Choisir un mors ne devrait jamais se résumer à suivre une mode ou à chercher « davantage de contrôle ». Dans la bouche du cheval, quelques centimètres de métal peuvent modifier les pressions, la mobilité de la mâchoire, l’équilibre et la confiance. Le bon mors est avant tout celui qui respecte la morphologie du cheval, le niveau du cavalier et le travail demandé.
Je me souviens d’un hongre sensible que je montais autrefois. Il ouvrait la bouche dès que la main se fermait, non par mauvaise volonté, mais parce que le mors choisi ne lui convenait pas. Après un examen attentif, un réglage plus juste et un modèle plus doux, ses défenses ont diminué. Rien de magique : simplement une communication devenue plus claire.
Voici un guide pour comprendre les principaux types de mors, leur action et les critères à observer avant de faire un choix.
Comprendre les grandes familles de mors
Les mors se répartissent principalement en deux grandes familles : les mors sans effet de levier, souvent appelés mors simples, et les mors à effet de levier. Cette distinction est essentielle, car elle influence directement l’intensité et la répartition des actions de la main.
- Le mors simple agit principalement sur la langue, les barres et les commissures des lèvres. La pression dépend surtout du contact de la main.
- Le mors à effet de levier ajoute une action sur la nuque et parfois sur le menton grâce à des branches et une gourmette. La pression est amplifiée par la longueur des branches et le réglage.
- Le mors droit ou brisé décrit la forme de la partie placée dans la bouche. Une ou plusieurs articulations modifient la manière dont la pression se répartit.
Il faut aussi distinguer la forme du canon, son épaisseur, la matière utilisée et le type d’anneaux. Deux mors portant un nom proche peuvent donc avoir une action très différente.
Le mors simple à anneaux : un grand classique
Le mors simple à anneaux libres est souvent le premier modèle rencontré par le jeune cheval ou le cavalier débutant. Il possède généralement un canon brisé en une ou deux parties, relié à des anneaux ronds qui coulissent légèrement.
Son action est directe : lorsque les rênes se ferment, la pression se transmet aux barres et à la langue. Les anneaux mobiles permettent au cheval de jouer avec le mors, ce qui peut favoriser la décontraction chez certains sujets. En revanche, ils peuvent aussi pincer les commissures si le mors est mal ajusté ou si les lèvres sont particulièrement fines.
Le mors à anneaux simples convient souvent au travail quotidien, à condition que le cavalier conserve une main stable et élastique. Une main qui tire, même avec un mors réputé doux, reste inconfortable. La douceur ne se trouve pas uniquement dans le métal : elle commence dans le geste.
Le mors à aiguilles pour guider les jeunes chevaux
Le mors à aiguilles ressemble au mors simple, mais ses anneaux sont prolongés par deux branches verticales. Ces aiguilles encadrent la tête du cheval et limitent le déplacement latéral du mors.
Il est particulièrement apprécié lors du débourrage et du travail des jeunes chevaux, car il facilite les demandes de direction. Lorsque le cavalier agit avec la rêne d’ouverture, l’aiguille accompagne le mouvement et évite que le mors ne glisse trop dans la bouche.
Son action reste généralement directe et son effet de guidage ne doit pas être confondu avec un effet de levier. Les aiguilles ne sont pas destinées à tirer le cheval vers l’arrière. Elles doivent être correctement positionnées et ne pas gêner les lèvres.
Les mors à double brisure
Un mors à double brisure possède deux articulations et une petite pièce centrale, souvent appelée olive, losange ou rouleau. Cette forme suit davantage la courbe de la langue qu’un simple canon brisé.
Pour certains chevaux, il offre une pression mieux répartie et laisse davantage de place au palais. Le contact peut sembler plus stable et plus confortable, notamment chez les chevaux qui n’apprécient pas le mouvement parfois marqué d’un mors à simple brisure.
Il ne faut toutefois pas considérer le double brisure comme automatiquement plus doux. Une pièce centrale trop large, trop épaisse ou mal orientée peut exercer une pression importante sur la langue. Le confort dépend de la largeur de la bouche, de l’espace disponible et de la forme du mors.
Les mors droits et les canons souples
Le mors droit ne se plie pas au milieu. Il répartit généralement la pression sur la langue et les barres de manière plus uniforme. Certains modèles sont rigides, tandis que d’autres comportent une légère courbure ou sont fabriqués dans une matière souple.
Un mors droit peut convenir à un cheval qui n’aime pas les articulations ou qui se défend contre un mors brisé. Mais il ne laisse pas nécessairement plus de place à la langue. Selon sa forme, il peut au contraire exercer une pression continue sur celle-ci.
Les canons en caoutchouc ou en résine semblent accueillants, mais ils doivent être surveillés. Un matériau trop épais peut encombrer la bouche et augmenter la pression. Il faut également vérifier qu’il ne se dégrade pas, car un mors abîmé peut devenir rugueux et inconfortable.
Le mors Baucher : stabilité et action sur la nuque
Le mors Baucher possède de petits anneaux supérieurs auxquels se fixent les montants du filet. Cette conception maintient le mors plus stable dans la bouche et crée une légère action sur la nuque.
Il est souvent utilisé avec des chevaux qui recherchent un contact régulier ou qui déplacent beaucoup le mors. Sa stabilité peut aider à obtenir une communication plus précise, notamment en dressage. Toutefois, il ne s’agit pas d’un mors miraculeux pour placer un cheval. Une encolure ronde ne se fabrique pas en abaissant la tête avec les rênes.
Le Baucher doit être réglé avec soin. Les anneaux supérieurs ne doivent pas tirer excessivement sur les montants du filet, et le mors doit conserver une position confortable dans la bouche.
