est assis « vers le haut », et non enfoncé vers le bas.
La notion d’assiette est au cœur de la position à cheval. L’assiette désigne la façon dont le bassin et le bas du dos se posent et se meuvent dans la selle. Une bonne assiette n’est ni collée ni flottante : elle permet au cavalier de suivre les mouvements du dos du cheval dans les trois dimensions (vertical, avant-arrière, latéral) sans bloquer. On dit parfois que le cavalier doit se comporter comme une « passoire » : laisser passer le mouvement dans son corps sans résistance superflue.
Les jambes, elles, entourent le cheval sans le serrer. Elles sont en contact léger et constant, du haut de la cuisse jusqu’au bas du mollet. Les genoux et les talons descendent vers le sol, mais le cavalier évite de pousser la jambe vers l’avant comme un fauteuil, ou de la ramener trop en arrière. La jambe stable est un pilier de l’équilibre et une condition pour des aides claires.
Enfin, la main doit être le prolongement direct du coude, lui-même relié aux épaules. Les rênes forment une ligne fluide de la bouche du cheval jusqu’aux coudes du cavalier. Des mains fixes ne signifient pas des mains rigides : elles sont stables dans l’espace, mais souples dans les doigts et les poignets, pour accompagner le mouvement de l’encolure, surtout au trot et au galop.
Une bonne position n’est pas parfaite en permanence. Même les cavaliers expérimentés ajustent constamment leur posture dans les virages, les transitions, les barres. L’essentiel est d’avoir des repères pour sentir quand on s’éloigne de cet équilibre, et savoir vers quoi revenir.
L’assiette du cavalier : base de la stabilité et de l’équilibre
Dans le vocabulaire équestre, l’« assiette » est parfois perçue comme quelque chose de mystérieux, presque ésotérique. En réalité, c’est un concept très concret, qui repose sur la mobilité contrôlée du bassin et de la colonne lombaire. Sans une assiette fonctionnelle, la position à cheval reste fragile, quel que soit l’effort fourni sur le reste du corps.
Le bassin du cavalier repose sur trois points dans la selle : deux ischions (les os pointus des fesses) et le périnée. Dans une bonne position, le poids se répartit principalement sur les deux ischions, avec une légère bascule vers l’avant pour accompagner la locomotion du cheval. Le cavalier doit éviter deux excès :
- Être trop sur l’arrière des fesses, ce qui creuse le dos, verrouille les lombaires et pèse sur le rein du cheval.
- Être trop sur le périnée, ce qui arrondit exagérément le bas du dos, écrase le cheval et fige le bassin.
Pour trouver le juste milieu, un bon exercice consiste, au pas, à basculer très légèrement le bassin vers l’avant puis vers l’arrière, comme si l’on faisait rouler les ischions dans la selle, pour ensuite revenir à une position neutre. Cette position neutre est celle où l’on peut suivre le mouvement du cheval sans effort excessif, où les abdominaux sont engagés mais pas contractés à fond, et où le bas du dos reste mobile.
L’assiette joue un rôle majeur dans les transitions, par exemple du trot vers le galop. Quand le cavalier part au galop, il accompagne la demande avec son bassin qui se projette légèrement vers l’avant et vers le bas, suivant le premier temps de galop, tandis que les jambes soutiennent la demande et que la main garde un contact stable. Dans le retour du galop vers le trot, la respiration s’allonge, le bassin cesse d’accompagner le rebond caractéristique du galop, comme s’il allait s’asseoir un peu plus : le cheval reçoit alors un message de ralentissement, renforcé par les jambes qui se redéploient pour contenir, et non par un tirage de main.
Une bonne assiette permet aussi de rester en selle sans s’agripper avec les genoux ou les rênes. Le cavalier est alors « dedans » le mouvement, et non « au-dessus » ou « contre » lui. Cela se ressent tout particulièrement dans les allures rassemblées ou latérales, où l’on demande au cheval plus d’engagement et de flexion : sans assiette, les aides deviennent floues et le cheval risque de se défendre.
Pour développer son assiette, plusieurs types d’exercices sont efficaces :
- Travailler sans étriers au pas et au trot, sur des séances courtes mais régulières, pour sentir comment le bassin accompagne le dos du cheval sans l’aide des jambes.
- Varier fréquemment les allures et les transitions dans l’allure (trot moyen, trot de travail, trot rassemblé), pour affiner la perception du mouvement à travers le bassin.
- Pratiquer des exercices hors du cheval : gainage, stretching des hanches, travail de mobilité du bas du dos (yoga, Pilates), pour que le corps du cavalier soit disponible, sans raideur.
L’assiette, c’est finalement le point de rencontre entre la biomécanique du cheval et celle du cavalier. Plus cette interface est souple, tonique et précise, plus la communication devient fine, et plus les aides de jambes et de mains peuvent rester discrètes.
Position des jambes, des mains et du dos : repères et ajustements
Une fois l’assiette posée, la position des autres parties du corps vient compléter le tableau. Ce sont elles qui permettent de transformer un bon équilibre général en aides efficaces et claires pour le cheval. Jambes, mains et dos sont des éléments interdépendants : dès que l’un se dérègle, les autres compensent, et l’ensemble de la position se dégrade.
Les jambes sont la base de la stabilité latérale du cavalier. Elles enveloppent le cheval sans serrer, comme un contact constant, léger mais présent, depuis le haut de la cuisse jusqu’au mollet. Les genoux sont en contact souple, sans « pincer » la selle. Lorsque le cavalier pince avec les genoux, il remonte inconsciemment les talons, perd son ancrage vers le bas et risque de se retrouver projeté vers l’avant au moindre sursaut du cheval.
Le repère classique pour la position des jambes est de vérifier, à l’arrêt, que la ligne oreille–épaule–hanche–talon reste verticale. Si le talon part loin en avant, la position devient « chaise » : le cavalier s’assoit trop vers l’arrière et perd son équilibre vers l’avant. Si la jambe part trop vers l’arrière, le bassin risque de basculer vers l’avant, le dos de se creuser, et la main de compenser en se raccourcissant.
La flexion de la cheville est un point clé. Les talons doivent être légèrement plus bas que la pointe de pied, sans forcer exagérément. Descendre les talons vers le sol permet d’absorber les chocs et de stabiliser toute la jambe, mais cette descente doit venir d’une cheville élastique, pas d’une pression rigide vers le bas. Un bon test : si l’on enlève brusquement l’étrier, la jambe doit rester à sa place, sans remonter.
Les mains, de leur côté, sont les relais du contact avec la bouche du cheval. Elles doivent rester à peu près à la hauteur du garrot, légèrement au-dessus, espacées d’un poing l’une de l’autre, avec les pouces au-dessus. Les poignets sont dans le prolongement des avant-bras, sans casse vers le haut ou vers le bas. Les coudes restent proches du buste, permettant un contact stable et élastique. Plus les mains se déplacent vers le haut, vers le bas ou vers les côtés, plus le message envoyé dans la bouche du cheval devient confus, voire inconfortable.
Le dos joue un rôle de lien central dans la position du cavalier. Un dos arrondi ou affaissé déstabilise tout l’axe du corps, tandis qu’un dos trop creusé verrouille le bassin et empêche l’assiette de fonctionner correctement. L’idée n’est pas d’« accrocher » le dos en cambrant, mais de le tonifier en l’allongeant : se grandir dans la selle, respirer profondément, garder les épaules larges et basses, comme si elles s’éloignaient des oreilles.
Quelques repères pratiques pour corriger sa position pendant la séance :
- Au pas, relâcher les rênes, poser une main sur le bas du dos pour sentir s’il est trop creusé ou trop rond, puis ajuster le bassin pour trouver un neutre confortable.
- Au trot enlevé, vérifier régulièrement si la jambe reste à la même place entre la montée et la descente en selle. Si elle recule ou avance, il faudra travailler sur la stabilité du bassin et la flexion de la cheville.
- Au galop, penser à sentir le mouvement dans le bas du dos, plutôt que dans les épaules. Si le buste « pompe » en avant-arrière, c’est souvent le signe d’un bassin qui n’accompagne pas assez.