Les mors releveurs et les mors Pessoa
Le mors releveur possède des anneaux allongés sur lesquels peuvent être fixées différentes rênes. Selon le point d’attache choisi, il agit sur les commissures, la nuque et l’équilibre général du cheval. Il est parfois utilisé avec des chevaux qui s’appuient fortement ou qui ont tendance à sortir de la main.
Le Pessoa fonctionne également avec plusieurs niveaux d’anneaux. Plus la rêne est attachée bas, plus l’effet de levier est important. Le cheval peut alors relever son avant-main, mais la pression sur la nuque et la bouche augmente aussi.
Ces mors demandent une main expérimentée. Une utilisation permanente ou trop sévère risque d’installer une attitude de défense : cheval qui passe derrière la main, bouche ouverte, encolure figée ou accélération. Avant de choisir un releveur, il est préférable de vérifier l’ajustement de la selle, la douleur éventuelle dans le dos et la qualité des transitions. Le mors ne doit pas servir à masquer un problème de locomotion ou d’équilibre.
Le Pelham et les mors à branches
Le Pelham est un mors à effet de levier muni de branches et d’une gourmette. Il peut être utilisé avec une seule paire de rênes ou avec deux paires, selon le modèle et le travail recherché. Son action concerne la bouche, la nuque et le menton.
La gourmette joue un rôle important : elle limite la rotation du mors et participe à la répartition des pressions. Elle ne doit pas être serrée de façon excessive. Un réglage trop court rend l’action brusque et inconfortable.
Le Pelham peut être pertinent dans certaines disciplines ou pour certains chevaux, mais il ne convient pas à une main instable. Les branches longues augmentent le temps d’action et l’intensité du levier. Pour un cavalier qui manque encore de finesse, un mors simple correctement utilisé sera souvent plus éducatif et plus sécurisant.
Le mors de bride : un équipement de précision
La bride associe deux mors : le filet de bride, généralement un mors simple, et le mors de bride, muni de branches et d’une gourmette. Elle est utilisée en dressage avancé pour affiner les indications, lorsque le cheval est déjà équilibré et que le cavalier possède une main indépendante.
Le mors de bride n’a pas pour fonction de placer artificiellement le cheval. Il intervient dans un dialogue très subtil entre les doigts, les poignets, le poids du corps et les jambes. Une bride mal employée peut provoquer des tensions importantes et dégrader rapidement la relation.
Avant de passer à la bride, le cheval doit répondre avec calme à des aides simples. Le cavalier doit également être capable de dissocier ses actions et de conserver un contact léger. La sophistication de l’équipement ne remplace jamais la justesse du travail.
Comment choisir la bonne taille et le bon réglage
Un mors adapté doit respecter la largeur de la bouche. Il ne doit pas comprimer les commissures ni dépasser largement de chaque côté. Pour un mors à anneaux libres, un léger espace est généralement nécessaire afin d’éviter les pincements, mais il ne faut pas laisser plusieurs centimètres de jeu.
Le nombre de plis aux commissures ne constitue pas une règle absolue. La morphologie de chaque cheval varie. Un mors trop haut peut créer une tension permanente, tandis qu’un mors trop bas peut heurter les dents et bouger excessivement.
- Vérifiez l’absence de plaies, de zones blanchâtres ou d’épaississements aux commissures.
- Observez les barres et la langue lors des visites dentaires.
- Adaptez l’épaisseur du canon à l’espace disponible dans la bouche.
- Contrôlez régulièrement l’état du métal, du caoutchouc ou de la résine.
- Demandez conseil à un enseignant qualifié, à un vétérinaire ou à un dentiste équin.
Les dents jouent un rôle essentiel dans le confort. Une dent de loup, une surdent ou un problème dentaire peut expliquer une résistance attribuée trop vite au mors. Un cheval qui secoue la tête ne réclame pas toujours un nouvel équipement : il demande parfois simplement qu’on l’écoute.
Les signes d’un mors mal accepté
Certains comportements doivent attirer l’attention : bouche grande ouverte, langue qui passe au-dessus du mors, salivation excessive, mâchonnement nerveux, encensement, défenses dans les transitions ou refus d’avancer. Pris isolément, aucun signe ne permet de poser un diagnostic, mais leur répétition mérite une recherche approfondie.
Commencez par observer votre propre position. Les coudes sont-ils souples ? Les mains accompagnent-elles le mouvement ? Les rênes sont-elles trop courtes ? Le cheval reçoit-il des demandes contradictoires entre la main et les jambes ?
Ensuite, examinez le matériel : mors adapté, filet bien réglé, muserolle non serrée, selle confortable. Un changement de comportement peut également venir du dos, des pieds, des articulations ou d’une fatigue inhabituelle.
La main reste le meilleur équipement
Il n’existe pas de mors universel. Le modèle idéal est celui qui permet au cheval de répondre sans peur, avec une bouche souple et un corps disponible. Pour le trouver, mieux vaut essayer méthodiquement, modifier un seul élément à la fois et noter les réactions du cheval.
Un mors simple peut être d’une grande précision dans une main calme. À l’inverse, un mors puissant ne corrigera ni une position instable ni un manque d’équilibre. Avant de chercher plus de contrôle, demandons-nous toujours si notre cheval manque réellement d’écoute ou si notre demande manque simplement de clarté.
Dans la relation équestre, le bon équipement est celui qui s’efface. Lorsque le cheval avance sereinement, que la rêne reste légère et que le dialogue passe presque inaperçu, le métal n’est plus une contrainte : il devient un fil discret entre deux êtres qui apprennent à se comprendre.