Avec le temps, ces ajustements deviennent des réflexes. Le cavalier n’a plus besoin de se répéter mentalement chaque détail de sa position ; il sent directement quand quelque chose se dérègle, et il sait spontanément vers quels repères revenir.
Position en équilibre, trot enlevé et galop : adapter sa posture au mouvement
La position à cheval n’est pas unique pour toutes les situations. Monter en équilibre sur les étriers en terrain varié, pratiquer le trot enlevé sur la piste ou s’asseoir dans un galop rassemblé exigent des ajustements fins. Les grands principes restent les mêmes (alignement, assiette fonctionnelle, jambes stables, mains fixes et souples), mais leur mise en œuvre varie avec l’allure et l’exercice.
La position en équilibre, souvent appelée « position jockey » ou « en suspension », consiste à se redresser légèrement au-dessus de la selle, en appui sur les étriers, tout en gardant le bassin près du cheval. Elle est utilisée en extérieur, sur le cross, à l’obstacle ou simplement pour soulager le dos du cheval dans les longues galopades. Pour la réussir, le cavalier doit :
- Avancer légèrement son buste, mais en gardant le dos droit et tonique.
- Plier davantage les genoux et les hanches, pour abaisser le centre de gravité.
- Garder les talons bien engagés vers le bas, pour amortir les mouvements.
- Conserver un contact léger avec la selle, sans se percher trop haut.
Une erreur fréquente consiste à se mettre trop en avant, presque sur l’encolure, avec les jambes qui reculent exagérément. Le cavalier perd alors son axe vertical et risque de « passer par-dessus » au moindre déséquilibre du cheval. L’objectif est de rester aligné, simplement basculé vers l’avant autour de la hanche, comme si tout le corps pivotait sans se casser.
Le trot enlevé est une autre adaptation de la position. Le cavalier se soulève un temps de trot sur deux : un temps assis, un temps debout. Ce mouvement doit partir du bassin et des cuisses, pas des épaules. Le cavalier se « lève » en poussant légèrement sur ses étriers, mais surtout en laissant son bassin être porté par le mouvement du cheval vers l’avant et vers le haut. Le dos reste droit, les épaules au-dessus des hanches, sans partir vers l’avant comme si l’on bondissait hors de la selle.
Dans le trot enlevé, beaucoup de cavaliers débutants ont tendance à avancer leur jambe quand ils se lèvent, et à la reculer en se rasseyant. Pour éviter cela, il est utile de se concentrer sur la descente des talons vers le sol à chaque phase, comme un ancrage vers le bas. L’exercice sans étriers au pas, en simulant le mouvement du trot enlevé, peut aider à comprendre que le bassin se déplace avant-arrière plus que haut-bas.
Au galop, la position demande une souplesse particulière du bas du dos et du bassin. Le galop est une allure sautée, avec un temps de suspension. Le mouvement, vu de profil, dessine une sorte de cercle ou de vague que le bassin du cavalier doit accompagner. En pratique, cela signifie que le cavalier laisse son bassin suivre ce cercle, en avançant et en remontant légèrement à chaque foulée, sans pomper avec les épaules ou s’agripper avec les mains.
Dans un galop plus rassemblé, ou pour des exercices de dressage, le cavalier s’assoit plus profondément, tout en gardant le buste vertical. L’assiette devient alors une aide très importante pour demander davantage d’engagement des postérieurs, des transitions dans le galop (rallongé, moyen, rassemblé) ou des changements de pied. Dans un galop plus en avant, en extérieur par exemple, la position pourra s’alléger un peu, se rapprochant de la suspension pour soulager le dos.
Dans tous les cas, la clé est la capacité du cavalier à se mettre « dans » l’allure : sentir le rythme, accepter le mouvement, et ne pas chercher à le bloquer. Plus le cavalier se détend dans sa position, tout en restant tonique, plus le cheval peut se détendre à son tour. La position devient alors un langage silencieux vers le cheval, un ensemble de signaux cohérents qui guident l’allure, la direction et l’impulsion.
Défauts courants, exercices et méthodes pour améliorer sa position
Aucun cavalier n’a une position parfaite en permanence. Même les professionnels travaillent régulièrement sur leurs défauts de posture, car ceux-ci reviennent dès que la fatigue, le stress ou un cheval un peu plus compliqué entrent en jeu. L’important, pour un cavalier amateur, est d’identifier ses principaux défauts, de comprendre pourquoi ils apparaissent, et de mettre en place des exercices concrets pour les corriger.
Parmi les défauts les plus fréquents, on retrouve :
- Les épaules en avant, le buste « effondré ». Souvent lié à la peur de tomber vers l’arrière ou au réflexe d’« aller vers » le cheval. Ce défaut perturbe l’alignement et charge l’avant-main du cheval.
- Les talons qui remontent, avec un pincement des genoux. Le cavalier cherche sa stabilité en pinçant, mais perd l’ancrage vers le bas. Ce défaut est courant au trot assis ou lors des sauts.
- Les mains qui montent ou qui « tirent vers soi ». Le contact devient dur, voire saccadé, et le cheval risque de se défendre (tête en l’air, bouche dure) ou de s’enfermer.
- Le bassin trop en arrière ou trop en avant, accompagné d’un dos très creusé ou très rond. L’assiette ne peut alors ni suivre ni influencer le mouvement.
Pour corriger ces défauts, plusieurs stratégies peuvent être mises en place. La première est le travail à pied et la préparation physique. Un cavalier avec des ischios-jambiers très raides, un dos peu mobile ou peu de tonicité abdominale aura du mal à garder une bonne position, même avec toute la bonne volonté du monde. Des séances régulières de gainage, d’étirements et de travail de mobilité (yoga, Pilates, renforcement doux) sont un investissement précieux pour la position à cheval. Cela permet de monter avec un corps disponible, plutôt que de lutter contre ses propres raideurs.
Sur le cheval, travailler sans étriers reste l’un des meilleurs moyens d’améliorer sa position. Mais pour que ce travail soit bénéfique, il doit être adapté : il est inutile (voire contre-productif) de trotter assis sans étriers pendant 30 minutes si le cavalier se crispe et se fait mal au dos. Mieux vaut des séquences courtes, bien encadrées, au pas puis au trot, en se concentrant sur la respiration, la descente des cuisses et la mobilité du bassin. L’objectif est de sentir comment on peut rester stable sans se raccrocher ni avec les mains, ni avec les genoux.
Les exercices sur le longe sont également très efficaces. Monter un cheval calme, tenu en longe par un enseignant, permet de se concentrer sur sa position sans se soucier de la direction ou du contrôle des allures. On peut par exemple :
- Fermer les yeux au pas et au trot pour affiner la perception du mouvement.
- Écarter les bras, les lever, les abaisser, tourner le buste, pour tester l’équilibre du tronc.
- Réaliser de petits exercices de proprioception (toucher l’oreille du cheval, son épaule, sa croupe) pour vérifier la stabilité des jambes.
Le travail fractionné est une autre approche utile. Plutôt que d’essayer d’avoir une position parfaite pendant toute la séance, on peut se fixer des « fenêtres » de concentration : par exemple, deux longueurs de manège au trot en se focalisant sur les talons, puis deux longueurs en se focalisant sur les épaules, etc. Cela évite de surcharger le cerveau, un peu comme on éviterait de manger une boîte entière de cookies d’un coup : l’information passe mieux en petites portions ciblées.
Enfin, le retour d’information extérieur est précieux. Se faire filmer, même avec un simple smartphone, permet de voir objectivement ce qui se passe, là où les sensations peuvent parfois tromper. Un cavalier qui croit être très penché vers l’avant découvre parfois, vidéo à l’appui, qu’il est au contraire très en arrière, et inversement. L’œil du moniteur, bien sûr, reste un atout majeur, mais la vidéo permet de garder des repères d’une séance à l’autre.
Au fil du travail, il est important d’adopter une attitude bienveillante envers soi-même. La position à cheval est un apprentissage long, ponctué de progrès, de régressions temporaires, de nouvelles prises de conscience. L’objectif n’est pas d’être sans défauts, mais d’être capable de les repérer, de les comprendre, et de mettre en place des stratégies concrètes pour les atténuer.
Les bénéfices d’une bonne position pour le cheval et le cavalier
Investir du temps et de l’énergie pour améliorer sa position à cheval a des conséquences qui vont bien au-delà de l’esthétique. Ce n’est pas seulement « pour faire joli sur la photo » : une bonne position transforme la qualité de la relation avec le cheval, son confort, sa longévité, ainsi que la sécurité et le plaisir du cavalier.
Pour le cheval, le premier bénéfice est la répartition harmonieuse des charges. Un cavalier équilibré, qui descend son poids vers la selle et les talons, permet au cheval de fonctionner plus librement dans son dos. Les muscles paravertébraux se contractent moins en défense, les articulations sont moins sollicitées de façon asymétrique, l’animal peut engager ses postérieurs plus facilement. Un cheval monté avec une bonne position développera, à moyen terme, une musculature plus fonctionnelle, en particulier au niveau du dos, de l’encolure et de la croupe.
Une bonne position favorise aussi la clarté des aides. Quand le cavalier est stable dans son assiette et dans ses jambes, chaque action (une jambe qui pousse, une main qui cède, un poids qui se décale légèrement vers un côté) prend un sens précis pour le cheval. À l’inverse, si le cavalier se déséquilibre au moindre changement d’allure ou dans chaque virage, le cheval reçoit un mélange permanent de signaux contradictoires : une jambe serre pour se tenir, la main s’agrippe, le buste bascule vers l’avant. Avec le temps, ce brouillage peut rendre le cheval plus lourd à la jambe, plus dur en bouche ou plus tendu mentalement.
Pour le cavalier, les bénéfices sont tout aussi importants. Une bonne position, respectueuse de la physiologie humaine, réduit le risque de douleurs chroniques (dos, épaules, genoux) et de blessures liées à des compensations. Monter dans l’équilibre, avec un dos tonique, un bassin mobile et des articulations souples, permet de pratiquer plus longtemps, et avec plus de plaisir. Beaucoup de cavaliers qui pensaient être « trop vieux pour trotter assis » découvrent, en travaillant leur assiette et leur tonicité, qu’ils peuvent retrouver du confort au trot et au galop.
La sécurité est un autre aspect majeur. Un cavalier bien ancré, avec une bonne position, a beaucoup plus de chances de rester en selle en cas d’écart, de demi-tour brusque, de saut imprévu. Il peut accompagner les mouvements d’un cheval inquiet sans être projeté vers l’avant ou l’arrière. Cela vaut autant en carrière qu’en extérieur, où les imprévus sont nombreux. En améliorant sa position, on ne cherche pas seulement à être « plus beau à cheval », mais aussi clairement plus en sécurité.
Enfin, il ne faut pas négliger la dimension mentale et relationnelle. Quand le cheval sent son cavalier stable, équilibré, cohérent dans ses demandes, il peut se détendre davantage, se concentrer sur le travail plutôt que sur la gestion d’un poids incohérent sur son dos. La confiance s’installe dans les deux sens : le cheval fait plus volontiers confiance à un cavalier qui ne le déséquilibre pas, et le cavalier a plus confiance en un cheval qui répond calmement à des aides claires.
Au quotidien, dans la pratique amateur, les effets positifs sont concrets. Un cheval qui s’incurve mieux dans les coins, qui prend le galop plus facilement du bon pied, qui sort en balade sans accélérer à chaque fois que le cavalier se désunit, ce sont autant de petites victoires qui changent la vie au quotidien. Une bonne position n’est pas une fin en soi : c’est un outil puissant au service de la communication, du confort et de la progression, que l’on pratique le dressage, le CSO, la balade du dimanche ou simplement le travail à la longe avec quelques tours montés.
Travailler sa position à cheval, c’est donc avancer vers une équitation plus juste, plus fine, plus respectueuse. Un chemin fait de petits ajustements, de prises de conscience régulières, de séances parfois imparfaites mais toujours instructives. Un chemin sur lequel chaque cavalier peut progresser, pas à pas, foulée après foulée, vers une harmonie réelle avec son cheval.
